«Land»: paysage intérieur

«Land» est loin de proposer une vision idyllique ou hollywoodienne de la survie en milieu sauvage, plaçant dès le début la protagoniste en situation périlleuse.
Photo: Daniel Power / Focus Features «Land» est loin de proposer une vision idyllique ou hollywoodienne de la survie en milieu sauvage, plaçant dès le début la protagoniste en situation périlleuse.

Il y a quelque chose de paradoxal dans la réaction qu’on éprouve devant Land. En effet, alors que l’humanité compose tant bien que mal avec un confinement pandémique prolongé, voici un film dont l’héroïne fait de la distanciation extrême un choix délibéré. Réalisé et interprété par Robin Wright, Land s’attarde au parcours d’une femme qui, après avoir vécu la pire des pertes imaginables, part s’isoler dans une cabane au fin fond des Rocheuses. Or, à des installations rudimentaires au possible, s’ajoute la réalité d’une nature certes magnifique et apaisante, mais aussi impitoyable.

Ce qui frappe d’emblée dans Land, c’est cette capacité à faire cohabiter harmonieusement une économie d’écriture et un récit tout d’ellipses construit. Et de fait, si le scénario original est pour l’essentiel signé Jesse Chatham, qui a grandi au pied des Rocheuses, un travail additionnel sur les dialogues, notamment par soustraction, a été effectué par Erin Dignam, collaboratrice de longue date de Robin Wright.

Robin Wright qui est mieux placée que quiconque pour savoir qu’elle est en mesure de livrer un surcroît d’émotion ET d’information par son seul jeu. Et manifestement, Wright la réalisatrice connaît à fond Wright l’actrice. Les deux font œuvre admirable, et la première met admirablement en valeur la seconde, dont l’intériorité suggère toujours une grande force.

Le scénario épuré est en outre au diapason du dénuement dans lequel Edee, le personnage qu’incarne la vedette, un genre de Jeremiah Johnson moderne (voir le film de Sydney Pollack), a décidé de vivre. Une existence réduite à sa plus simple expression, c’est-à-dire sans eau courante ni installation sanitaire, régulée par le passage des saisons.

Un mot ici sur la direction photo de Bobby Bukowski : les paysages pleins de magnificence abondent, mais on n’est parfois pas loin de succomber au piège de la carte postale.

Approche réaliste

Pour autant, Land est loin de proposer une vision idyllique ou hollywoodienne de la survie en milieu sauvage, plaçant dès le début la protagoniste en situation périlleuse. C’est qu’Edee, malgré toute son indépendance et sa détermination, n’est absolument pas prête à affronter les rigueurs de l’hiver qui lui tombe dessus peu après son arrivée dans les couleurs enchanteresses de l’automne.

Entre ensuite en scène Demián Bichir dans le rôle de Miguel, un habitant de la petite ville la plus proche (qui se trouve à bonne distance). La relation qui se noue entre ces deux personnages est l’une des grandes réussites du film, notamment parce que, là encore, on évite tout romantisme ou sentimentalisme : Edee et Miguel ont chacun en eux un trou béant que ni l’un ni l’autre ne cherche à combler.

Qui plus est, Edee instaure rapidement des règles strictes et demeure seule aux commandes de son destin une fois tirée d’affaire. Ce que son bienfaiteur comprend et respecte.

Communion dans l’altérité

D’ailleurs, l’attitude générale d’Edee constitue un autre aspect fructueux : dès le bref prologue, le film établit que l’une des raisons qui la poussent à partir, à se retrancher de la civilisation, est son refus de devoir rassurer autrui. Edee rejette le diktat social voulant qu’il lui faille aller mieux au bout d’un moment. Elle porte en elle sa peine immense et, d’une certaine manière, la chérit. À ce propos, une fois que tout est dit, tardivement, à point nommé et pas avant, les motivations d’Edee deviennent limpides.

À terme, Land est un film qui a beaucoup à dire sur les notions de résilience, d’altruisme, et sur le miracle de la communion dans l’altérité. De telle sorte que, contre toute attente, cette offrande de Robin Wright se révèle un bel et émouvant antidote au confinement.

 

Land (V.O.)

★★★★

Drame de Robin Wright. Avec Robin Wright, Demián Bichir, Kim Dickens. États-Unis, 2021, 89 minutes. En VSD sur Bell, Cineplex, Cogeco, Google Play, iTunes, Microsoft, Rogers, Shaw, Telus.