C’est la fin de la censure en Italie

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci en compagnie de Marlon Brando et Maria Schneider, durant le tournage du film «Le dernier tango à Paris», en 1973.
Photo: Associated Press Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci en compagnie de Marlon Brando et Maria Schneider, durant le tournage du film «Le dernier tango à Paris», en 1973.

Le gouvernement italien a mis au rebut les ciseaux ayant mis à l’index des chefs-d’œuvre du cinéma comme  Le dernier tango à Paris, victime comme tant d’autres de la censure qui sévissait depuis 1914.

Dorénavant, il ne sera plus possible d’interdire la sortie en salle d’un film ou de la conditionner à des coupes ou à des modifications sur la base de motivations morales ou religieuses.

En lieu et place de ce couperet sera mise en place une Commission de classification des œuvres cinématographiques auprès de la Direction générale du cinéma du ministère de la Culture.

Cette commission, qui détermine à quelles tranches d’âge les films sont adaptés, est composée de 49 membres, allant d’experts du secteur cinématographique et de la protection des mineurs à des représentants des associations de parents et des groupes de défense des animaux.

« Avec l’abolition de la censure au cinéma, nous sortons définitivement du système de contrôle et d’intervention qui permettait à l’État de s’immiscer dans la liberté de création des artistes », s’est réjoui dans un communiqué le ministre de la Culture Dario Franceschini, membre du Parti démocrate (PD, centre gauche) dans le gouvernement de coalition de Mario Draghi.

C’est une « étape importante et historique pour le cinéma italien. Il était temps », a réagi pour l’AFP Elena Boero, experte du cinéma italien.

« Il s’agit d’une forme de responsabilisation. Nous sommes mûrs », a estimé dans un entretien avec l’AFP le réalisateur Pupo Avati, dont le film  Bordella sur l’ouverture d’un bordel pour femmes à Milan par une multinationale américaine avait été censuré en 1975.

Rocco et ses frères

De nombreux films ont été visés par la censure au cours de plus d’un siècle d’existence, au premier rang desquels quasiment tous les films de l’écrivain-poète-réalisateur Pier Paolo Pasolini, ou encore le sulfureux  Dernier tango à Paris  de Bernardo Bertolucci avec Marlon Brando et Maria Schneider, dont les exemplaires furent détruits, à l’exception de trois, conservés à la Cinémathèque nationale.

Autre exemple célèbre de film censuré, Rocco et ses frères (1960), chef-d’œuvre de Luchino Visconti avec Alain Delon et Annie Girardot en tête d’affiche.

Selon un recensement réalisé par Cinecensura, une exposition virtuelle en ligne promue par le ministère de la Culture, au total 274 films italiens, 130 films américains et 321 venant d’autres pays ont été censurés depuis 1944.

Plus de 10 000 furent autorisés à sortir en salle après des coupes et modifications.

Paradoxalement, « cela rendait aussi les films plus attrayants, en suscitant la curiosité du public, surtout dans le domaine érotique », a souligné Pupi Avati. « On ne censurait pas les films pour leur violence », observe-t-il aussi.

Au cours de plus d’un siècle d’existence, les motivations de la censure ont évolué d’un contrôle politique, moral et religieux vers une sorte d’opportunisme : éviter la censure pour être en mesure de décrocher des subventions étatiques.

Le dernier cas important de censure remonte à 1998 avec le film  Totò qui vécut deux fois de Daniele Ciprì et Franco Marescoest, situé dans un Palerme monstrueux et apocalyptique grouillant de personnages grotesques et blasphémateurs, et qui fut attaqué violemment par les milieux catholiques.

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