«Things Heard and Seen»: mariage fantôme

Amanda Seyfried dans le rôle de Catherine Clare dans <em>Things Heard and Seen</em>
Photo: Anna Kooris NETFLIX Amanda Seyfried dans le rôle de Catherine Clare dans Things Heard and Seen

Restauratrice artistique à New York, Catherine vient de mettre de côté ses ambitions professionnelles. La cause ? Son mari, George, a décroché un poste de professeur d’histoire de l’art dans un collège de la vallée de l’Hudson, en zone rurale.

Le projet le plus créatif de la jeune femme tient dès lors à la remise en état de la maison de ferme que George a trouvée. Or, tant Catherine que leur fille, Franny, ont tôt fait de sentir une présence dans la vieille demeure au passé trouble.

Si, d’emblée, Things Heard and Seen (Dans les angles morts, d’après un roman du même nom d’Elizabeth Brundage) annonce un ramassis de lieux communs du genre, le film a ceci de particulier qu’il en détourne certains grâce à un sous-texte distinctement féministe.

C’est que Catherine, on s’en rend vite compte, est embourbée dans un mariage toxique (l’action est campée en 1980, mais pourrait être située de nos jours).

Comme elle finit par l’exprimer à une connaissance : « George obtient toujours ce qu’il veut. » Ladite toxicité est habilement modulée au sein du récit, en cela que son ampleur est dévoilée de manière graduelle. On va du paternalisme ordinaire de George, à son contrôle passif-agressif misant sur l’isolement, à son recours au détournement cognitif (« gaslighting »), à ses mensonges patents, à sa violence psychologique, puis physique, en passant par le trouble alimentaire que Catherine a en conséquence développé.

Le versant fantastique du récit est lui aussi révélé à petites doses, de l’identité naguère des revenants à leurs intentions. Le film est intéressant en cela que l’intrigue matrimoniale et l’intrigue surnaturelle progressent concurremment, tout en se répondant l’une l’autre. Il faut toutefois reconnaître que la première s’avère beaucoup plus captivante que la seconde.

Forte interprétation

Le volet occulte est plutôt générique. Quiconque a vu ne serait-ce que quelques films de maisons hantées aura l’impression de se trouver en terrain connu.

De-ci, de-là, on songe à The Haunting (La maison du diable, Robert Wise, 1963), à The Amityville Horror (Amityville : la maison du diable, Stuart Rosenberg, 1979), à The Conjuring (La conjuration, James Wan, 2013)…

On ne peut en revanche s’empêcher de sourire devant les clins d’œil à Don’t Look Now (Ne vous retournez pas, Nicolas Roeg, 1973), soit le métier de Catherine ainsi que sa rencontre avec deux vieilles dames dont l’une est aveugle. La prépondérance accordée à la suggestion, exception faite de quelques plans choisis, fonctionne dans le contexte, en dépit là encore de la nature quelque peu convenue des manifestations.

Dans le rôle principal, Amanda Seyfried (Mamma Mia !, Mank) est en outre formidable. Elle rend complètement crédible l’éveil de son personnage au fait que la menace insidieuse qui plane vient, peut-être, davantage de son conjoint que des fantômes. Dans le rôle ingrat du mari, James Norton est parfait de séduction superficielle et de médiocrité fondamentale.

La distribution de soutien est solide, de la participation bienvenue des trop rares F. Murray Abraham et Karen Allen à celle de Rhea Seehorn (Better Call Saul), merveilleuse en nouvelle amie lucide de Catherine — une partition qui évoque celle de Paula Prentiss dans The Stepford Wives (Les femmes de Stepford, Bryan Forbes, 1975), œuvre partageant maints thèmes et préoccupations avec Things Heard and Seen.

Assez bon, mais…

Travaillant toujours en tandem, Shari Springer Berman et Robert Pulcini (American Splendor, Girl Most Likely To) offrent une réalisation pleine d’assurance, quoique l’atmosphère lugubre qu’ils forgent au début se délite rapidement pour n’être plus qu’intermittente. La direction photo de Larry Smith (Eyes Wide Shut, Bronson) est cependant d’excellente tenue de bout en bout.

Après avoir opté pour la combustion lente côté suspense, le film accélère la cadence au dernier acte. Concerté et, au vu de ce qui a précédé, empreint d’une indéniable logique narrative, le dénouement n’en est pas moins frustrant. Qui verra comprendra.

Bref, en dépit de problèmes notables, le film parvient à être relativement bon, mais aurait pu, et dû, être bien meilleur.

 

Dans les angles morts (V.F. de Things Heard and Seen)

★★ 1/2

Drame fantastique de Shari Spinger Berman et Robert Pulci. Avec Amanda Seyfried, James Norton, Rhea Seehorn, F. Murray Abraham, Alex Neustaedter, Karen Allen, Natalia Dyer. États-Unis, 2021, 119 minutes. Sur Netflix le 29 avril.