«Breaking News in Yuba County»: de la réinvention de soi par la notoriété

Dans un trop rare premier rôle, Allison Janney est fabuleuse, comme toujours.
Anna Kooris Dans un trop rare premier rôle, Allison Janney est fabuleuse, comme toujours.

Qu’elle joue dans le registre comique, dramatique, ou les deux à la fois, Allison Janney est une véritable dynamo. Plus souvent en soutien qu’en vedette, elle crève l’écran sitôt qu’elle y apparaît. Même dans un rôle quasi catatonique comme dans American Beauty, elle est mémorable. Il y a pour le compte un peu de cette épouse « invisible » dans Breaking News in Yuba County, une comédie noire où Janney, dans un trop rare premier rôle, est fabuleuse. Le générique est constitué d’une kyrielle d’excellentes actrices : Akwafina, Mila Kunis, Wanda Sykes, Regina Hall, Juliette Lewis, Ellen Barkin…

Que le résultat s’avère si moyen est vraiment fâchant. Breaking News in Yuba County (Scandale en direct) démarre pourtant de façon prometteuse : après des années à se faire marcher dessus par son entourage en général et par son mari Carl en particulier, Sue surprend ce dernier en pleins ébats avec une autre. En voyant sa femme débarquer, Carl a un choc et tombe raide mort. Or, plutôt que de signaler son décès, Sue se débarrasse de son corps et prétend qu’il a disparu. Ceci, afin d’être invitée dans une émission qui fait son pain et son beurre de telles affaires.

S’ensuit une série de quiproquos avec une détective, des malfrats, la sœur journaliste de Sue, le beau-frère de celle-ci, et quantité d’autres personnages supputant tous sur ce qu’il est advenu de Carl. Pendant que tout un chacun le cherche, Sue, trop longtemps ignorée, devient de plus en plus avide de publicité. Son mantra pourrait être : on me voit à la télé, donc je suis.

Sur papier, il y avait matière à un truc enlevé et grinçant, mais en l’espèce, le film peine à entrelacer ses différentes sous-intrigues. Le scénario d’Amanda Idoko n’est pas en cause. La réalisation sans tonus ni cohésion de Tate Taylor est le problème : on passe de Sue qui manipule les médias aux bandits qui recherchent Carl à la détective qui investigue, alouette, sans qu’on sente un tracé narratif net.

Pas à la hauteur

Densément écrite, cette satire corrosive qui frôle la caricature sans y succomber commandait une approche à la Coen (voir Burn After Reading, notamment).

Tate Taylor, réalisateur de films disparates comme le bien-pensant (et mal avisé) drame social The Help ou le suspense The Girl on the Train, qui sombre dans le ridicule le plus complet, à l’instar du reste de son récent thriller d’action Ava, n’est pas à la hauteur. Ici, des situations intrinsèquement drôles sont constamment sabotées par le manque de timingvisuel de Taylor.

Aussi les interprètes prennent-elles le relais, sauvant des séquences filmées n’importe comment (le découpage paraît souvent aléatoire : voir tout le passage du trépas du mari). Cela étant, le film appartient à Allison Janney.

D’ailleurs, il est révélateur que la scène la plus réussie consiste en un gros plan fixe tout simple du visage de la comédienne. Il s’agit de ce moment où, affalée contre le motel où la trompe son conjoint, Sue en a soudain assez. Au pied du mur (oui, c’est subtil comme ça), elle laisse émerger tout son ressentiment. Son visage, voire sa personnalité, se transforme alors : cela se passe en quelques secondes, sans un mot, et Janney est brillante. Dommage que le film ne le soit pas.

Scandale en direct (V.F. de Breaking News in Yuba County)

★★ 1/2

Comédie satirique de Tate Taylor. Avec Allison Janney, Mila Kunis, Jimmi Simpson, Awkwafina, Regina Hall, Juliette Lewis, Matthew Modine. États-Unis, 2020, 96 minutes. En VSD sur Cineplex, Cogeco, Google Play, illico, iTunes, Microsoft, Rogers, Telus, YouTube.