Regards filmiques sur l’univers classique

Image tirée du film «Quinte et sense: les éléments philharmoniques»
Photo: Image tirée du film «Quinte et sense: les éléments philharmoniques»

La sélection musicale classique du Festival international du film sur l’art (FIFA) ouvre diverses perspectives particulièrement passionnantes. Depuis le début du nouvel essor de la vidéo musicale grâce à la pandémie se pose la question suivante : comment faire de la musique une expérience visuelle ? C’est sur ce défi que se penchent François-René Martin et Gordon avec Quinte et sens : les éléments philharmoniques. L’expérience veut se placer « dans la lignée des films de Karajan et de Clouzot », mais devient l’accomplissement suprême, 50 ans plus tard, de l’imaginaire psychédélique d’un autre collaborateur visuel de Karajan : Hugo Niebeling (1931-2016), qui, dans ses films Unitel, habillait les symphonies de Beethoven de couleurs et d’alignements géométriques.

Tourné avec l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de la capitale française, le film met en avant les musiciens (on ne voit jamais de chef), des mises en place, des éclairages, des visions. Les œuvres choisies sont des extraits de L’oiseau de feu, du Sacre du printemps de Stravinski, de La mer de Debussy… Les cadrages sont inimaginables, les drones virevoltent : c’est aussi expérimental que fascinant. À l’opposé de toute spontanéité, cependant.

Capter les débuts

Le FIFA permet aussi d’approcher l’atelier musical de manière passionnante avec Conductivity, d’Anna-Karin Grönroos. La réalisatrice suit trois apprentis chefs à la très renommée Académie Sibelius de l’Université des arts d’Helsinki : un Taïwanais (I‑Han Fu), une Finlandaise (Emilia Hoving) et un Français (James Kahane). L’intérêt premier du film est de sentir la maturation sur trois années d’études, avec les certitudes des uns, les doutes des autres et les sympathiques limites du troisième. Si une surprise majeure nous attend à la fin (et se confirme en matière de carrière naissante depuis), le documentaire permet aussi de voir la musique en train de se créer, avec les essais et erreurs… y compris dans l’enseignement !

Le Beethoven Reloaded du réputé Andy Sommer est le documentaire « classique » parfait. Sommer trouve les angles visuels et narratifs stimulants pour, entre Vienne, Tokyo et Le Cap, livrer une mine de renseignements sur la vie de Beethoven, pertinents aussi bien pour les néophytes que pour les spécialistes.

Allegro colorato est un documentaire flamand sur l’éveil à la musique d’enfants de quartiers défavorisés. Touchant, mais pas du tout de la même ligue que les deux précédents.

Lang Lang – Goldberg Variations : Finding the Inner Voice pose le problème du sujet. Est-il vraiment passionnant de savoir comment Lang Lang en est arrivé à l’horreur qu’il a « endisquée » ? Par contre, l’image qui illustre le documentaire est fascinante et vertigineuse : le pianiste faisant un selfie devant le portrait du compositeur.

Le contemporain à l’écran

Le FIFA a aussi une forte composante contemporaine avec trois documentaires.

Celui de Quentin Lazzarotto sur Régis Campo compte plusieurs passages intéressants, notamment lorsque le compositeur montre ses esquisses et rencontre des enfants. À ne pas manquer: l’œuvre Dancefloor with Pulsing, l’excellente idée d’un spectaculaire scherzo pour thérémine et orchestre. Récit et tournage sont très basiques.

Les anges se penchent, parfois est une exploration de l’imaginaire du compositeur Jacques Lenot, qui se confie beaucoup dans un film plus raffiné, parfois d’une quasi-austérité visuelle due à quelques plans presque bouchés ou éteints.

Comme le film sur Régis Campo, Duet for Solo Piano, de Su Rynard, film canadien sur la pianiste Eve Egoyan, est « présenté par la Société de musique contemporaine du Québec », un film bourré de réflexions… en anglais, sans sous-titres français.