Le film «Mank» est en tête de la course aux Oscar, avec dix nominations

Mank, ode à l’âge d’or d’Hollywood de David Fincher, avec Gary Oldman dans le rôle du scénariste Herman J. Mankiewicz, part en position de tête.
Photo: Netflix Mank, ode à l’âge d’or d’Hollywood de David Fincher, avec Gary Oldman dans le rôle du scénariste Herman J. Mankiewicz, part en position de tête.

Le film Mank, ode en noir et blanc à l’âge d’or d’Hollywood, est arrivé lundi nettement en tête des nominations pour les Oscar, qui font cette année la part belle aux femmes.

Film de David Fincher produit par Netflix, Mank a obtenu dix nominations au total, dans les catégories du meilleur film, meilleur acteur (Gary Oldman), meilleur réalisateur, meilleure actrice dans un second rôle (Amanda Seyfried) ainsi que dans de nombreuses catégories techniques primées par l’Académie américaine des arts et sciences du cinéma, qui décerne les prestigieux prix.

Viennent ensuite six films avec six nominations, dont Nomadland, de Chloé Zhao, avec Frances McDormand, considéré comme le favori par de nombreux experts après sa victoire aux Golden Globes, et The Trial of the Chicago 7, drame judiciaire d’Aaron Sorkin autour de la répression des manifestations contre la guerre du Vietnam, avec Sacha Baron Cohen.

Souvent critiquée pour son manque de représentativité, l’Académie a sélectionné cette année deux femmes sur cinq dans la catégorie du meilleur réalisateur : Chloé Zhao et Emerald Fennell, pour Promising Young Woman. Il s’agit d’une première.

Coqueluche d’Hollywood cette année, Chloé Zhao est aussi la première femme à concourir aux Oscar dans quatre catégories différentes (meilleur film, meilleure réalisation, meilleur montage et meilleur scénario), relève l’Académie. Autre record historique : 76 nominations au total sont allées à des femmes.

Les cinémas sont restés totalement fermés depuis la mi-mars à Los Angeles en raison des restrictions sanitaires liées à la pandémie, ce qui a contraint les Oscar à reporter au 25 avril la cérémonie de remise des prix, du jamais vu. Coïncidence du calendrier, les salles obscures de « L. A. » ont reçu le feu vert pour une réouverture partielle à partir de lundi.

Une place pour les acteurs noirs

Les Golden Globes ont été fustigés pour l’absence de films mettant en scène des acteurs noirs, mais les Oscar ont évité cet écueil et sélectionné à six reprises Judas and the Black Messiah, qui met en lumière le combat pour les droits civiques dans les années 1960 et l’action des Blacks Panthers.

Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield sont tous deux en lice pour l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour ce film, face notamment à Leslie Odom Jr. (One Night in Miami) et Sacha Baron Cohen.

Autres candidats sérieux de cette 93e édition, Minari et sa famille d’Américains d’origine sud-coréenne s’installant à la campagne, The Father avec le légendaire Anthony Hopkins, réalisé par l’auteur français Florian Zeller, et Sound of Metal, avec le rappeur Riz Ahmed. Tous ont récolté six nominations également.

Côté film étranger, le candidat canadien 14 jours, 12 nuits n’a pas été retenu ; idem pour le film français Deux. C’est le film danois Drunk, avec Mads Mikkelsen, qui semble favori.

À noter la nomination posthume, très attendue, du défunt Chadwick Boseman, décédé l’an dernier d’un cancer à l’âge de 43 ans, pour son rôle dans Ma Rainey’s Black Bottom, autre production Netflix.

L’Oscar suprême à une production Netflix ?

Avec ses nombreux films, dont l’audience a été dopée par les confinements liés à la pandémie, Netflix domine les nominations pour cette édition des Oscar, avec un total de 35, un record. Jusqu’à présent, aucun film produit par une telle plateforme n’a remporté l’Oscar suprême du meilleur long métrage ; cette année, Netflix a deux candidats sur huit.

Amazon est aussi présent dans cette catégorie phare avec Sound of Metal et a aussi décroché trois nominations pour One Night in Miami et deux autres pour Borat 2.

En raison du coronavirus, qui a tenu le jury à l’écart des salles de projection, les quelque 10 000 professionnels qui votent aux Oscar ont dû regarder les films sur la propre plateforme Internet de l’Académie. « On a presque l’habitude de la vidéo à la demande maintenant », a lancé un membre de l’Académie, qui défend traditionnellement l’expérience sur grand écran. « C’est vraiment incroyable ce qui peut se passer en une année. Pas un seul d’entre nous n’est allé dans une salle de cinéma », a-t-il ajouté, sous couvert de l’anonymat.

Encore faudra-t-il aux œuvres des plateformes devancer Nomadland, déjà sacré aux festivals de Venise et de Toronto, et qui vient encore de s’illustrer aux Golden Globes et aux prix de la critique américaine.

Road movie intime et contemplatif, le film de Chloé Zhao est produit par Searchlight, filiale de Disney qui était déjà à l’origine du succès de The Shape of Water et de Birdman aux Oscar. Le film prend toute son ampleur sur grand écran, et sa campagne de promotion a eu la bonne idée d’inclure des projections privées en service au volant, ce qui pourrait constituer un atout.

« Je pense que Nomadland est de facto le favori du moment », a estimé ce membre de l’Académie.

La 93e cérémonie des Oscar se déroulera dans différents lieux, parmi lesquels le Dolby Theatre d’Hollywood, qui accueille habituellement cette soirée de gala. C’est Steven Soderbergh, réalisateur de Contagion, qui sera aux manettes de la cérémonie.

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