«Antoinette dans les Cévennes»: l’adorable équipée

Les acteurs Laure Calamy (Antoinette) et Benjamin Lavernhe (Vladimir)
Axia Films Les acteurs Laure Calamy (Antoinette) et Benjamin Lavernhe (Vladimir)

Ce délicieux film, en sélection audernier Festival de Cannes, a valu à son interprète principale, Laure Calamy, le César de la meilleure actrice. La comédienne, jusque-là reléguée surtout aux seconds rôles, offre ici une performance vibrante, attachante, séduisante, drôle et émancipée, vrai marqueur de carrière pour celle qui devrait beaucoup rebondir au cinéma français dans le registre tonique qui lui va comme un gant.

La lumineuse randonnée d’une institutrice pleine de pep avec l’âne Patrick dans la montagneuse région française des Cévennes, librement inspirée d’un récit de Robert Louis Stevenson au XIXe siècle, détricote les codes de la comédie romantique. Sans chercher à déchaîner les rires à la volée, misant sur le sourire complice, Antoinette dans les Cévennes joue de fraîcheur en suivant les déboires de la dame, entre un amant marié retrouvé et perdu en chemin, des rencontres avec des routards et des habitants de la région.

Mais le vrai tandem romanesque est celui d’Antoinette (épatante Laure Calamy) et de Patrick, qui s’apprivoisent du coin de l’œil au long des cahots de la route. Quant aux grandioses paysages des Cévennes, ils constituent un personnage à part entière, capté en cinémascope par une caméra amoureuse de l’espace et de la nature où la lumière joue un rôle-clé.

Un motif répété en refrain scande cette ode à la beauté et à la liberté, alors que Patrick refuse d’avancer comme il se doit de relais d’étape en relais d’étape, où Antoinette brillera par son franc-parler, sa sensualité, sa force de caractère et son ingénuité communicative. Ce personnage féminin aussi fort qu’amusant est un plaisir à suivre à travers sa quête d’elle-même dans une France profonde à des années-lumière des images noires et cyniques de l’Hexagone véhiculées par le cinéma d’aujourd’hui.

La cinéaste Caroline Vignal, qui n’avait pas tourné depuis 20 ans (Les autres filles), a peaufiné les répliques juteuses au fil des contacts humains souvent solidaires, parfois tissés de confrontation sur ce tortueux et hilarant parcours. Elle se révèle une grande directrice d’acteurs ainsi qu’un esprit libre et frondeur, comme l’héroïne de cette comédie. Avec son scénario à la fois riche et ténu, son montage de lenteur et de poésie, ce film nous charme tant par sa simplicité que par sa singularité.

Vrai projet casse-gueule que celui de surfer sur la joie de vivre en pareille période de morosité ! Antoinette dans les Cévennes aurait pu verser dans le conte naïf rural, mais sa figure de proue féminine délurée et spontanée aux prises avec son âne nous apporte un bol d’air pur fort bienvenu en nous donnant envie d’escalader toutes les montagnes à leur suite.

 

Antoinette dans les Cévennes

★★★★

Comédie de Caroline Vignal. Avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe. France, 2020, 95 minutes. En salle.