Pour une meilleure visibilité des régions du Québec à l’écran

Pour un Sébastien Pilote (photo) qui porte à l’écran «Maria Chapdelaine», tourné dans sa région du Saguenay, combien de cinéastes québécois excentrés éprouvent du mal à percer?
Photo: Sébastien Raymond ACPAV Pour un Sébastien Pilote (photo) qui porte à l’écran «Maria Chapdelaine», tourné dans sa région du Saguenay, combien de cinéastes québécois excentrés éprouvent du mal à percer?

Alors que la part du lion des subventions au cinéma provenant de la SODEC est dépensée dans la région de Montréal, un groupe de professionnels du cinéma de différentes régions du Québec signe un manifeste « pour la diversité territoriale du cinéma québécois ». Ils y réclament une plus grande représentativité des régions québécoises au cinéma, ainsi que les moyens de stimuler et d’encourager cette créativité.

« On veut ouvrir un dialogue pour que des actions réelles soient entreprises », dit Nicolas Paquet, cinéaste établi à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. « De 85 à 95 % des budgets accordés au cinéma par la SODEC » sont investis dans la grande région de Montréal, comprenant Longueuil et Laval, dit-il, précisant que cette analyse non scientifique est basée sur l’étude des rapports annuels de la SODEC. Pour un Sébastien Pilote qui porte à l’écran Maria Chapdelaine, tourné dans sa région du Saguenay, combien de cinéastes québécois excentrés éprouvent du mal à percer ?

J’ai réussi au fil des années à faire financer des projets, mais j’ai dû faire des allers-retours à Montréal une fois par mois, pour aller dire bonjour et serrer des mains

 

Même la région de Québec semble mal desservie lorsqu’on la compare à Montréal, constate Jason Béliveau, rédacteur en chef de la revue Séquences, qui consacre ces jours-ci un dossier au cinéma en région, dans lequel le manifeste a été publié. Jason Béliveau travaille présentement à l’ouverture d’une salle de cinéma à Québec, qui s’inspire du modèle montréalais du cinéma Moderne.

Plus que de la diffusion

Mais les signataires du manifeste veulent plus que des endroits de diffusion. « Le rôle de spectateurs ne nous suffit pas. Ni pour nous ni pour tous ceux qui habitent la campagne et vivent hors des grands centres. Le savoir-faire et les productions doivent émerger des quatre points cardinaux », écrivent-ils.

« J’ai réussi au fil des années à faire financer des projets, mais j’ai dû faire des allers-retours à Montréal une fois par mois, pour aller dire bonjour et serrer des mains », explique Nicolas Paquet, cofondateur de la compagnie FranC doc, dont les documentaires s’intéressent à la vie rurale, notamment à travers l’alimentation.

De la trentaine de projets récemment approuvés par la SODEC, remarque Jason Béliveau, la quasi-totalité provenait de Montréal, sauf deux : un de Québec et l’autre de Matane.

Ce n’est pourtant pas la créativité qui manque d’un bout à l’autre du Québec. On cite, entre autres, l’organisme de production et de diffusion Paralœil, à Rimouski, le Beam (Bureau estrien de l’audiovisuel et du cinéma), à Saint-Adrien, en Estrie, le festival de courts métrages Regard au Saguenay.

Mais le cinéma est une industrie où il faut pouvoir se mettre en réseau, notamment dans les festivals et les activités professionnelles. C’est dans ces foyers, concentrés à Montréal, que le cinéma, ce travail d’équipe, prend forme.

Une salle par village

Pour favoriser une meilleure diversité du cinéma québécois en région, Jason Béliveau propose de multiplier les salles de diffusion et cite comme exemple les cinéclubs de Rivière-du-Loup, de Gaspé ou de Chicoutimi.

« Chaque village pourrait avoir une salle de 100 ou de 200 places, dit-il. Les films pourraient aller de ville en ville et de village en village, pour rendre les films québécois accessibles à tous. »

Pour Nicolas Paquet, il faut davantage qu’une politique des « petits pas » pour favoriser l’essor du cinéma en région. Depuis quelques années, une Table de concertation interrégionale en cinéma s’est formée pour permettre aux acteurs du milieu de se rencontrer, de discuter, de s’organiser. Il manque, disent les signataires du manifeste, « l’élan nécessaire pour qu’une fois lancées, l’ensemble des régions soient mieux financées et outillées pour fabriquer chacune leur cinéma à leur façon ».

 

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