«Antoinette dans les Cévennes»: à dos d’âne

La cinéaste Caroline Vignal a pensé très tôt à Laure Calamy pour jouer son héroïne. «Elle n’avait jamais eu de premier rôle. Je la trouvais à la fois très drôle et mystérieuse. Et puis, on se ressemble sur certains trucs…» Elle a d’ailleurs remporté pour ce rôle, le 12 mars dernier, le César de la meilleure actrice.
Photo: Axia Films La cinéaste Caroline Vignal a pensé très tôt à Laure Calamy pour jouer son héroïne. «Elle n’avait jamais eu de premier rôle. Je la trouvais à la fois très drôle et mystérieuse. Et puis, on se ressemble sur certains trucs…» Elle a d’ailleurs remporté pour ce rôle, le 12 mars dernier, le César de la meilleure actrice.

En 2010, Caroline Vignal avait parcouru la région montagneuse des Cévennes avec son ancien compagnon et sa fille de six ans. « J’ai eu un vrai coup de foudre, un choc esthétique pour cette région préservée, sans trace du monde moderne », expliquait-elle depuis Paris. À dos d’une ânesse prénommée Clarinette, elle rencontrait des gens formidables qui vivaient là-bas. « L’envie de faire ce film est née durant ce voyage… » L’année suivante, ils y sont retournés. Le baudet s’appelait Patrick. Un nom qui la faisait rire pour un personnage à quatre pattes. Bresson avait bien appelé le sien Balthazar…

La cinéaste française est tombée sur le récit de voyage de l’Écossais Robert Louis Stevenson (1879) Voyage avec un âne dans les Cévennes. « Lui et sa monture entretenaient une relation émouvante et amusante. Tous deux s’apprivoisaient comme un couple, et leur rupture finale était un pur bouleversement. L’auteur racontait tout ça à la façon d’une comédie romantique. J’ai brodé autour de cette trame-là une histoire qui se déroule aujourd’hui. »

Caroline Vignal a pensé très tôt à Laure Calamy — admirée dans Un monde sans femmes, Ava et la série Appelez mon agent — pour jouer son héroïne. « Elle n’avait jamais eu de premier rôle. Je la trouvais à la fois très drôle et mystérieuse. Et puis, on se ressemble sur certains trucs… » Bon choix : son interprète allait remporter pour ce rôle, le 12 mars dernier, le César de la meilleure actrice. Antoinette dans les Cévennes avait obtenu sept nominations aux grands prix du cinéma français.

Ce délicieux film suit donc le tortueux parcours d’une jeune femme à dos d’âne, qui décide de retrouver son amant marié en partant dans les Cévennes sur ses traces. Elle le croisera avec sa famille, bien sûr, tout en rencontrant aussi un tas de gens, routards ou habitants de la région. Antoinette détonne avec ses mœurs libres et son franc-parler. « J’ai montré le périple d’une femme face au monde des conventions, qui s’impose par sa singularité. Mais sa grande relation se vit avec l’âne, Patrick. »

Un road movie romantique

 

La dresseuse Émilie Michelon avait travaillé pour le metteur en scène Bartabas, jamais sur un tournage. Qu’à cela ne tienne ! « Ça s’est bien passé. Nous avions deux ânes, l’un vif, porté sur les performances techniques, utilisé pour les cascades, l’autre lent et expressif, chargé de livrer les scènes d’émotion. On en a mis un au régime maigre, l’autre au régime gras. Après coloration, même la monteuse ne pouvait pas les distinguer. »

Il s’était écoulé vingt ans depuis son premier long métrage Les autres filles. Au départ, Caroline Vignal rêvait de scénariser ce duo femme et âne sans le mettre en scène pour autant, mais finit par s’investir dans l’aventure tout entière.

J’ai montré le périple d’une femme face au monde des conventions, qui s’impose par sa singularité. Mais sa grande relation se vit avec l’âne, Patrick.

 

Un des grands défis fut de filmer les Cévennes en résistant à la tentation de la carte postale. « Le paysage est tellement beau que le film pouvait n’être qu’une collection de plans spectaculaires très clichés, expliquait-elle. Nous avons tourné en cinémascope. Je n’ai pas utilisé de drones. On a préféré ne pas abuser des plans larges, en optant pour plusieurs plans fixes et panoramiques. Il fallait éviter aussi l’ennui des répétitions. L’idée était de faire ressentir au spectateur ce que signifie marcher dans la durée. Un âne, c’est lent et parfois buté. Son rythme me servait de vecteur de gags. »

Mais Antoinette ne pouvait passer son temps à dire à l’animal : « Allez, vas-y, Patrick ! » La scénariste cinéaste devait varier les tons, tisser des situations cocasses au fil des rencontres. « J’ai emprunté la structure du road movie de A à Z, en l’adaptant au genre de la comédie romantique. »

La présence cannoise du film en Sélection officielle du festival fantôme de 2020 ne lui a pas apporté autant qu’elle espérait. « Tout est congelé depuis des mois avec la pandémie. J’espérais qu’Antoinette se retrouverait dans davantage de festivals à l’étranger. À la mi-septembre, il est sorti en France et a tenu sept semaines sur les grands écrans avant le reconfinement. Ça a très bien marché en salles pour lui. »

Ce César à Laure Calamy devrait propulser sa carrière à l’étranger. « Mais l’enjeu était de faire ce film et d’en être contente. Au montage, il ressemble à la vision de départ que j’en avais. Alors, du coup, je veux en réaliser un autre, confie Caroline Vignal. J’essaie d’écrire sur un monde sans COVID. Comme si cette merde-là n’avait pas existé. »

Antoinette dans les Cévennes sort en salle le 26 mars.