«Le dernier Nataq»: Richard Desjardins, un homme et son territoire

Le fait d’avoir été tourné presque dans l’urgence confère au documentaire <em>Le dernier Nataq</em>» un aspect spontané, naturel, authentique, à l’image de Richard Desjardins.
Photo: Productions La vie devant soi Le fait d’avoir été tourné presque dans l’urgence confère au documentaire Le dernier Nataq» un aspect spontané, naturel, authentique, à l’image de Richard Desjardins.

Richard Desjardins est un trésor national. Il n’y a pas de doute là-dessus. Et il était temps qu’on lui consacre un documentaire. Sachant qu’une murale inspirée de ses chansons était en chantier sur le mur sud du viaduc du boulevard Rideau, à Rouyn-Noranda, la réalisatrice Lili Marcotte (La reine du foyer, Le jour où je n’ai pas pu plonger) a saisi l’occasion de lui rendre hommage.

Plutôt que d’attendre des subventions pendant trois ans, la documentariste s’est rendue à plusieurs reprises à Rouyn-Noranda, à l’été 2018, afin d’y rencontrer Desjardins et de suivre l’évolution de l’imposante fresque de 950 mètres carrés. L’accompagnaient le caméraman Virgil Héroux Laferté et le sonorisateur Cédric Corbeil, natifs de la région à l’instar de la cinéaste et du chantre de l’Abitibi.

Arpentant les rues du Vieux-Noranda, quartier multiethnique de son enfance, ou confortablement installé chez lui, tirant de temps à autre sur sa cigarette électronique, Richard Desjardins confie en toute simplicité ses souvenirs de jeunesse, ses premières amours, ses inspirations, son attachement à son territoire qu’il n’a jamais quitté et qu’il a si bien fait rayonner, non sans avoir l’air étonné qu’on lui prête autant d’attention. Ému devant l’œuvre des muralistes Annie Boulanger, Annie Hamel, Valéry Hamelin, Ariane Ouellet, Johannie Séguin et Brigitte Toutant, il s’enquiert de leurs conditions de travail.

C’est que l’homme, malgré le succès et l’amour du public, n’a pas la grosse tête. Il faut dire que le ressac qu’il a vécu après la sortie de L’erreur boréale, documentaire choc sur la coupe à blanc qu’il a réalisé avec Robert Monderie en 1999, de même que le haut taux d’arsenic dans l’air ambiant l’aident à garder les pieds sur terre et à continuer de défendre l’environnement.

Au moment où il aborde justement la surexposition à l’arsenic des résidents de Rouyn-Noranda, deux fillettes promenant leur chien se pointent devant lui. Alors qu’elles rigolent du fait qu’il prétend avoir 300 ans, on ne peut qu’avoir le cœur serré en pensant aux impacts des émissions d’arsenic de la fonderie de cuivre sur leur santé.

Ce n’est pas que dans ses propos que Desjardins a fait montre de générosité. Ainsi, plusieurs extraits de ses chansons viennent bercer Le dernier Nataq, où défilent les photographies de François Ruph, qui a immortalisé le territoire pendant des décennies.

Au-delà de l’hommage à Desjardins (l’homme et son œuvre), le documentaire de Lili Marcotte se veut également une ode à cette terre minière, à son histoire, à ses habitants et à ses artistes. À cet égard, les propos de l’historien Benoît Beaudry-Gourd, du professeur de cinéma Martin Guérin, du journaliste Félix B. Desfossés et de l’autrice Jeanne-Mance Delisle sont particulièrement éclairants.

Il y a aussi des moments de poésie dans Le dernier Nataq, telle la scène d’ouverture où un scaphandre casqué de cuivre se déplace lentement vers la ville, clin d’œil à la chanson Tu m’aimes-tu : « J’suis comme un scaphandre / Au milieu du désert / Qui voudrait comprendre / Avant d’manquer d’air ». Il est d’ailleurs regrettable que la caméra ne se soit pas attardée plus longtemps sur les détails de la fresque poétique, où l’on retrouve la figure du scaphandre.

Certes, il y a plusieurs qualités dans ce documentaire. Le fait d’avoir été tourné presque dans l’urgence lui confère un aspect spontané, naturel, authentique — à l’image de Desjardins. Mais Le dernier Nataq a aussi les défauts de ses qualités. Plus près du reportage que du documentaire de cinéma de par sa facture modeste, le film s’éparpille en voulant aborder plusieurs sujets à la fois. Un quart d’heure de plusaurait-il suffi à fournir davantage de contenu ? Lili Marcotte aurait-elle manqué de matériel une fois arrivée à la salle de montage ? Toujours est-il qu’au bout du compte, Le dernier Nataq se révèle davantage une belle esquisse qu’une œuvre en soi.

Le dernier Nataq

★★★

Documentaire de Lili Marcotte. Canada (Québec), 2019, 75 minutes.