«Thunder Force»: des superhéroïnes qui méritaient mieux

La production n’a aucune ampleur. Ce devrait être, par moments au moins, épique. Mais non : l’action demeure bizarrement confinée et très, très peu populeuse, comme si on n’avait pas eu les moyens d’ajouter des figurants.
NETFLIX La production n’a aucune ampleur. Ce devrait être, par moments au moins, épique. Mais non : l’action demeure bizarrement confinée et très, très peu populeuse, comme si on n’avait pas eu les moyens d’ajouter des figurants.

Depuis plus d’une douzaine d’années maintenant, les superhéros pullulent au cinéma. Si les pouvoirs déployés sont extrêmement variés, les détenteurs de ceux-ci demeurent en revanche, pour la majorité, des hommes à la peau claire, volontiers surentraînés, et assez jeunes ou dans la force de l’âge. Dans ces univers, les Wonder Woman, Captain Marvel et autre Black Panther sont, toutes proportions gardées, des exceptions et non la règle. Aussi y a-t-il quelque chose de foncièrement réjouissant à l’idée de voir Melissa McCarthy et Octavia Spencer, actrices fabuleuses ne souscrivant pas audit modèle dominant, jouer les superhéroïnes en apprentissage dans Thunder Force (V.O. et V.F.).

Le film se déroule dans un présent alternatif dans lequel un phénomène cosmique a causé, sur Terre, l’avènement de supervilains surnommés les mécréants. Ces derniers ont causé la mort des parents généticiens d’Emily, qui a par la suite consacré sa vie, et son génie, à l’élaboration d’une formule permettant de transformer des gens bien en superhéros, de manière à combattre les mécréants. Elle vient tout juste d’y arriver.

Mais voici qu’entre en scène Lydia, vieille amie du temps de la petite école, et exact contraire de la très sérieuse Emily. Par mégarde, Lydia absorbe la moitié de la formule, qui lui confère une force surhumaine. Avec la moitié restante, Emily peut pour sa part devenir invisible. Viendront-elles à bout du mécréant en chef et de ses sbires ?

En matière d’argument pour un film de superhéros, celui de Thunder Force en vaut un autre. Avec en plus ces deux actrices-là en guise de têtes d’affiche, ç’aurait pu être une production drôle et divertissante à souhait.

Malheureusement, le film a été écrit et réalisé par Ben Falcone, le conjoint de Melissa McCarthy. Et il se trouve que Falcone n’est doué ni pour l’écriture ni pour la mise en scène, comme en témoignaient déjà Tammy et The Boss (La patronne), films que même le brio comique de McCarthy ne parvenait pas à sauver. Récemment, Superintelligence marquait un autre ratage pour le couple. De leurs collaborations, seul le sympathique Life of the Party (La reine de la fête) vaut le coup.

Pour le compte, Melissa McCarthy est beaucoup mieux servie par son ami Paul Feig, réalisateur de Bridesmaid (Demoiselles d’honneur), The Heat (Un duo d’enfer) et Spy (Espionne), meilleure comédie de la vedette à ce jour (pour sa meilleure composition, voir Can You Ever Forgive Me).

Intérêt intermittent

Bref, Thunder Force déçoit. Même le message bienvenu du pouvoir aux femmes finit par se diluer dans le magma narratif. Réalisation et montage manquent quant à eux de dynamisme ; ça traîne.

La production n’a par ailleurs aucune ampleur. Ce devrait être, par moments au moins, épique. Mais non : l’action demeure bizarrement confinée et très, très peu populeuse, comme si on n’avait pas eu les moyens d’ajouter des figurants (la pandémie n’est pas en cause : cela se triche désormais au moyen d’effets visuels).

Melissa McCarthy et Octavia Spencer partagent en revanche une chouette chimie. Il est en outre quelques passages où le talent légendaire d’improvisation de McCarthy est mis en valeur. Hélas, c’est trop peu pour maintenir l’intérêt autrement que par intermittence.

 

Thunder Force (V.O. et V.F.)

★★

Comédie fantastique de Ben Falcone. Avec Melissa McCarthy, Octavia Spencer, Jason Bateman, Bobby Cannavale, Taylor Mosby, Pom Klementieff, Melissa Leo. États-Unis, 2021, 105 minutes. Sur Netflix.