L’essai de Sia au grand écran alimentait la controverse avant même sa sortie

Sia avait-elle la sensibilité nécessaire pour aborder l’autisme dans un mélodrame musical? Poser la question, c’est y répondre.
Photo: Vertical Sia avait-elle la sensibilité nécessaire pour aborder l’autisme dans un mélodrame musical? Poser la question, c’est y répondre.

Music, le premier long métrage de l’autrice-compositrice-interprète pop australienne Sia, est offert en vidéo sur demande depuis quelques jours seulement. Déjà, il est comparé au navet Cats, la malheureuse adaptation cinématographique de la comédie musicale du même nom parue en 2019.

La manière dont ce film au récit sans cesse interrompu par de criards vidéoclips est parvenu à ennuyer la critique tout en choquant les personnes atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme se révèle l’unique élément spectaculaire de l’entreprise.

Sia avait-elle la sensibilité nécessaire pour aborder l’autisme dans un mélodrame musical ? Poser la question, c’est y répondre : la musicienne, rendue célèbre grâce à ses perruques masquant son visage autant que pour ses tubes Chandelier (2014), Elastic Heart (2015) et Cheap Thrills (2016), a dû offrir ses excuses avant même la sortie officielle du film le 10 février dernier.

« Promis, j’ai écouté » les critiques, a-t-elle tweeté le 28 janvier dernier. Vilipendée sur les réseaux sociaux, l’artiste a depuis fermé son compte Twitter et restreint les commentaires sous ses publications Instagram.

Les premiers signes d’inquiétude étaient pourtant apparus dès novembre dernier lors de la publication de la première bande-annonce de son projet annoncé dès 2015.

Le même jour, une Américaine se décrivant comme autiste lançait une pétition visant à empêcher la diffusion de ce film mettant en scène un personnage atteint d’un trouble du spectre de l’autisme joué par l’actrice, danseuse et collaboratrice de Sia, Maddie Ziegler.

Trois problèmes

« Des stéréotypes sont utilisés tout au long de la bande-annonce et les images sont nauséabondes pour les personnes autistes qui auraient voulu voir le film », soutient la dénonciatrice.

La personnification de la jeune Music, qui donne son titre au film, pose problème à trois égards. D’abord, on regrettait que la réalisatrice ait offert le rôle à une personne « neurotypique » plutôt qu’à une actrice autiste.

En réponse, Sia indiquait avoir tenté de travailler avec une jeune autiste « non verbale » comme Music, mais que celle-ci aurait trouvé l’expérience « déplaisante et stressante ».

Ensuite, l’interprétation de Maddie Ziegler (dont les talents de danseuse ont rendu mémorables les vidéoclips de Chandelier et d’ElasticHeart) se résume à une caricature des troubles du spectre de l’autisme, beaucoup plus clichée que le personnage de Raymond dans Rain Man (1988), interprété par Dustin Hoffman (ce dernier avait remporté l’Oscar du meilleur acteur pour sa performance).

Enfin, et plus délicatement encore, les critiques de Sia dénoncent deux scènes en particulier où Music, en proie à des crises d’angoisse aiguës, est immobilisée quand Ebo, puis Zu, s’allongent sur elle, une technique considérée comme dangereuse.

Avant de fermer son compte Twitter, Sia a promis de retirer ces deux scènes problématiques, reconnaissant avoir « écouté les mauvaises personnes ; j’en suis responsable, mon travail de recherche n’était clairement pas assez approfondi ».

Le plus navrant est qu’au bout du compte, la question de l’autisme est accessoire au véritable récit : la raison de vivre retrouvée par la chaotique Zu, demi-sœur de Music, incarnée par Kate Hudson, nommée dans la catégorie de la Meilleure actrice — film musical ou comédie lors de la cérémonie des Golden Globes du 28 février prochain. Contre toute attente, l’œuvre de Sia est aussi en lice pour un globe doré, celui du Meilleur long-métrage — film musical ou comédie.

Ainsi, le personnage Music aurait pu être infirme ou souffrir d’une jaunisse que le récit aurait été le même : après que la mère de Music décède subitement, l’immature Zu, une alcoolique en rémission gagnant sa vie comme revendeuse de drogue, doit rentrer au bercail prendre soin de sa demi-sœur.

Zu ayant déjà toute la misère du monde à prendre soin d’elle-même pourra compter sur l’aide providentielle du voisin Ebo, incarné par un Leslie Odom Jr (Hamilton), laissé à lui-même avec son personnage unidimensionnel d’immigrant d’origine ghanéenne au grand cœur.

On devine la conclusion du film dès la première scène où se croisent les regards de Zu et d’Ebo…

Puis, il y a la musique. Prises séparément, les chansons originales et inspirées du film qui forment le neuvième album solo de Sia sont uniformément exubérantes et joyeuses, la voix stridente de la chanteuse faisant encore son effet sur ces musiques pop électroniques effleurant le dance et le R&B.

À nouveau, les compositeurs et réalisateurs Jack Antonoff, Greg Kurstin, Jesse Shatkin et Labrinth épaulent la musicienne à travers quinze brèves chansons dégourdies, cependant un brin linéaires sur le plan de l’émotion. Dommage, dans la mesure où Sia se démarquait justement sur la planète dance-pop grâce à des chansons épiques et émotives, parfois même tristes, comme Elastic Heart.

Dans ce long-métrage, les chansons joyeuses de Sia représenteraient l’imaginaire de Music, toujours pimpante et souriante (sauf pendant ses moments de crise, cela va de soi).

Lorsqu’un numéro musical vient interrompre le récit, on se retrouve dans la tête de la jeune autiste — une tête comme une scène bariolée où Hudson, Odom Jr. et Ziegler effectuent des chorégraphies dynamiques en portant le genre de costume qu’affectionne Sia en tournée. Comme de brefs vidéoclips… qui n’enrichissent cependant pas le récit.

Pourvu d’un scénario mince et maladroitement réalisé, Music a au moins le mérite de soulever à nouveau la question de la représentation des personnes autistes au grand écran.


Music

★★★ 

Songs from and Inspired by the Motion Picture, Atlantic


À voir en vidéo

Music

★ 1/2

Drame musical de Sia. Avec Kate Hudson, Leslie Odom Jr. et Maddie Ziegler. États-Unis, 2021, 107 minutes.