Monique LeBlanc et la flamme de la francophonie

André Lavoie Collaboration spéciale
Pour leur 23e édition, les Rendez-vous de la Francophonie présentent plusieurs documentaires consacrés à l’Acadie, dont Le goût des belvas.
Photo: ONF Pour leur 23e édition, les Rendez-vous de la Francophonie présentent plusieurs documentaires consacrés à l’Acadie, dont Le goût des belvas.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

« Je me souviens de ma première visite en Saskatchewan. J’étais en 6e année parmi une délégation de jeunes Acadiens, et nous habitions dans des familles. La mienne avait décidé de préparer un repas typique de mon coin de pays : des trucs surgelés de [la compagnie] McCain ! »

Quelques décennies plus tard, l’anecdote fait encore sourire Monique LeBlanc, cinéaste originaire du Nouveau-Brunswick, native du village de Richibouctou. L’endroit a profondément défini la personnalité et la trajectoire de cette documentariste dont le dernier film, Plus haut que les flammes, figure dans la programmation de la 23e édition des Rendez-vous de la Francophonie (RVF).

Jusqu’au 31 mars, majoritairement en ligne et d’un océan à l’autre, les RVF célèbrent la créativité et le dynamisme de la francophonie canadienne, et plusieurs documentaires produits par l’ONF y ont une belle place. On pourra voir Kenbe la, jusqu’à la victoire (2009), de Will Prosper, Parlement : l’expérience virtuelle (2020), voyage immersif au cœur de ce grand lieu de pouvoir, Le grand Jack (2002), d’Herménégilde Chiasson, de même qu’un programme entièrement consacré à l’Acadie. La contribution culturelle de ce coin de pays est abondamment soulignée cette année.

Monique LeBlanc est heureuse d’y présenter Plus haut que les flammes, un an après la première mondiale au Festival international du film sur l’art, et un an après le début de la pandémie qui a bousculé sa diffusion. Le public pourra ainsi renouer avec la poésie de Louise Dupré et la mise en images de ce magnifique recueil en quatre mouvements (publié en 2010 et Prix du Gouverneur général en 2011), à la fois intimiste et universel. Car cet univers oscille entre l’horreur des camps de concentration nazis et l’amour essentiel liant des grands-mères à leurs petits-enfants. Le tout porté par la voix envoûtante de l’actrice Violette Chauveau.

Pour celle qui avoue avoir d’abord été attirée par la couverture du livre, une œuvre signée Louise Robert au caractère énigmatique, la cinéaste n’est pas peu fière de reprendre dans son film le texte intégral. Entre l’Allemagne, le Nicaragua, l’Ukraine, la Pologne et le Nouveau-Brunswick, elle a profité d’une grande liberté (pour filmer ce qui l’inspirait, au hasard de ses pérégrinations) et d’une grande complicité (avec des familles à la fois meurtries et débordantes de vie).

Acadienne et francophone d’abord ?

« À cinq ans, j’étais bilingue, et je me définis comme… bilingue », témoigne sans détour celle qui habite maintenant Bouctouche (oui, ce lieu étroitement associé à La Sagouine), confessant du même souffle : « Je ne t’aurais jamais répondu ça il y a40 ans ! » Celle qui a grandi dans une fratrie qui parlait anglais ou français, au milieu de livres dans les deux langues, se considère d’abord comme une artiste, jamais comme une missionnaire. Et Plus haut que les flammes en constitue une preuve parmi d’autres.

« Être Acadienne, ça fait partie de qui je suis, ça influence ma façon de voir les choses, reconnaît Monique LeBlanc. Mais je cherche à toucher une veine universelle, tout comme Louise Dupré qui parle de la Shoah, mais aussi d’elle-même, de ses souffrances, avec franchise, honnêteté et clarté. » Celle qui ne souhaite pas porter de « chapeau » particulier vogue entre les langues, et les univers, depuis le début de sa carrière, ayant déjà exploré les multiples racines acadiennes en Amérique du Nord (Le lien acadien, 1995) et prépare maintenant un film sur l’écrivain néo-brunswickois David Adams Richards.

Elle tient à préciser qu’elle le tournera « en anglais avec le National Film Board ! » et avec la même gratitude que pour l’écriture de Louise Dupré. « Ce qui me touche dans l’œuvre de David Adams Richards, c’est la richesse de ses personnages et leurs luttes intérieures profondément humaines. » Pour Monique Leblanc, le cinéma, et tout particulièrement le documentaire, c’est un formidable prétexte pour aller à la rencontre des autres, qu’il s’agisse de grands-mères en Ukraine ou au Nicaragua, ou de cultivateurs prenant un soin méticuleux de leurs champs de tournesols — bien présents dans Plus haut que les flammes.

Et le cinéma, du moins celui qu’elle pratique, veut surtout « dépasser les frontières qui sont dans nos têtes », et repousser l’ignorance. « Nous le sommes sur certaines choses parce qu’on ne nous les enseigne pas. » Et Monique LeBlanc a encore de belles leçons à nous donner.



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