«Nobody»: le retour du refoulé

Dans Nobody, Bob Odenkirk (Better Call Saul) incarne un ex-tueur professionnel qui se voit contraint de reprendre du service.
Photo: Universal Pictures Dans Nobody, Bob Odenkirk (Better Call Saul) incarne un ex-tueur professionnel qui se voit contraint de reprendre du service.

L’un des meilleurs moments du film Nobody (Moins-que-rien en V.F.) survient dès le début, alors qu’un montage en crescendo montre le quotidien répétitif d’un certain Hutch. Père, époux et travailleur manifestement aliéné par la routine qu’est devenue sa vie, Hutch a en l’occurrence ses raisons de garder profil bas, comme l’apprendra à ses dépens un narcotrafiquant russe ayant eu la mauvaise idée de lui envoyer ses sbires.

C’est qu’en amont, des hommes de main de Yulian, le narcotrafiquant en question, ont eu la mauvaise idée de terroriser les passagers d’un autobus à bord duquel Hutch prenait place. Résultat ? Les malfrats se retrouvent à l’hôpital, et le public comprend que Hutch est allé à la même école de combat que John Wick.

Ce qui tombe sous le sens, puisque Nobody a été écrit par nul autre que le créateur de la saga John Wick, le scénariste Derek Kolstad. Comme Keanu Reeves avant lui, Bob Odenkirk (Better Call Saul) incarne un ex-tueur professionnel qui se voit contraint de reprendre du service. Pour le compte, Kolstad ne s’est pas trop cassé la tête, se bornant peu ou prou à inverser la proposition de son premier succès.

Dans John Wick, en effet, le personnage du titre s’en prenait à l’empire d’un mafieux russe après avoir été vicieusement attaqué. Dans Nobody, Hutch est celui qui s’attire le courroux d’un méchant russe en attaquant d’abord. Dans les deux cas, les antagonistes ont beau envoyer des armées entières contre les protagonistes (on exagère à peine), rien n’y fait : ces derniers sont pratiquement invincibles malgré les blessures occasionnelles.

C’est dire que, comme son prédécesseur encore, Nobody propose de l’action régie davantage par les codes du comic book. La violence est copieuse et chorégraphiée de manière à accrocher l’œil, quoique moins raffinée que dans John Wick (qu’on aime ou pas le film). Ainsi, là où les coréalisateurs David Leitch et Chad Stahelski (Stahelski en solo pour les deux opus subséquents) intégraient ladite violence à un univers interlope stylisé, Ilya Naishuller, qui signe la réalisation de Nobody, s’en remet beaucoup au montage pour essayer de distinguer ses séquences d’action.

Dès lors, quiconque s’intéresse au genre sera plus impressionné par l’enchaînement de ces séquences que par leur teneur comme telle.

Dynamisme ininterrompu

Comme dans son précédent film Hardcore Henry, qui a acquis un certain statut culte, Ilya Naishuller mise à fond sur une approche hyper cinétique : un dynamisme ininterrompu qui permet aux passages les plus poussifs ou illogiques, de passer inaperçus durant le visionnement. Surtout, l’absence de temps morts distrait de la construction narrative, somme toute assez mécanique.

Dans le rôle principal, Bob Odenkirk attire d’emblée la sympathie et se révèle très crédible (il s’est entraîné pendant deux ans à diverses techniques de combat). Dans celui de son vieux père ancien agent du FBI, Christopher Lloyd (Back to the Future) est particulièrement savoureux. Les autres personnages sont en revanche sous-écrits, qu’il s’agisse de Becca, l’épouse distante de Hutch (Connie Nielsen), ou de Yulian (Aleksei Serebryakov), le vilain en chef.

Quoi qu’il en soit, dans l’ensemble, Nobody se révèle une production solide côté divertissement. Ah, et pour qui se le demanderait : oui, Derek Kolstad envisage une future rencontre entre Hutch et John Wick.