«Like a House on Fire»: consumée par le manque

Présente dans toutes les scènes, Sarah Sutherland rend palpable la vulnérabilité de Dara, mais aussi sa détermination à revenir dans la vie de Danny et Isabel.
Entract Films Présente dans toutes les scènes, Sarah Sutherland rend palpable la vulnérabilité de Dara, mais aussi sa détermination à revenir dans la vie de Danny et Isabel.

Le film Like a House on Fire s’ouvre sur une crise d’angoisse. La jeune femme qui en est victime se prénomme Dara, et elle a toutes les raisons d’être anxieuse. En effet, elle s’apprête à reparaître dans la vie de son conjoint Danny et de leur fille Isabel après deux ans d’absence. Or, Isabel est justement âgée d’à peine plus de deux ans : faites le calcul. Au cours de cette période où Dara a refusé tout contact avec Danny, ce dernier a attendu, puis a refait sa vie : il sera à nouveau père dans quelques mois. Ce qu’ignore Dara lorsqu’elle se pointe inopinément, espérant reprendre là où elle a laissé.

Exploration des contrecoups de la dépression post-partum, Like a House on Fire (Comme une maison en feu) s’efforce de nuancer le trait à tous égards. En cela que dans son troisième film, le Montréalais d’origine Jesse Noah Klein, dont le premier long, Shadowboxing, traitait déjà de dysfonctions familiales, ne tente pas d’identifier des « méchants » ou de blâmer un personnage plus qu’un autre. À commencer par Dara.

Ainsi, le départ de cette dernière deux ans plus tôt est-il vite expliqué, en voix hors champ, alors que la protagoniste s’adresse en pensées à cette enfant qui ne garde plus aucun souvenir d’elle : « Je me tenais là, et je te regardais, et tu me regardais, et je n’avais aucune idée de ce à quoi tu pensais ou de ce que tu ressentais. Et à ce moment-là, je n’ai jamais eu aussi peur […] Je t’aimais tellement que j’en oubliais de respirer. Puis soudain, je n’ai plus eu d’air. »

Pas assez étoffé

Lorsqu’elle refait surface, Dara affirme aller bien. Il n’empêche, on la sent très fragile. Présente dans toutes les scènes, Sarah Sutherland rend palpable la vulnérabilité de Dara, mais aussi sa détermination à revenir dans la vie de Danny et Isabel. Car malgré le fait que Danny soit désormais en couple avec Thérèse, enceinte de sept mois (et qui n’est pas davantage dépeinte comme un cliché de rivale sibylline), Dara s’accroche à la certitude que, puisqu’elle va mieux, tout redeviendra comme avant.

Avec pareil point de départ, Like a House on Fire aurait pu tourner au thriller bon marché, mais c’est tout le contraire qui survient. Il s’agit d’un drame psychologique en demi-teintes — presque jusqu’à l’effacement parfois. Il est de fait des passages où l’approche éthérée, volontiers impressionniste dans sa manière de capter des moments de silences tout en multipliant les ellipses, flirte dangereusement avec la monotonie.

D’autant qu’on éprouve rapidement le sentiment qu’en dépit de la foncière richesse du sujet, on est en présence d’un court ou d’un moyen métrage gonflé en long. À titre d’exemple, toute la sous-intrigue où Dara se lie d’amitié avec Jordan, un étudiant incarné par le chanteur Hubert Lenoir auprès de qui elle se réfugie, semble plaquée au reste. Ni le talent de Sarah Sutherland ni celui d’Hubert Lenoir, qui joue avec un naturel convaincant, ne sont en cause.

C’est simplement que ces instants d’intimité complice ont l’air fabriqués, placés (on pense entre autres à ce slow impromptu dansé dans la chambre de Jordan).

Forme soignée

La relation entre Dara et son père est mieux développée. Il faut savoir que jadis, la mère de Dara les quitta également, mais pour ne jamais revenir dans son cas. Cet événement traumatique passé, qui agit comme un miroir du présent, confère un surcroît de tonus dramatique bienvenu, spécialement au troisième acte.

La production comme telle est en outre de belle tenue : tant la direction photo d’Ariel Méthot-Bellemare (Tadoussac, les courts primés Goodbye Golovin et Mon boy) que la musique de Christophe Lamarche-Ledoux (Le 20e siècle, Saint-Narcisse), avec leur côté planant, s’avèrent en phase avec la réalisation aérienne de Jesse Noah Klein, qui multiplie les gros plans instables, oscillants. Tout cela en écho avec une héroïne en flottement, mais qui tente très fort de reprendre pied.

 

Comme une maison en feu (V.F. de Like a House on Fire)

★★★

Drame psychologique de Jesse Noah Klein. Avec Sarah Sutherland, Jared Abrahamson, Dominique Provost-Chalkley, Michael Buchanan, Hubert Lenoir, Amanda Brugel, Sheila McCarthy. Québec, 2020, 80 minutes. En salle au cinéma du Parc.

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