«The United States vs. Billie Holiday»: une belle performance qui manque de mise en contexte

Andra Day dans «The United States vs. Billie Holiday», de Lee Daniels
Photo: Takashi Seida Andra Day dans «The United States vs. Billie Holiday», de Lee Daniels

Billie Holiday est une chanteuse électrisante dont l’histoire est emblématique. La très troublante chanson Strange Fruit dénonçant le lynchage des Noirs, portée par Billie Holiday et condamnée par le gouvernement américain au milieu du XXe siècle, est considérée comme le premier chant de protestation des droits civiques. 

Andra Day est une comédienne et chanteuse brillante qui se glisse à merveille dans la peau de Billie Holiday. Cette semaine, elle recevait le Golden Globe de la meilleure actrice pour ce rôle de la chanteuse afro-américaine dans le film The United States vs. Billie Holiday, de Lee Daniels.

Mais tout cela n’en fait pas un film exceptionnel pour autant. Malheureusement. Est-ce entre autres parce qu’il tente d’emprunter le point de vue de trop d’acteurs de l’histoire sans vraiment privilégier, par exemple, celui de Billie Holiday ? Le film est ouvertement inspiré du livre du journaliste Johann Hari, Chasing the Scream : The First and Last Days of the War on Drugs, publié en 2015, qui relate notamment comment les autorités fédérales américaines, incarnées par Harry Anslinger, ont traqué Billie Holiday à cause de sa consommation de drogue, allant jusqu’à faire planter de l’héroïne dans son lit de mort par l’un des conjoints d’Holiday, et pas le plus doux, Louis McKay. Mais, on le comprend entre les lignes, c’est peut-être plutôt parce qu’elle persiste à chanter Strange Fruit, qui dénonce le traitement des Noirs américains, que Billie Holiday subit ainsi le harcèlement des autorités fédérales américaines. Il y avait donc tout là pour réaliser et monter un excellent film, d’autant que les interprètes le portent avec brio. Mais le produit final souffre principalement d’un problème de focus. On y fait des allers-retours constants entre une entrevue accordée par Billie Holiday à une journaliste, les rapports amicaux et amoureux de Holiday avec Jimmy Fletcher, l’agent des autorités fédérales chargé de la surveiller, son dernier mari Louis McKay, la ségrégation dont Holiday souffrait, avec, en prime, un flash-back évasif sur son enfance, en compagnie de sa mère, dans une maison de prostitution.

On y traite aussi, mais sans l’approfondir, le contexte de ségrégation qui force Holiday à emprunter les escaliers de service dans les hôtels fréquentés par les Blancs, et finalement à abandonner le groupe d’Artie Shaw parce qu’elle ne peut pas suivre les artistes blancs en tournée. Tout ça est abordé, donc, mais sans profondeur. Le film s’ouvre en relatant qu’une loi anti-lynchage a été rejetée en 1937 aux États-Unis. À la fin du film, on revient sur le sujet en précisant que cette loi, réintroduite en février 2020, n’est toujours pas passée.

Point de vue historique perdu

Intéressant… Mais en dehors de ces mises en contexte, le point de vue historique est perdu. Pourtant, l’histoire de Billie Holiday a été maintes fois racontée. Pas plus tard que l’automne dernier, le réalisateur James Erskine présentait le documentaire Billie, basé sur des dizaines d’entrevues réalisées par la défunte journaliste Linda Lipnack Keuhl.

Et en 1972, c’est la chanteuse Diana Ross qui se glissait dans la peau de Billie Holiday pour le film The Lady Sings the Blues, de Sidney J. Furie.

Andra Day, qui est également chanteuse, n’a rien à envier dans ce rôle à Diana Ross. Mais l’artiste qu’elle représente avec éclat ne reçoit pas ici le traitement qui lui reviendrait, soit la présentation de son cheminement dans le contexte de son époque.

Et le rayonnement qu’elle continue d’avoir, à travers sa voix fabuleuse, encore aujourd’hui.

The United States vs. Billie Holiday

★★★

Lee Daniels, avec Andra Day, États-Unis, 2021, 130 minutes