«Le club Vinland»: croire aux Vikings sous Duplessis

Sébastien Ricard (Frère Jean) dans une scène de «Le club Vinland»
Photo: Les Films Opale Sébastien Ricard (Frère Jean) dans une scène de «Le club Vinland»

Charlevoix, 1949. Arrivé au milieu de l’année scolaire, Émile est confronté aux écueils du nouveau venu. Entre les moqueries de ses camarades et l’adaptation à la vie de pensionnaire, l’adolescent finira par trouver sa voie. Sa belle assurance, suffisamment grande pour le pousser à faire le geste de trop, lui est inculquée par le plus original de ses professeurs. Un modèle de ténacité et d’audace (presque aveugle).

Quatrième long métrage de fiction de Benoit Pilon, Le club Vinland s’inscrit dans la lignée d’une décennie fortement marquée par l’univers scolaire. De Monsieur Lazhar (2011) à Jeune Juliette (2019), en passant par La passion d’Augustine (2015), entre autres, le cinéma québécois semble avoir fait de l’éducation une plateforme pour parler inclusion, diversité et contestation de l’ordre établi.

On pourrait reprocher au scénario de Normand Bergeron et Marc Robitaille — auxquels s’est joint dans un second temps le réalisateur — de manquer d’originalité. Dès les premières minutes, l’impression de déjà-vu est tenace.

Benoit Pilon donne pourtant à son film ses propres couleurs. Comme pour Ce qu’il faut pour vivre, qui reste à ce jour son meilleur (en fiction), le cinéaste plonge dans la Grande Noirceur. Les subtiles références à l’époque, notamment à l’égard de la pédophilie dans l’Église, parlent de ce Québec duplessiste plombé par le silence et l’abus de pouvoir.

Émile (Arnaud Vachon, un nouveau lui aussi plein d’assurance) et le frère Jean (crédible Sébastien Ricard) sont au cœur de l’intrigue. Le premier est plus porté par le dessin que par les leçons, le second, plus par l’archéologie que par l’enseignement doctrinaire. Celui-ci bénéficie de l’aile protectrice du frère directeur (Rémi Girard) pour piloter une activité parascolaire qui lui permet d’aborder les théories contestées du passage des Vikings. Les sagas du Vinland sont encore un récit sans preuves, que lui tient à trouver.

Malgré des trous narratifs, Club Vinland s’appuie sur des excentricités, non pas celles, clownesques, de Mon cirque à moi (2020), autre titre revendiquant une éducation alternative, mais des excentricités plus sobres. Les escapades pour des fouilles archéologiques comme l’initiation au cinéma à laquelle s’adonne le jeune Émile sont des voies inusitées pour de jeunes hommes destinés, a priori, aux champs ou à l’usine.

À l’instar du prof John dans Dead Poets Society de Peter Weir, le frère Jean applique des méthodes non orthodoxes. Son appréciation de la rigueur est un appel au rêve, au désir d’émancipation. La vérité historique qu’il cherche trouve résistance auprès des mœurs chrétiennes et conservatrices.

« Le vrai courage, c’est d’avoir peur et d’y aller pareil. » La maxime qu’apprennent ses élèves sera trop suivie au pied de la lettre par Émile, dont une décision, qu’on taira ici, donne au film un rebondissement dramatique et inattendu. Heureux dénouement ou non ? À chacun d’y voir.

Après deux semi-échecs — Décharge et Iqaluit —, Benoit Pilon a persévéré et livre, dans cet hommage senti à ces profs si uniques qu’ils nous marquent pour la vie, une ode à la différence.

 

Le club Vinland

★★★

Drame de Benoit Pilon. Avec Sébastien Ricard, Arnaud Vachon, Rémi Girard, Alexis Guay. Québec, 2021, 125 minutes. En salle partout au Québec depuis le 2 avril.