«Saint Maud»: les affres de la foi

«Saint Maud» est aussi captivant en tant que drame psychologique qu’en tant que film d’horreur abordant des phénomènes surnaturels.
Photo: A24 Films «Saint Maud» est aussi captivant en tant que drame psychologique qu’en tant que film d’horreur abordant des phénomènes surnaturels.

Dieu existe-t-il ? Et si l’on a foi en Son existence, n’est-on pas en conséquence forcé de croire au Diable ? Maud, pour sa part, est convaincue que l’un et l’autre se manifestent périodiquement en ce bas monde. Une certitude à laquelle cette jeune femme troublée, et convertie au catholicisme de fraîche date, s’accroche comme à une bouée. Embauchée à titre d’aide-soignante auprès d’Amanda, une ancienne danseuse qui se meurt à petit feu, Maud tente de faire preuve de bienveillance envers le mode de vie « dissolu » de son employeuse. Or, d’incidents étranges en manifestations insolites, Maud finit par se convaincre que le Malin a élu domicile dans le corps rongéd’Amanda. Avec Saint Maud, Rose Glass signe un film souvent terrifiant davantage pour ce qu’il suggère que pour ce qu’il montre. Quoique.

Tout du long, la cinéaste, dont Saint Maud (Sainte-Maud) est le premier long métrage, mise sur la mesure et ménage ses effets de manière à obtenir de chacun un impact optimal. Ainsi, les trucages numériques, rares et d’autant plus perturbants qu’ils durent juste assez longtemps pour qu’on se demande si on a bien vu, incitent-ils à une lecture religieuse alors que maints autres passages, tels ces moments où la protagoniste apparaît hagarde ou à l’inverse obnubilée, attestent la thèse psychiatrique.

Là réside une bonne partie du brio diabolique de Rose Glass : Saint Maud est aussi captivant en tant que drame psychologique traitant d’un cas de délire mystique qu’en tant que film d’horreur abordant des phénomènes surnaturels. À ce chapitre, la cinéaste maintient une ambiguïté absolue quant à la nature réelle des événements qui se déroulent dans la maison d’Amanda (Jennifer Ehle ; la minisérie Pride and Prejudice, The King’s Speech, A Quiet Passion), un manoir décati tout de lumières tamisées et d’ombres baroques.

Arrimée au point de vue de Maud (Morfyyd Clark ; la minisérie Dracula), dont on a vite établi qu’on ne peut s’y fier sans que celui-ci soit pour autant discrédité complètement, l’histoire progresse vers une conclusion certes inéluctable, mais tétanisante.

Jeu virtuose

Assurée, la réalisation de Rose Glass multiplie les compositions « parfaites » qui, graduellement, perdent de leur symétrie, se fissurent, voire basculent, à l’instar de la psyché de Maud. Entre mysticisme moyenâgeux et modernité crue, la scène finale s’imprime dans la mémoire pour de bon…

D’ailleurs, avec une durée d’à peine une heure vingt, Saint Maud se distingue d’une certaine tendance actuelle qu’ont les films d’horreur à s’étirer inutilement sous prétexte « d’atmosphère ». Ce dont Saint Maud ne manque pas, faut-il le préciser.

Rehaussé par une direction photo lugubre à souhait et une direction artistique remarquable, le film de Rose Glass est d’abord et avant tout porté par une paire d’interprétations virtuoses de Jennifer Ehle et Morfyyd Clark, cette dernière la plus « possédée » des deux. Il en résulte une œuvre magnifiquement insidieuse. Qu’importe que l’on soit croyant ou athée.

 

Sainte-Maud (V.F. de Saint Maud)

★★★★ 1/2

Horreur psychologique de Rose Glass. Avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, Lily Knight, Lily Fraser. Grande-Bretagne, 2019, 83 minutes. En VSD.