«Comme une vague»: le bonheur d'être submergé

Photo tirée du film «Comme une vague», réalisé par Marie-Julie Dallaire
Photo: Les Films Séville Photo tirée du film «Comme une vague», réalisé par Marie-Julie Dallaire

Le long métrage Comme une vague, de Marie-Julie Dallaire, tient autant du documentaire que du film d’art et d’essai. Il y est question de musique, mais au sens large. En cela qu’au gré des circonvolutions audiovisuelles, la cinéaste traite des formes classiques comme des plus inattendues de musique. Sur l’écran, des images noir et blanc toutes plus sublimes les unes que les autres se succèdent en un flot incessant : vaste, et fascinant, panorama.

Car s’il est une chose que permet d’établir hors de tout doute Comme une vague, une coproduction de Jean-Marc Vallée, mélomane passionné s’il en est, c’est à quel point la notion de musique est complexe et changeante. Pour autant, le film n’est pas le moins du monde hermétique. Au contraire, il suffit de se laisser porter — attitude appropriée compte tenu du titre.

Plusieurs intervenants vont et (re)viennent en un assemblage de propos distincts s’avérant, au final, et c’est la beauté de la chose, en parfaite complémentarité. Généreux dans ses confidences (tout jeune, il croyait que des fantômes lui soufflaient ses compositions) et complètement ouvert dans sa manière d’accepter qu’on le filme en pleine création, Patrick Watson est l’un des plus intéressants. On s’aventure en ethnomusicologie, en musicothérapie, en neurosciences, visitant au passage la culture pygmée, un orchestre symphonique, l’intérieur du cerveau humain…

Toutefois, peut-être le participant qu’on prend le plus de plaisir à suivre est le bio-acousticien Gordon Hempton. Que ce soit en forêt, au milieu d’arbres majestueux, ou au bord de l’océan Pacifique, celui qui se fait appeler le « Sound Tracker » parvient à capter de véritables symphonies naturelles : bruissements du feuillage, échos du vent piégé dans une souche creuse, vagues et vaguelettes, galets recrachés sur la rive… Sidérantes harmonies.

Effort concerté

Tous les témoignages sont présentés en un va-et-vient évoquant des marées. Les mots d’un ou d’une spécialiste revêtent ainsi une dimension inédite à la lumière de ceux formulés juste après par quelqu’un d’autre. Si la cinéaste filme volontiers chaque intervenant en portrait, elle évite le défilé de « têtes parlantes » en privilégiant une approche impressionniste où l’image vient évoquer, souvent de façon quasi abstraite, ce qui est dit. Le montage fluide de Louis-Martin Paradis, particulièrement réussi, va en ce sens, maintenant un mouvement continue, berçant, envoûtant.

Outre ledit montage, la réalisation virtuose — elle l’est, vraiment — de Marie-Julie Dallaire bénéficie de l’apport d’une direction photo noir et blanc particulièrement soignée de Tobie Marier-Robitaille et Josée Deshaies.

D’ailleurs, ce parti pris chromatique, s’il rehausse et magnifie des détails visuels qui auraient pu être banals en couleurs, n’est jamais bêtement esthétisant, puisque, dans ce choix, réside une composante fondamentale de l’expérience qu’est Comme une vague.

En effet, le noir et blanc permet une harmonisation visuelle accrue, et dès lors que l’œil n’est pas distrait par la couleur, la focalisation sur la dimension sonore et musicale se trouve renforcée. Rarement aura-t-on autant aimé être submergé.

 

Comme une vague

★★★★ 1/2

Documentaire de Marie-Julie Dallaire, Québec, 2019, 88 minutes.  En salle.