L’Afrique dans toutes ses couleurs

Le court métrage d’animation<i> «Souvenir, souvenir»,</i> c’est le poids du silence d’un grand-père s’étant battu en Algérie, et la quête de son petit-fils cinéaste pour comprendre.
Photo: Photos Vues d’Afrique Le court métrage d’animation «Souvenir, souvenir», c’est le poids du silence d’un grand-père s’étant battu en Algérie, et la quête de son petit-fils cinéaste pour comprendre.

En 15 minutes, Bastien Dubois fait sentir toute la lourdeur de l’héritage de la guerre d’Algérie dans l’inconscient français. Ce sont les 15 précieuses minutes du court métrage d’animation Souvenir, souvenir, de la programmation du festival Vues d’Afrique, qui prend l’affiche en ligne vendredi dans une version entièrement numérique et gratuite.

Souvenir, souvenir, c’est le poids du silence d’un grand-père s’étant battu en Algérie, qui refuse de raconter la guerre à son petit-fils cinéaste, et de la quête de celui-ci pour comprendre.

L’Afrique est déclinée sous toutes ses formes dans la programmation de Vues d’Afrique, qui offre, au cours des prochains jours, une centaine de courts et de longs métrages, de fiction ou documentaires, sur son site comme à la chaîne TV5Unis.

C’est aussi une excellente occasion de se changer les idées puisqu’aucun film, bien que tous aient été tournés au cours des deux dernières années, ne porte sur la pandémie. Est-ce un reflet du faible impact que la COVID-19 aurait eu en Afrique ?

« Non seulement on n’a pas de films qui portent sur le sujet de la pandémie, mais la production cinématographique africaine est vraiment très dynamique », remarque le p.-d.g. international de Vues d’Afrique, Gérard Le Chêne.

Des enjeux féministes

Ce sont plutôt les enjeux féministes qui mobilisent l’attention des cinéastes africains au cours de ces années.

Par exemple, l’Algérien Merzak Allouache y présente deux longs métrages, un documentaire et une œuvre de fiction. Dans le premier, Des femmes, il part à la rencontre des féministes qui étaient impliquées dans le mouvement de revendication algérien à la fin des années 1980.

Non seulement on n’a pas de films qui portent sur le sujet de la pandémie, mais la production cinématographique africaine est vraiment très dynamique.

 

Plus de 30 ans plus tard, des artistes et des militantes réclament encore l’amendement du Code de la famille, qui fait des femmes des mineures, les empêche d’hériter au même titre qu’un homme et les soumet à la tutelle d’un mari ou d’un frère. Dans son film de fiction, Paysages d’automne, il présente plutôt une femme journaliste qui enquête sur la mort de cinq jeunes Algériennes.

C’est sans parler du magnifique film Les sandales blanches, de Christian Faure, tiré du récit du même nom de la cantatrice Malika Bellarimi, surnommée la diva des banlieues.

Présenté en ouverture de Vues d’Afrique, Les sandales blanches retrace son parcours de petite fille d’origine arabe, blessée mortellement lors d’un accident, qui épouse son destin de chanteuse d’opéra contre vents et marées.

Il faut dire aussi que la marraine de Vues d’Afrique 2021 est la militante et journaliste congolaise Maude Salomé Ekila, qui s’occupe aussi, depuis 2012, des communications du gynécologue et Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, connu notamment pour ses activités auprès des femmes victimes de viols de guerre.

C’est elle qui a produit le documentaire Sema, tourné au Congo, qui porte d’ailleurs sur les témoignages de ces victimes. Alun Be est pour sa part parrain de l’événement.

Photo: Photos Vues d'Afrique Le film Les sandales blanches, de Christian Faure, est tiré du récit de la cantatrice Malika Bellarimi, surnommée la diva des banlieues. Il retrace son parcours de petite fille d’origine arabe qui épouse son destin de chanteuse d’opéra contre vents et marées.

Un prix pour l’équité des genres

Cette année, le Centre d’étude et de coopération internationale remettra un prix au film qui se démarque pour son traitement équitable des genres. « C’est une coïncidence. On a été surpris, mais c’est un thème qui revenait beaucoup dans le cinéma africain et caribéen », dit Gérard Le Chêne. 

Comme l’an dernier, Vues d’Afrique est donc diffusé entièrement en ligne. On peut voir les films gratuitement, autant à la chaîne TV5Unis que sur le site de Vues d’Afrique, où on peut également consulter toute la programmation. Les films sont disponibles pour des blocs de 48 heures.

Cette formule a permis à Vues d’Afrique de décupler sa portée l’an dernier au Québec et au Canada, mais aussi à l’international. « Mais quand on propose un film en ligne, cela suggère des négociations plus délicates avec les ayants droit », dit M. Le Chêne. Il se réjouit d’une programmation qui présente cette année des films provenant de pays peu présents dans les éditions précédentes : la Namibie par exemple, ou la Guinée équatoriale.

« Les pays du Maghreb, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont toujours très dynamiques », dit-il.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le parrain de l’événement se nommait Alain Sun, a été modifiée.