«Un prince à New York 2»: retour à Zamunda

Eddie Murphy
dans le rôle
d’Akeem
Photo: Amazon Prime Video Eddie Murphy dans le rôle d’Akeem

En 1988 prit l’affiche Coming to America, comédie mettant en vedette un Eddie Murphy au faîte de sa popularité. Dans ce qui s’avéra l’un des plus gros succès de cette année-là, l’acteur incarnait Akeem, prince du royaume fictif de Zamunda, venu incognito à New York afin de trouver une épouse dont il serait réellement amoureux.

Depuis, le film jouit d’un statut culte par lequel même Eddie Murphy avoue être dépassé. Ceci expliquant cela, Coming 2 America, suite tardive disponible sur Prime Video dès vendredi, était très attendue. Analyse comparative.

Pour mémoire, Coming to America (Un prince à New York, qui est tout aussi « culte » dans sa version doublée) jumelle deux concepts : la comédie de type « poisson hors de l’eau », Akeem (Murphy) et son fidèle Semmi (Arsenio Hall) découvrant aux États-Unis des mœurs fort différentes de celles de Zamunda, et le bon vieux conte de fées.

L’attrait supplémentaire du film, et l’une des raisons de sa pérennité très certainement, réside dans ce qu’Eddie Murphy et Arsenio Hall jouent plusieurs rôles tertiaires hilarants : le propriétaire et les clients âgés (dont un Blanc campé par Murphy) d’un salon de barbier, le révérend trop intense, le chanteur quétaine (flanqué de son groupe Sexy Chocolat), etc.

Photo: Amazon Prime Video Akeem (Eddie Murphy, à droite) et son fidèle Semmi (Arsenio Hall) sont de retour.

Quant au conte de fées, il s’arrime au parcours d’un prince charmant alors que la comédie romantique tend d’habitude à suivre une princesse.

Long, mais nécessaire récapitulatif puisque Coming 2 America (Un prince à New York 2, qu’on n’a pu voir qu’en V.O.) reprend tous ces éléments. Et en ajoute. Et en rajoute.

Au cours des premières minutes, la suite promet de se concentrer sur Akeem, qui s’apprête à accéder au trône. Avec Lisa (Shari Headley), il a eu trois filles, dont l’aînée, Meeka (Kiki Layne),voudrait lui succéder le moment venu.

Hélas, la loi veut que seul un héritier mâle puisse régner. Mais voici qu’Akeem apprend qu’il a, à son insu (littéralement), enfanté un fils lors de son passage à New York : Lavelle (Jermaine Fowler).

Intrigue surpeuplée

Dès son entrée en scène, Lavelle devient le personnage principal, et son séjour à Zamunda offre une inversion de celui d’Akeem jadis en contrées américaines.

Outre Lavelle, le film compte entre autres nouveaux personnages sa mère, Mary (Leslie Jones, qui vole la vedette), son oncle Reem (Tracy Morgan), Mirembe (Nomzamo Mbatha), une employée du palais avec qui il se lie d’amitié, et le général Izzi (Wesley Snipes), le dictateur d’un pays voisin.

Or, Coming 2 America ramenant pratiquement tous les personnages de l’original, le film se retrouve avec une intrigue surpeuplée. De telle sorte que, là où celle de 1988 tenait en deux lignes, celle de 2021 n’en finit plus de se voir adjoindre des sous-intrigues de manière à occuper tout le monde, tout en essayant vainement de maintenir un semblant de primauté sur Eddie Murphy.

Ainsi, lorsqu’on s’éloigne du récit initiatique et romantique consacré à Lavelle, on passe du temps avec Akeem qui ploie sous l’ombre de son père (James Earl Jones), constate que son mariage avec Lisa s’assombrit et essaie de regagner l’affection de Meeka, furieuse à raison. Cela, tout en tâchant d’éviter un conflit avec la nation voisine — complication la moins intéressante.

Photo: Amazon Prime Video Arsenio Hall dans le rôle de Semmi et Eddie Murphy

Entre Lavelle et Akeem, on a deux trames davantage concurrentes que complémentaires, et dotées chacune d’un protagoniste entouré de sa propre galerie de personnages secondaires.

D’où ce constat d’une intrigue surpeuplée. Et d’où cette impression que cette suite a oublié l’une des principales clés de la réussite de son prédécesseur, à savoir sa simplicité narrative.

Laquelle simplicité narrative permettait à tous ces moments absurdes ou fantaisistes, même lorsque ceux-ci relevaient de l’aparté, de former un tout cohésif. À l’inverse, Coming 2 America paraît dispersé.

Plaisir des interprètes

Une poignée de scènes drôles se distinguent, mais c’est tout. Et encore, ce sont les clins d’œil au premier film qui font le plus sourire (quoiqu’on frôle la liste d’épicerie nostalgique). À cet égard, Coming 2 America n’hésite pas à se moquer des quelques passages sexistes ou ayant juste mal vieilli de Coming to America (les baigneuses sont de retour, mais il y a désormais aussi un baigneur).

D’ailleurs, dans un effort louable, la suite y va d’un commentaire très critique du patriarcat : c’est peu subtil, mais bienvenu, et c’est, en l’occurrence, l’un des éléments inédits qui fonctionnent le mieux.

Les (plus) nombreux numéros musicaux sont également excellents, avec des invités surprises de choix (il faut regarder le générique jusqu’au bout !).

Il reste qu’après l’excellent Dolemite Is My Name, on attendait mieux de cette seconde collaboration entre Eddie Murphy et le réalisateur Craig Brewer (qui succède ici à John Landis).

Cinéaste possédant pourtant un savoir-faire indéniable (voir aussi Hustle & Flow), Brewer livre ici une mise en scène indifférente. Les interprètes semblent en revanche s’amuser, et leur plaisir est contagieux.

Au final, Coming 2 America se laisse regarder sans déplaisir et devrait caracoler dans les statistiques de visionnement, mais le film est oublié sitôt vu. Hélas, conte de fées ou pas, cette fois le charme peine à opérer.  

Un prince à New York 2 (V.F. de Coming 2 America)

★★ 1/2

Comédie de Craig Bewer. Avec Eddie Murphy, Arsenio Hall, Jermaine Fowler, Leslie Jones, Shari Headley, Kiki Layne, Wesley Snipes, Tracy Morgan. États-Unis, 2020, 110 minutes. Sur Prime Video.