«The Marksman»: le veuf et l'orphelin

Liam Neeson joue à nouveau, dans «The Marksman», les héros de film d’action gériatrique.
Photo: Entract Films Liam Neeson joue à nouveau, dans «The Marksman», les héros de film d’action gériatrique.

Jim Hanson, un vétéran dans la soixantaine, veuf de son état, passe ses journées à la frontière du Mexique et de l’Arizona afin de signaler toute entrée illégale aux États-Unis. Fusil braqué, il ne tire sur personne, mais prévient les autorités sitôt qu’il aperçoit un clandestin dans son viseur. Pris à partie dans le meurtre d’une jeune femme par les sbires d’un narcotrafiquant, le voici avec un enfant sur les bras. Destination : Chicago, où le gamin a de la famille. Avec les hommes de main du cartel à leurs trousses, Jim aura l’occasion de renouer avec son savoir-faire guerrier. Dans ce qui ressemble désormais pour lui à de la peinture à numéro, Liam Neeson joue à nouveau, dans The Marksman (Le protecteur), les héros de film d’action gériatrique.

Plus récent titre d’une longue série de productions tablant depuis une douzaine d’années sur un Liam Neeson de plus en plus indestructible à mesure qu’il avance en âge, The Marksman est l’un des moins intéressants du lot.

Après avoir joué un père sauveur dans Taken (et ses suites) puis vengeur dans Cold Pursuit, un policier de l’air qui vient à bout de terroristes dans Non-Stop, un tireur d’élite lâché dans la nature impitoyable dans The Grey, et un chômeur empêtré dans un sombre complot dans The Commuter, pour ne nommer que ceux-là, Neeson, excellent acteur comme il l’a maintes fois prouvé (Schindler’s List, Michael Collins, Kinsey), demeure confiné dans cette lucrative zone de confort.

Trajectoire attendue

Dans The Marksman, l’action suit la trajectoire attendue, ce qui ne serait pas plus mal si le film ne prétendait pas, çà et là, à un commentaire social simpliste par l’entremise de dialogues lourdauds. Entre autres exemples : « Comment est-ce possible qu’après une vie à travailler et à payer ses taxes, on n’ait même plus un pot dans lequel pisser ? »

Ou encore, au sujet de la frontière poreuse : « Tout irait bien si le gouvernement se prenait en main et réglait ce merdier. »

Les messages sont ainsi passés avec la subtilité d’un coup de madrier. Parlant de subtilité, les méchants de service parviennent à être en deçà de l’unidimensionnalité : triste exploit d’écriture. Raison d’être de ces productions, les séquences de poursuites, de fusillades et de combats sont en revanche adéquatement chorégraphiées, filmées et montées, mais ne commencent à survenir qu’après une laborieuse, et assez longue, mise en place.

Comme souvent dans ce qui constitue à présent pour lui un rôle type, Neeson est d’une solennité absolue, s’en remettant surtout à son charisme et à sa voix profonde et graveleuse. Nouveau venu, le petit Joe Perez offre un contrepoids attachant. Cela étant, The Marksman pâlit davantage au souvenir un brin plus heureux de A Walk Among the Tombstones, film dans lequel Liam Neeson se faisait le protecteur d’un adolescent.

Bref, à ce stade, on n’est plus dans la variation, mais dans la redite. Vivement un peu plus d’ambition dans la filmographie de la vedette.

Le film The Marksman sort en salle le 2 avril.  

Le protecteur (V.F. de The Marksman)

★★

Action de Robert Lorenz. Avec Liam Neeson, Joe Perez, Juan Pablo Raba, Katheryn Winnick. États-Unis, 2021, 108 minutes. En salle.