«Godzilla vs Kong»: le choc des Titans

Un affrontement entre Godzilla et King Kong: c’est exactement ce qui survient dans «Godzilla vs Kong», titre explicite s’il en est.
Photo: Legendary Pictures Un affrontement entre Godzilla et King Kong: c’est exactement ce qui survient dans «Godzilla vs Kong», titre explicite s’il en est.

Attention ! Tout le monde aux abris ! L’humanité se croyait sauve après que la race des Titans eut fait la paix avec elle. Confiné sur son île pour sa propre sécurité, King Kong a développé une relation privilégiée avec la fille adoptive d’une scientifique, une enfant sourde de qui il a appris le langage des signes. Quelque part dans les profondeurs marines, Godzilla se repose après avoir empêché Ghidorah, un autre Titan, de dévaster la Terre. Mais voici que sans crier gare, le reptile géant, qu’on pensait être un allié, émerge de l’océan et pulvérise une partie de la Floride. Pourquoi ?

C’est sur cette question que s’ouvre Godzilla vs Kong (V.O. et V.F.), quatrième opus de l’univers cinématographique MonsterVerse de Legendary Pictures après Godzilla (Gareth Edwards, 2014), Kong : Skull Island (Jordan Vogt-Roberts, 2017), et Godzilla : King of the Monsters (Godzilla : roi des monstres ; Michael Dougherty, 2019). On se souviendra qu’en 2019, ce dernier film s’était terminé sur une illustration ancienne montrant un affrontement entre Godzilla et King Kong.

C’est exactement ce qui survient dans Godzilla vs Kong, titre explicite s’il en est. On a droit à deux intrigues parallèles dont les développements sont complémentaires. On suit ainsi une équipe de scientifiques menée par le docteur Lind (Alexander Skarsgard, guère mémorable), en collaboration avec la multinationale Apex de Walter Simmons (Demián Bichir, qui s’amuse), qui tente de découvrir une nouvelle source d’énergie dans une zone intraterrestre creuse d’où viendrait King Kong.

Cela, tout en revenant ponctuellement à la jeune Madison Russell (Millie Bobby Brown, excellente), vue dans l’épisode précédent, alors qu’elle met au jour les desseins sinistres d’Apex avec l’aide de son meilleur ami (Julian Dennison, dans un rôle sous-écrit) et d’un « podcasteur » amateur de théories du complot (Brian Tyree Henry, qui vole la vedette).

Le pot

Godzilla vs Kong marque un retour à la forme dans la série après le désastreux Godzilla : King of the Monsters. En fait, le scénario et les personnages, des archétypes plus qu’autre chose, n’ont jamais été les grandes forces de ces films, mais dans Godzilla : King of the Monsters, c’était parfois embarrassant sur les deux fronts.

Remarquez, en matière de personnages risibles, le premier Godzilla avait donné le ton avec son jeune et brave héros joué par un Aaron Taylor-Johnson somnambule. Honnêtement, ces carences demeurent dans Godzilla vs Kong, mais dans une moindre mesure. Oui, il est des passages à lever les yeux au ciel où l’un ou l’autre des personnages se met à expliquer dans le détail un phénomène abracadabrant en train de se produire. Et, oui encore, le héros désigné, le docteur Lind, un géologue apparemment spécialiste de toutes les disciplines scientifiques réelles et imaginaires à le voir aller (en plus de savoir piloter d’instinct un véhicule volant à la fine pointe à bord duquel il se trouve pour la première fois), est également le personnage le plus mince.

Pour le compte, Lind serait absent de l’histoire que le film ne s’en porterait pas plus mal. Même que les personnages de la petite Jia (Kaylee Hottle, craquante) et de sa mère adoptive, la docteure Andrews (Rebecca Hall, solide), plus intéressants, auraient gagné en part active au sein de l’intrigue.

Les fleurs

Pourquoi, alors, le film fonctionne-t-il à ce point ? C’est en bonne partie grâce à la réalisation inspirée d’Adam Wingard, qui revient à cette sensibilité visuelle très « années 1980 » déjà présente dans son succès indépendant The Guest (2014). Il faut voir Godzilla et King Kong se battre à Hong Kong au troisième acte : la toile de fond tout en néons rappelle alors un croisement entre la débauche chromatique de Blade Runner et l’épure linéaire de Tron. Riche en synthétiseurs, la musique électronique de Tom Holkenborg (alias Junkie XL) ajoute au charme rétro.

Cela, conjugué à des effets spéciaux absolument remarquables et un dynamisme de chaque instant, qui, eux, sont on ne peut plus actuels. De fait, outre le fait qu’on est volontiers épaté par certaines prouesses numériques (tout l’univers intraterrestre et ses créatures, par exemple), l’action n’accuse aucun temps mort.

Action qui, on l’évoquait, n’est pas sans moments invraisemblables, voire ridicules (la manière dont on vient à bout du monstre surprise, notamment), mais qui déboule à un rythme si effréné qu’on n’a guère l’occasion ou l’envie de s’en formaliser sur le coup. C’est un exploit en soi.

Godzilla vs Kong (V.O. et V.F.)

★★★

Science-fiction d’Adam Wingard. Avec Millie Bobby Brown, Alexander Skarsgard, Brian Tyree Henry, Rebecca Hall, Kaylee Hottle, Damian Bichir. États-Unis, 2021, 113 minutes. En salle et en VSD sur la plupart des plateformes dès le 31 mars.