«Passage»: l'été en pente douce

Tourné tout au long de l’été 2019, «Passage» est le premier long métrage de Sarah Baril Gaudet, qui est elle-même originaire de Ville-Marie, au Témiscamingue. C’est dire que la réalisatrice possède une connaissance intime du territoire qu’elle filme, et dont elle a l’heur de mettre en valeur les beautés.
Photo: Les films du 3 mars Tourné tout au long de l’été 2019, «Passage» est le premier long métrage de Sarah Baril Gaudet, qui est elle-même originaire de Ville-Marie, au Témiscamingue. C’est dire que la réalisatrice possède une connaissance intime du territoire qu’elle filme, et dont elle a l’heur de mettre en valeur les beautés.

Gabrielle et Yoan ont tous deux 18 ans. Amis de longue date, ils coulent dans leur Témiscamingue natal un été en apparence paisible. C’est que sous la surface désinvolte et souriante couve une certaine appréhension. En effet, au terme de la saison chaude, chacun franchira une étape déterminante. Si Gabrielle entend demeurer en région en poursuivant ses études à Rouyn-Noranda, Yoan, lui, ira s’installer à Québec, où il espère, entre autres choses, s’épanouir davantage en tant que jeune homme gai. Dans son bien nommé documentaire Passage, Sarah Baril Gaudet capte avec sensibilité et poésie ce moment charnière où l’adolescence s’achève et où la vie adulte commence réellement à poindre.

Dès les premières minutes, le film se montre habile à présenter les protagonistes à travers leurs contrastes l’un par rapport à l’autre. À vélo, Yoan roule jusqu’à la gaufrerie où il est serveur. À cheval, Gabrielle trotte jusqu’à une leçon d’équitation. Tandis qu’on le découvre, lui, comme un être extrêmement sociable, on l’observe, elle, davantage dans une bulle avec son magnifique animal.

De fait, Gabrielle est une passionnée des animaux, apprend-on. À tel point qu’elle remet en question ses études en travail social. Dilemme. Quant à Yoan, qui après avoir tergiversé entre les villes de Montréal et de Québec, a arrêté son choix sur la seconde, le grand chambardement à venir a beau avoir été souhaité et planifié, il n’en provoque pas moins un certain vertige. Pour faire barrage à l’anxiété, Yoan confie ses angoisses à sa chaîne YouTube.

De manière habile, Sarah Baril Gaudet intègre ces publications virtuelles dans lesquelles Yoan s’ouvre avec une franchise désarmante. Idem pour ces échanges FaceTime au sein de la petite bande d’amis, auxquels on assiste çà et là, avec mise en abyme d’écrans. Avec Gabrielle, on passe des moments privilégiés en famille, puis auprès de ce nouvel amoureux dont l’arrivée n’est pas sans engendrer quelques bouleversements…

Derrière l’insouciance

Tourné tout au long de l’été 2019, Passage est le premier long métrage de Sarah Baril Gaudet, remarquée avec son court Là où je vis, et qui est elle-même originaire de Ville-Marie, au Témiscamingue. C’est dire que la réalisatrice possède une connaissance intime du territoire qu’elle filme, et dont elle a l’heur de mettre en valeur les beautés. D’autant que Sarah Baril Gaudet est également une directrice photo de plein droit.

Ainsi, de superbes images de la campagne témiscamiennes viennent-elles ponctuer l’action, pour peu que le mot « action » convienne. Car dans Passage, il ne se passe pas grand-chose au premier abord, sinon un quotidien estival un brin insouciant, un brin alangui. Or, et comme on l’évoquait d’emblée, tout cela n’est qu’illusion puisqu’en réalité, on est témoin des tumultes intérieurs avec lesquels se débattent Gabrielle et Yoan.

Tumultes dont ils viendront à bout, là encore, sous nos yeux. Être aux premières loges, lorsque ces deux jeunes gens se délestent de leurs doutes respectifs et foncent, est un privilège en soi.

Non, rien de spectaculaire ne survient et pourtant, on est captivé, justement parce que Sarah Baril Gaudet est parvenue à accéder à une authenticité sans fard qui n’a jamais l’air feinte ou fabriquée. En d’autres mots, un documentaire comme Passage est la belle antithèse de ce que prétend être une téléréalité.

Passage

★★★★

Documentaire de Sarah Baril Gaudet. Québec, 2020, 81 minutes. En salle à la Cinémathèque et au cinéma du Musée, et en VSD à cinemaduparc.com.