Calgary fait son cinéma

«On ne fait pas juste des films de cowboy, ici en Alberta, (...) On est aussi très reconnus dans la province pour la qualité des employés», met de l’avant Robert Laflamme, enseignant et superviseur à la School of Creative and Performing Arts de l’Université de Calgary.
Photo: iStock «On ne fait pas juste des films de cowboy, ici en Alberta, (...) On est aussi très reconnus dans la province pour la qualité des employés», met de l’avant Robert Laflamme, enseignant et superviseur à la School of Creative and Performing Arts de l’Université de Calgary.

De nouveaux horizons s’ouvrent pour l’industrie du film en Alberta, mais aussi pour la diversification économique de la province. Un nouveau studio de cinéma, d’envergure majeure, vient juste d’ouvrir ses portes. Une industrie qui pourrait rapporter au bas mot à la ville de Calgary entre 200 et 400 millions par an, d’ici trois ans.
 

« Nous sommes en train de devenir une ville de production majeure au Canada », s’exclame le président de l’Alliance internationale des employés de la scène (AIEST), Damian Petti.
 

L’entreprise William F. White a décidé d’investir massivement, en ouvrant un dixième studio, appelé Fortress, à Calgary. Comme son nom l’indique, ce projet d’envergure offrira un espace gigantesque de 9000 mètres carrés de superficie afin d’y accueillir de nouveaux studios. Un autre bâtiment offrira aussi près de 6500 mètres carrés de surface supplémentaire pour le tournage de films ou de séries.
 

Le Revenant, Brokeback Mountain ou encore les séries télé comme Heartland ou Hell On Wheels ont pour point commun d’avoir été tournés en Alberta. Si la province de l’Ouest a longtemps été connue pour ses productions de type western, la ville de Calgary passe, aujourd’hui, à la vitesse supérieure.

« Surtout cette année, il y a un gros changement », constate Robert Laflamme, enseignant et superviseur à la School of Creative and Performing Arts de l’Université de Calgary. Costumier professionnel de formation, ce natif de Montréal vit depuis 12 ans à Calgary et voit bien la différence depuis l’annonce.

« On ne fait pas juste des films de cowboy, ici en Alberta, il y a plein de films en attente qui veulent louer l’espace. On est aussi très reconnus dans la province pour la qualité des employés », met-il de l’avant.

Une offre qui répond à la demande et un savoir-faire reconnu, voilà une occasion d’affaire pour la métropole de 1,581 million d’habitants qui n’a pas échappé, à son maire, Naheed Nenshi.

« Nous pensons qu’il y a un avenir très brillant pour l’industrie cinématographique, ici, parce que le Canada a démontré que nous faisons de grands films à Toronto, à Vancouver et à Montréal. Des villes qui sont, en ce moment, un peu surchargées. Nous sommes heureux de pouvoir produire ces films [ici] », a-t-il expliqué lors d’une entrevue accordée au Devoir.

L’industrie du cinéma, l’autre rose sauvage de Calgary

À l’instar de l’un des principaux emblèmes de la province, la rose sauvage, l’industrie du cinéma est en peine floraison.

Bien que Calgary ait une réputation qui la précède dans le secteur pétrolier, la capitale du Stampede possède aussi un potentiel insoupçonné. « Calgary compte plus de gagnants d’Oscar, d’Emmy et de Golden Globes que n’importe quelle autre juridiction au Canada », rapporte Naheed Nenshi qui souhaiterait en faire plus. « Nous faisons du bon travail, mais nous n’en faisons pas assez », souligne-t-il.

En attendant, le gouvernement de Jason Kenney, pourtant très décrié, ces derniers temps, pour ses restrictions budgétaires en matière de santé et d’éducation, a décidé d’investir dans le secteur du film. « Il semble qu’ils aient changé d’avis parce que l’année dernière, en fait, il y a eu une réduction », explique Damian Petti.

Cette année, le gouvernement du Parti conservateur uni (PCU) a décidé d’accorder 50 millions en crédit d’impôt contre 30 millions, l’an passé. « Cela a donné à tous les investisseurs dans notre industrie une confiance considérable », se réjouit le président de l’Alliance internationale des employés de la scène. L’un des avantages de la pandémie, c’est que l’industrie du cinéma a vu une demande accrue de son contenu cinématographique. L’Alberta a aussi donné son approbation concernant des protocoles COVID-19 pour permettre le tournage de films déjà prévus.

Selon Damian Petti, l’ensemble de ces mesures stimule grandement la demande, « ces projets créent des emplois et injectent de l’argent dans notre économie à un rythme élevé. Les projets épisodiques à gros budget peuvent dépenser plus de 200 millions par an et employer des milliers de personnes localement ».

Cependant, un défi demeure. « Ce sera de croître de manière durable. Il faut des années pour former des équipes qualifiées comme des charpentiers, des peintres de scènes ou des monteurs », prévient-il.

L’Alliance travaille déjà avec des écoles pour former du personnel aux métiers du cinéma et de la télévision. Actuellement, près de 3100 personnes travaillent à temps plein dans l’industrie du film, à Calgary. D’ici trois ans, Damian Petti voit déjà ce chiffre doubler dans la province.

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