«Love and Monsters»: récit initiatique et «grosses bibittes»

S’adressant d’abord aux adolescents, <i>Love and Monsters</i> devrait également plaire à une frange plus âgée du public friande de science-fiction mâtinée de comédie. <br />
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En photo: Dylan O’Brien (Joel Dawson) dans Love and Monsters
Photo: Jasin Boland NETFLIX S’adressant d’abord aux adolescents, Love and Monsters devrait également plaire à une frange plus âgée du public friande de science-fiction mâtinée de comédie. 

En photo: Dylan O’Brien (Joel Dawson) dans Love and Monsters

De temps à autre, la crainte qu’un astéroïde s’écrase sur la Terre revient hanter l’humanité. Le cas échéant, devrait-on essayer de détruire ce météore in situ, à la manière de Bruce Willis dans Armageddon ? Lors du fabuleux prologue animé du film Love and Monsters (Amour et monstres), on apprend que les autorités d’un futur proche ont plutôt misé sur une pléthore de missiles. Or, si l’impact fatal a été évité, les retombées chimiques subséquentes ont causé des mutations chez les insectes et les animaux à sang froid, devenus immenses. Disséminés dans divers abris et bunkers, les survivants vivotent depuis. C’est le cas de Joel qui, après sept ans passés sous terre, décide de refaire surface afin d’aller rejoindre la belle Aimee, de qui il fut autrefois séparé.

S’adressant d’abord aux adolescents, Love and Monsters devrait également plaire à une frange plus âgée du public friande de science-fiction mâtinée de comédie. Car ce film de « grosses bibittes » ne fait jamais l’erreur de se prendre trop au sérieux.

Si certains insectes devenus démesurément grands et hostiles rappellent parfois ceux de Starship Troopers (Les patrouilleurs de l’espace, Paul Veroheven, 1997), satire militaire où des cadets spatiaux chassent le cloporte géant, côté ton, on est plus près d’Eight Legged Freaks (Terreur sur huit pattes, Ellory Elkayem, 2002), dans lequel une petite ville est envahie par des araignées mutantes. C’est-à-dire que l’humour dans Love and Monsters n’est pas parodique, mais davantage fantaisiste, voire de situation.

À cet égard, le segment que le protagoniste mal outillé pour survivre (Dylan O’Brien, charmant) passe auprès d’un homme (Michael Rooker, fameux) et d’une enfant (Ariana Greenblatt, épatante), plus débrouillards que lui et prompts à le lui remettre sous le nez, constitue le temps fort du film.

Dans sa traversée de panoramas urbains et ruraux retournés à l’état sauvage, Joel peut en outre compter sur la présence du plus adorable des chiens (il est vraiment craquant). Ici, les cinéphiles férus de cinéma postapocalyptique songeront à raison au film A Boy and His Dog (L.Q. Jones, 1975, d’après Harlan Ellison), ou les péripéties d’un tout jeune homme et de son chien dans de vastes étendues ravagées.

Héros sympathique

Coécrit par Brian Duffield et Matthew Robinson, le scénario repose sur le concept classique du récit initiatique présenté sous forme de quête. Dès lors, l’intérêt ne réside pas tant dans la destination que dans le périple. C’est tant mieux, car, à vrai dire, le troisième acte s’avère le plus prévisible et donc le moins intéressant.

En amont, hormis le bout d’équipée en compagnie de l’homme et de la petite fille, une halte auprès d’un robot abîmé, avec à la clé un ballet aérien de méduses « terrestres », et un affrontement avec une scutigère véloce féroce se seront révélés plus mémorables.

Il n’empêche, on a le sourire aux lèvres pas mal tout du long. Aspect non négligeable : les effets spéciaux, un mélange de numérique et de « physique » pour ce qui est des créatures, sont hyperréussis. Réalisé avec vigueur, ingéniosité et un sens appréciable de l’image par Michael Matthews, Love and Monsters fonctionne très bien dans l’ensemble. Joel est par surcroît un héros sympathique, même dans ses failles et ses travers. Au fond, on peut en dire autant du film.

 

La revanche de la nature

Love and Monsters (Amour et monstres) remet au goût du jour un sous-genre cinématographique qui connut ses belles heures durant les années 1970 : la revanche de la nature, ou « l’éco-horreur ». Il ne s’agit pas simplement d’animaux, tels un requin, un crocodile ou des oiseaux qui prennent inopinément des humains pour proie, mais d’espèces rendues malveillantes ou, plus souvent, mutantes par la faute de l’homme. Il y eut notamment Frogs (Les grenouilles, George McCowan, 1972), où les animaux d’un marais contre-attaquent après la pollution de leur habitat ; Night of the Lepus (William F. Claxton, 1972), avec ses énormes lapins mutants ; The Food of the Gods (Soudain, les monstres, Bert I. Gordon, 1976), où des rats (et poulets !) géants font des ravages ; Long Weekend (Long week-end, Colin Eggelston, 1976), où le manque de respect d’un couple en camping suscite le courroux de la nature environnante ; Squirm (La nuit des vers géants, Jeff Lieberman, 1976), où des vers deviennent carnivores au contact de lignes électriques ; Day of the Animals (William Girdler, 1977), où le règne animal devient fou sous l’effet de rayons ultraviolets ; Prophecy (Prophétie, John Frankenheimer, 1979), où un ours rendu monstrueux par les rejets toxiques d’une papetière sème la terreur… Affreusement mauvais à une ou deux exceptions près, ces films, contrairement à Love and Monsters, se prennent très, très au sérieux. Paradoxalement, ils n’en sont que plus comiques.

Amour et monstres (V.F. de Love and Monsters)

★★★ 1/2

Aventures de Michael Matthews. Avec Dylan O’Brien, Jessica Henwick, Michael Rooker, Ariana Greenblatt. États-Unis, 2020, 109 minutes. Dès le 14 avril sur Netflix.