«Nose»: ces fragrances qui restent

François Demachy, «nez» de la maison Dior, n’est pas avare d’explications et de précisions quant à la nature de sa profession, et quant aux aspects techniques de celle-ci.
Photo: Under the Milky Way François Demachy, «nez» de la maison Dior, n’est pas avare d’explications et de précisions quant à la nature de sa profession, et quant aux aspects techniques de celle-ci.

Le métier de parfumeur est peut-être l’un des plus mystérieux qui soient. Et pour cause. Comme l’explique une experte dans le documentaire Nose : « Créer une fragrance qui dure, c’est comme composer une symphonie. Ça nécessite énormément de réflexion, de distillation et d’expérimentation avec les milliers de matériaux bruts disponibles. On doit élaborer un concept, qui parfois est clair, et parfois abstrait. Mais la palette est aussi vaste que l’imagination humaine. » Entrée en scène de François Demachy, « nez » de la maison Dior et sujet du film de Clément Beauvais et Arthur de Kersauson.

Pendant un générique d’ouverture conçu comme ceux des vieux James Bond, avec minces silhouettes féminines offrant toutes sortes de poses langoureuses, on craint le pire. Heureusement, Nose s’éloigne vite de cette approche primaire une fois que le documentaire débute pour de bon. Dans les locaux de la maison Dior, mais également au gré de périples professionnels dans près d’une quinzaine de pays, on a droit à une incursion privilégiée dans l’univers de la parfumerie.

Les passages à Grasse, en Provence, capitale mondiale du parfum et lieu où grandit François Demachy, s’avèrent particulièrement intéressants. « Quand tu as vécu à Grasse, que tu as été éduqué dans une famille où le sens de l’odorat est aussi important que celui de la vue ou de l’ouïe, t’as pas le même bagage que les autres ; t’es pas tricoté pareil », résume une autre experte.

Il est en outre assez fascinant de voir l’étendue du spectre des « matériaux bruts » déjà évoqués. On va ainsi de l’Indonésie et de ses champs de patchouli aux rives de l’Irlande pour la cueillette de déchets organiques de bélugas (si, si).

Fort instructif

À cet égard, François Demachy n’est pas avare d’explications et de précisions quant à la nature de sa profession, et quant aux aspects techniques de celle-ci. « Quand on lit une formule, une recette, on sait à peu près ce que ça va sentir. Le problème, c’est justement “ l’à peu près”. Entre l’idée du parfum que l’on a et la formule que l’on écrit ou la formule qu’on lit pour faire un parfum, il y a une différence. Et cette différence, on la perçoit lorsqu’on fait réaliser les essais […] Le nombre de matières dans un parfum, c’est très variable : ça dépend du parfum et du parfumeur. En gros, je dirais d’une quinzaine à une cinquantaine de produits. »

Ce dont atteste un exemple de « recette » fourni François Demachy, qui ressemble davantage à une grille statistique. On est loin de l’image romantique du personnage qui passe sa journée à humer des arômes pour ensuite en tirer des concoctions aux allures de potions magiques.

Vraiment, on apprend énormément.

Par ailleurs, que les amateurs de glamour soient prévenus : Charlize Theron ne vient pas faire coucou pour dire qu’elle « adore Dior ». Le film se concentre résolument sur la chaîne de création et, à une exception près, aucune célébrité n’apparaît à l’image. Une image tantôt sobre, tantôt spectaculaire (panoramas aériens impressionnants), mais toujours élégante.

Coproduit avec la maison Dior, qui ouvre ses portes de la sorte pour la première fois, Nose, il est vrai, a par moments des allures de luxueuse infopublicité. Il n’empêche, et au risque de convoquer le mauvais sens, le résultat vaut le coup d’œil.

 

Nose (V.O.)

★★★

Documentaire de Clément Beauvais et Arthur de Kersauson. France, 2020, 70 minutes. En VSD sur iTunes, Google Play, Amazon Prime et Microsoft.