«Schitt's Creek» remporte deux trophées au cours d'un gala des Golden Globes désincarné

Daniel Levy, co-créateur de la série «Schitt's Creek», a accepté dimanche soir le Golden Globe de la meilleur série d'humour
Photo: NBC via Associated Press Daniel Levy, co-créateur de la série «Schitt's Creek», a accepté dimanche soir le Golden Globe de la meilleur série d'humour

Le 78e gala des Golden Globes a vu dimanche soir le sacre de la production canadienne Schitt’s Creek, repartie avec les prix de la meilleure série d’humour et de la meilleure actrice dans une série d’humour pour Catherine O’Hara. Côté drame, The Crown a raflé les honneurs pour meilleurs série, actrice, acteur et actrice de soutien. Le film Nomadland repart avec les Golden Globes du meilleur drame et de la meilleure réalisation.

L’acteur Chadwick Boseman a remporté à titre posthume le Golden Globes du meilleur acteur pour le drame Ma Rainey’s Black Bottom : le mot d’acceptation de Simone Ledward Boseman, la veuve de l’acteur, fut à la fois émouvant et inspirant.

Pandémie oblige, la fête s’est tenue en l’absence de son traditionnel parterre de vedettes « en goguette », une part importante de son ADN. En effet, si à tapis rouge égal, les Golden Globes sont devenus aussi glamour que les Oscar, ils sont en revanche beaucoup moins guindés. D’où cette salle habituellement remplie de stars un brin pompettes ou, à tout le moins, très, très à l’aise : un spectacle parallèle en soi. C’est dire que cette année, le succès de la cérémonie reposait presque entièrement sur les épaules des animatrices, Amy Poheler et Tina Fey.

À la barre des Golden Globes pour une quatrième fois, les inénarrables complices ont arraché quelques rires (hilarantes explications sur ce qui distingue un film d’une série à l’heure du visionnement en continu), mais le format semi-virtuel ne les a pas aidées. Isolés chacun dans son petit écran personnel, les nommés semblaient figés (ou s’ennuyer : voir Al Pacino). Le contraste avec l’image de détente habituelle était saisissant.

La plus récente controverse à frapper la cérémonie a en outre plané toute la soirée. Présentés pas l’Association de la presse étrangère à Hollywood (APEH), qui ne regroupe en tout et partout que 87 membres, les Golden Globes se font ponctuellement reprocher leur opacité et leur manque de crédibilité. Ce qui n’a pas empêché l’événement de devenir un incontournable. Or, de récentes révélations du L.A. Times évoquent de sérieux problèmes de manque de diversité (aucune personne noire ne fait partie de l’APEH) et d’éthique (événements spéciaux et cadeaux fleurant le pot-de-vin).

Entre deux plages publicitaires, trois membres de l’APEH sont venus promettre plus de diversité, mais n’ont pipé mot quant à l’éthique.

Hommage à Jane Fonda

C’est dans ce climat de crise de légitimité que furent attribuées les récompenses dimanche. En cinéma, Sacha Baron Cohen a été un autre vainqueur notable : son Borat Subsequent Moviefilm a reçu les Golden Globes de la meilleure comédie et du meilleur acteur. En télévision, hormis Schitt’s Creek et The Crown, d’autres productions télévisuelles ont gagné gros, dont The Queen’s Gambit, couronnée meilleure série limitée et meilleure actrice.

Fait digne de mention : trois des cinq cinéastes en lices pour la meilleure réalisation étaient des femmes. C’est Chloé Zhao, comme on l’indiquait, qui l’a emporté pour son magnifique Nomadland, désigné meilleur film — drame (voir l’encadré en fin de texte pour l’ensemble des prix).

Honorée cette année, Jane Fonda a livré un discours passionné et généreux dans lequel elle a rappelé l’importance des histoires qui changent nos cœurs et nos esprits, et nous enseignent l’empathie, insistant à la fin sur l’importance de faire place à plus de diversité au sein des instances décisionnelles afin que lesdites histoires reflètent davantage de réalités.

D’une durée de trois heures, la cérémonie a accusé de nombreuses longueurs. Ce qu’a volontiers admis Amy Poheler en présentant ce qui s’est avéré l’un des meilleurs numéros de la soirée : Maya Rudolph et Kenan Thompson parodiant ces lauréats qui se lancent dans des tirades interminables et confuses. Délicieux. Ironie suprême : Jason Sudeikis, en recevant le prix du meilleur acteur dans une série d’humour (Ted Lasso), a livré une version non ironique de ce concept peu après.

À terme, il sera intéressant de voir si les allégations du L.A. Times auront des suites. Souvent pointé du doigt dans son histoire mais jamais réellement inquiétée, le gala des Golden Globes a jusqu’ici été un événement téflon.

Liste des lauréats

Cinéma:

Meilleur film, drame: Nomadland

Meilleur film, comédie ou musical: Borat Subsequent Moviefilm

Meilleure réalisation: Chloé Zhao – Nomadland

Meilleur scénario: Aaron Sorkin – The Trial of the Chicago 7

Meilleur film international: Minari

Meilleur film d’animation: Soul

Meilleure actrice, drame: Andra Day – The United States vs Billie Holiday

Meilleur acteur, drame: Chadwick Boseman – Ma Rainey’s Black Bottom

Meilleure actrice, comédie ou film musical: Rosamund Pike – I Care a Lot

Meilleur acteur, comédie ou film musical: Sacha Baron Cohen – Borat Subsequent Moviefilm

Meilleure actrice de soutien: Jodie Foster – The Mauritanian

Meilleur acteur de soutien: Daniel Kaluuya – Judas and the Black Messiah

Meilleure musique: Soul

Meilleure chanson: The Life Ahead

Télévision:

Meilleure série, drame: The Crown

Meilleure série, comédie ou musicale: Schitt’s Creek

Meilleure série limitée, anthologie ou téléfilm: The Queen’s Gambit

Meilleure actrice, série dramatique: Emma Corrin – The Crown

Meilleur acteur, série dramatique: Josh O’Connor – The Crown

Meilleure actrice, série comique ou musicale: Catherine O’Hara – Schitt’s Creek

Meilleur acteur, série comique ou musicale: Jason Sudeikis – Ted Lasso

Meilleure actrice, série limitée, anthologie ou téléfilm: Anya Taylor-Joy – The Queen’s Gambit

Meilleur acteur, série limitée, anthologie ou téléfilm: Mark Ruffalo – I Know This Much Is True

 

Meilleure actrice de soutien, série: Gillian Anderson – The Crown

Meilleur acteur de soutien, série: John Boyega – Small Axe, «Red, White and Blue»


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