«Miss»: ma vie en rose

Tout en se moquant allègrement des clichés accolés aux concours de beauté et à la féminité, le cinéaste reprend les codes propres aux récits initiatiques de vilains petits canards.
Photo: AZ Films Tout en se moquant allègrement des clichés accolés aux concours de beauté et à la féminité, le cinéaste reprend les codes propres aux récits initiatiques de vilains petits canards.

Comédie chaleureuse et colorée de Ruben Alves (La cage dorée), Miss n’est pas un film sur la transidentité ni tout à fait sur l’androgynie, mais plutôt sur la fluidité des genres. Ainsi Alex (Alexandre Wetter, ex-mannequin au look androgyne pour Gaultier), qui a perdu ses parents très tôt et vit aujourd’hui au sein d’un clan dont les membres sont issus de diverses origines culturelles, s’identifie comme homme, mais se sent plus fort lorsqu’il met en avant son côté féminin.

Après avoir retrouvé Elias (Quentin Faure), ami d’enfance devenu champion de boxe, Alex trouve le courage de poursuivre le rêve qu’il caresse depuis qu’il est petit : devenir Miss France. Alors que sa meilleure amie Lola (Thibault de Montalembert, le vilain Mathias d’Appelez mon agent), « travesti périmé » vendant ses charmes à 13 euros au Bois de Boulogne, l’encourage de son mieux en lui prodiguant des trucs beauté, Yolande (Isabelle Nanty), sa mère d’adoption et cheffe du clan métissé, voit d’un mauvais œil qu’Alex explore sa féminité dans un concours qu’elle juge dépassé et sexiste.

Au grand bonheur de Yolande, Alex choisit d’y défendre la cause des femmes en condamnant la toxicité masculine. Bref, avec tous les thèmes qu’il aborde, le deuxième long métrage d’Alves, écrit avec la collaboration d’Élodie Namer (Le tournoi) et de Cecilia Rouaud (Photo de famille), ne pourrait s’inscrire davantage dans l’air du temps.

D’une beauté éclatante et d’une photogénie remarquable, Alex, surnommé Alexandra, puis Miss Île-de-France, tombe dans l’œil d’Amanda (Pascale Arbillot), ex-Miss France et membre haut placé de l’organisation, qui le prend sous son aile rigide. Suscitant la jalousie de Miss Paca (Stefi Celma, l’ambitieuse Sofia d’Appelez mon agent), Alex a aussi du mal à se lier d’amitié avec les autres candidates. Disons que la sororité en prend pour son rhume sous la plume d’Alves et de ses complices. 

Talons aiguilles

N’ayant pas souhaité écorcher l’organisation Miss France, qu’il a par ailleurs consultée, Ruben Alves l’érafle quand même en soulignant leridicule de faire défiler en maillot de bain et en talons hauts de jeunes femmes bardées de diplômes — certaines sont cependant dépeintes comme de sombres idiotes — et de les contraindre à débiter des propos consensuels sur des questions de société pour séduire le jury.

Il n’en épargne pas non plus l’obsolescence tandis qu’il représente l’institution réticente aux réseaux sociaux et faussement soucieuse de l’environnement. Cela donnera par ailleurs des tableaux volontairement risibles — hélas répétitifs — où les miss doivent ramasser des détritus sur une plage belge en demeurant glamour.

Tout en se moquant allègrement des clichés accolés aux concours de beauté et à la féminité, le cinéaste, qui emprunte à Almodóvar un chouïa de fantaisie et d’exubérance, reprend les codes propres aux récits initiatiques de vilains petits canards. Sans négliger d’y ajouter une petite touche mélo que la tonicité de la mise en scène parvient à faire oublier.

Malgré son attachante faune bigarrée, où règne avec panache l’émouvant et hilarant Thibault de Montalembert aux côtés d’une Isabelle Nanty qui en fait un peu trop, Miss repose sur un canevas classique, pour ne pas dire convenu, où presque chaque scène est télégraphiée. Le seul élément rafraîchissant de ce conte de fées moderne, c’est que le prince charmant et Cendrillon ne sont qu’une seule et même personne.

De fait, bien que pouvant compter sur le soutien de sa famille et, in extremis, sur la solidarité féminine, Alex/Alexandra n’a besoin de personne, ni d’un prince ni d’une fée marraine, pour s’accepter tel qu’il/elle est, pour vivre pleinement sa masculinité et sa féminité. Son unicité.

Embrassant avec grâce la femme en lui, le magnifique Alexandre Wetter conquiert le cœur du spectateur par son interprétation sensible et sincère, tandis que Ruben Alves force le respect en transformant un hymne à la différence en une comédie rassembleuse.

 

Miss

★★★

Comédie de moeurs de Ruben Alves. Avec Alexandre Wetter, Isabelle Nanty, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Quentin Faure et Stefi Celma. France, 2020, 107 minutes. En salle.

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