Le documentaire «Les Rose» victime de son genre?

Le documentaire de Félix Rose, fils de Paul Rose, n’est retenu comme finaliste dans aucune catégorie des prix Iris, malgré son succès populaire et critique.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le documentaire de Félix Rose, fils de Paul Rose, n’est retenu comme finaliste dans aucune catégorie des prix Iris, malgré son succès populaire et critique.

Malgré son succès considérable au box-office et auprès des critiques, le documentaire Les Rose ne remportera aucun prix Iris cette année, ayant été exclu de la catégorie de l’Iris prix du public pour lequel seuls les films de fiction sont admissibles.

« Le film Les Rose est un film documentaire et non un long métrage de fiction, ce qui explique qu’il n’est pas présent dans la liste des finalistes pour le prix du public, conformément à notre règlement », a confirmé mercredi Lyne Dutremble, responsable des communications pour Québec cinéma, qui décernera les prix Iris au mois de juin.

La nouvelle a causé une déception considérable en début de semaine, entre autres auprès de Félix Rose et son équipe, qui auraient souhaité voir leur film représenté dans au moins une catégorie. Les Rose raconte l’histoire de Paul Rose, l’un des membres du Front de libération du Québec (FLQ) au cœur de la crise d’octobre 1970, à travers les yeux de son fils Félix.

« C’est sûr, en toute franchise, qu’on a été très surpris et déçus, confie Félix Rose en entrevue. C’est rare, pour un documentaire, d’être dans l’espace public pendant trois mois. Les gens ont bravé la COVID-19 pour y aller. C’est un succès de box-office, mais c’est aussi un film acclamé par la critique. Il a été classé parmi les cinq meilleurs films de l’année par l’Association québécoise des critiques de cinéma. »

Le réalisateur s’avoue également déçu que le film n’ait été sélectionné dans aucune autre catégorie des prix Iris, pas même dans celle du meilleur montage.

Réflexion

Québec Cinéma avait annoncé cette année qu’il assouplissait ses critères de sélection des finalistes pour le prix du public, en y intégrant l’ensemble des 16 films parus en salle. Généralement, ce sont seulement les cinq films les plus populaires au box-office qui font partie de la sélection. Or, il a ensuite été précisé que le règlement indiquait que les documentaires étaient, d’office, exclus de cette sélection.

C’est la première fois qu’un ou des documentaires québécois rivalisent avec les œuvres de fiction au box-office, fait valoir Ségolène Roederer, directrice générale de Québec cinéma, ajoutant qu’il n’est d’ailleurs pas exclu que les règlements d’admission dans la catégorie de l’Iris prix du public soient révisés à l’avenir. « C’est un cas de figure », dit-elle.

Aux côtés de Les Rose, les documentaires Jukebox, et Je m’appelle humain ont également été particulièrement populaires auprès des Québécois au cours de la dernière année.

À l’Office national du film du Canada (ONF), qui a produit le film Les Rose, on juge que la catégorie de l’Iris prix du public pourrait être plus inclusive. « Nous respectons les règles de Québec cinéma et son autonomie. Cependant, nous allons certainement poursuivre la conversation avec l’organisme au cours des prochaines semaines afin d’examiner la possibilité d’élargir cette catégorie à tous les longs métrages sortis en salle », lit-on dans un communiqué.

L’ONF a tout de même tenu à féliciter ses finalistes dans différentes catégories, soit Wintopia, de Mira Burt-Wintonick, L’histoire interdite, d’Ariel Nasr, et Moi, Barnabé, de Jean-François Lévesque. « Nous sommes également fiers que le documentaire Les Rose, de Félix Rose, se soit classé au cinquième rang des films québécois ayant accumulé les meilleures recettes en 2020, selon la compilation de Cinéac », lit-on encore.

« Scandaleux »

Des artistes ont quant à eux dénoncé publiquement l’absence du film Les Rose de la sélection des finalistes. «  Je ne peux pas comprendre que Les Rose, de Félix Rose, ne figure pas dans les nominations de la catégorie du meilleur documentaire, a commenté le chanteur Émile Bilodeau sur Instragram. Je sais que la politique vous chicote dans votre perspective d’un gala rassembleur, mais c’est vraiment scandaleux. Je ne peux pas croire que la perspective unique et aussi touchante d’un événement important et central de l’histoire moderne du Québec ne soit pas soutenue par le cinéma québécois. »

Sur Facebook, le réalisateur Jules Falardeau s’est lui aussi étonné de cette absence alors que Les Rose a connu « un énorme succès populaire » en pleine pandémie, « jusqu’à devenir le plus gros succès en salle de tous les films du programme français de l’ONF ».

« Je ne sais pas qui a voté ni qui a pris la décision finale, mais peut-on parler d’oubli ? Ou lui a-t-on a fait un traitement de type Léon Trotski ? En tout cas, c’est étrange ? Ouais, ouais, c’est bon, il n’y a jamais de politique nulle part… que des choix artistiques, on connaît », a-t-il ajouté.

La composition des jurys qui font leur choix pour les prix Iris n’est dévoilée qu’au moment de l’attribution des prix, au mois de juin.

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