«Without Remorse»: jeux de dupes

Jodie Turner-Smith dans le rôle de Karen Greer et Michael B. Jordan dans celui de John Clark, pour le film <i>Without Remorse (Sans aucun remords), de Stefano Sollima</i>
Photo: Nadja Klier Amazon Prime Video Jodie Turner-Smith dans le rôle de Karen Greer et Michael B. Jordan dans celui de John Clark, pour le film Without Remorse (Sans aucun remords), de Stefano Sollima

Dans les décombres d’une ville syrienne dévastée, un bassin d’eau croupie s’est formé. Soudain, le canon d’un fusil en émerge, puis un autre. Un petit groupe de Navy SEALS, dont John Kelly, est là pour secourir un agent de la CIA.

Les geôliers russes de ce dernier n’en réchappant pas, voici que d’autres Russes viennent les venger, cette fois en territoire américain.

Tandis que les relations entre les deux grandes puissances refroidissent jusqu’à faire craindre une seconde guerre froide, Kelly, lui, ne pense qu’à une chose : venger sa famille, victime collatérale de la contre-attaque. Réalisé par Stefano Sollima, Without Remorse (Sans aucun remords) est tiré d’un roman de l’un des maîtres de l’espionnage américain, Tom Clancy.

Or, avec sa grosse séquence pétaradante en guise d’ouverture, le film annonce d’emblée ses couleurs : un film d’action, davantage que d’espionnage, ce sera. Ce n’est pas plus mal, car en l’espèce, Without Remorse remplit plutôt bien le mandat qu’il se donne.

Comme souvent chez Clancy, les personnages, à commencer par le protagoniste, sont amenés à remettre en question leur patriotisme, avec un constat de corruptibilité des instances dirigeantes à la clé.

Interprété avec force charisme et conviction par Michael B. Jordan (Creed, Black Panther), John Kelly constitue un héros solide. En somme, Kelly est le pendant musclé et « terrain » de l’analyste de la CIA Jack Ryan, création la plus célèbre de Tom Clancy ayant fait l’objet de cinq films : The Hunt for Red October (À la poursuite d’Octobre rouge), Patriot Games (Jeux de guerre), Clear and Present Danger (Danger immédiat), The Sum of All Fears (La somme de toutes les peurs) et Jack Ryan : Shadow Recruit (Jack Ryan. Recrue dans l’ombre). Sans oublier la série Jack Ryan.

À ce propos, le studio Paramount, qui a vendu les droits de distribution de ce film-ci à Amazon pour cause de pandémie, nourrit à l’évidence des desseins similaires pour John Kelly, ayant d’ores et déjà annoncé une suite à ses aventures (un segment surprise au mitan du générique de fin tend à confirmer la chose). On serait preneur.

Morceaux de bravoure

Pas que Without Remorse soit inoubliable, tant s’en faut. En effet, si l’adaptation signée Taylor Sheridan s’avère trépidante à souhait, on est loin de la qualité d’écriture des deux Sicario, ou encore de Hell or High Water (Hors-la-loi), trois précédents scénarios à lui.

Entre autres irritants, il est un personnage qu’on dépeint si lourdement comme le fourbe potentiel que l’on comprend illico qu’il s’agit d’une fausse piste (le vrai « pas fin » n’est pas bien bien difficile à reconnaître, pour le compte).

Quant aux dialogues, leur solennité fait parfois lever les yeux au ciel.

Toutefois, les nombreuses scènes d’action sont admirablement conçues et filmées par Stefano Sollima, dont la réalisation de Sicario : Day of the Soldado (Sicario : le jour du soldat), suite du succès de Denis Villeneuve, avait convaincu.

Without Remorse contient plusieurs morceaux de bravoure, dont un interrogatoire dans un véhicule qui flambe, et un écrasement d’avion suivi d’une plongée en apnée haletante (si l’on peut dire).

Bref, il s’agit un divertissement assez efficace.

 

Sans aucun remords (V.F. de Without Remorse)

★★★

Action de Stefano Sollima. Avec Michael B. Jordan, Jodie Turner-Smith, Jamie Bell, Guy Pearce. États-Unis, 2020, 109 minutes. Sur Prime Video dès le 30 avril.