«Supernova»: juste avant la nuit

Le film n’aurait pas le même impact émotionnel sans la présence de Colin Firth (Sam) et de Stanley Tucci (Tusker). Amis proches depuis une vingtaine d’années, ils affichent d’emblée une connivence qui ne se feint pas, conférant à leur personnage une profondeur accrue: chaque regard est comme rempli de la connaissance tue de maints souvenirs et événements vécus en commun.
Photo: Métropole Films Le film n’aurait pas le même impact émotionnel sans la présence de Colin Firth (Sam) et de Stanley Tucci (Tusker). Amis proches depuis une vingtaine d’années, ils affichent d’emblée une connivence qui ne se feint pas, conférant à leur personnage une profondeur accrue: chaque regard est comme rempli de la connaissance tue de maints souvenirs et événements vécus en commun.

Dans le firmament, une étoile se met soudain à luire plus que toutes les autres, signe, paradoxalement, qu’elle s’éteindra bientôt. À l’aube, on retrouve Sam et Tusker, la fin cinquantaine, lovés l’un contre l’autre. Cela fait presque vingt ans que les deux hommes forment un couple. Hélas, un diagnostic de démence précoce reçu par Tusker a fait voler en éclats leur rêve de couler ensemble une longue et paisible vieillesse. Les voici donc à bord d’une autocaravane pour un dernier périple ensemble, revisitant les lieux de leurs premiers moments de bonheur. Avec Supernova, Harry Macqueen signe un film aussi sensible qu’universel dans sa portée.

L’approche intimiste fonctionne d’autant plus qu’aux scènes du quotidien des conjoints, toutes finement observées et certaines à faire sourire ou opiner quiconque vit en couple depuis plusieurs années, le cinéaste oppose de vastes panoramas naturels. Champêtres, forestiers ou lacustres, ces paysages anglais agissent comme des toiles de fond expressives, en cela qu’ils informent sur l’état d’esprit du couple à telle ou telle étape du voyage.

Que l’on se rassure : Harry Macqueen n’a jamais la main lourde, lorgnant davantage vers l’impressionnisme subtil que le symbolisme lourdaud. D’ailleurs, l’approche en entier est cela : subtile. Même lorsque Sam et Tusker discutent — sur la route, lors d’une halte, en visite chez de la famille, etc. —, ce sont souvent leurs silences qui sont les plus éloquents. Là encore, le réalisateur (et scénariste)rend avec acuité les dynamiques volontiers contradictoires à l’œuvre dans une relation qui a connu les affres de l’usure du temps, mais aussi le miracle d’une complicité acquise sur la durée. Ainsi les conflits occasionnels se dissolvent-ils dans une compréhension mutuelle empreinte d’indulgence ou d’amusement, voire de sacrifice…

Tout sonne vrai, tout sonne juste — que l’on soit soi-même en couple ou non.

Sentiment d’urgence

Dans ce contexte d’authenticité, le drame que vivent Sam et Tusker n’est que plus poignant. On est submergé par une vague d’empathie, littéralement. L’une des clés de la réussite du film est qu’il s’agit d’une histoire simple, mais dont la focalisation ne s’éloigne jamais des protagonistes : on demeure avec eux en tout temps (exemple : quand Sam discute dans la cuisine avec sa sœur, on voit Tusker qui s’amuse dehors avec leur nièce), de telle sorte que la perspective qu’ils soient séparés par la maladie plus tôt que tard serre le cœur.

Avec une franchise douloureuse, Harry Macqueen aborde en cours de route la difficile question de la fin de vie dans la dignité. À nouveau, le cinéaste ne cherche pas l’émotion facile en recourant à quelque effet narratif ou technique : le drame se complexifie (ou peut-être pas, au fond) de manière naturelle, comme il le ferait dans la vie.

En amont, Harry Macqueen a non seulement étudié le sujet de la démence, il a œuvré, et œuvre toujours, au sein d’organismes de soutien. Il en résulte un traitement précis mais pas didactique de la maladie : lorsqu’on rencontre Sam et Tusker, le verdict est déjà tombé et le second n’en est plus aux premiers symptômes. Cette réalité insuffle un sentiment d’urgence au film : encore combien de temps de lucidité pour Tusker, et donc de conscience de la présence à ses côtés de Sam et de tout ce qu’ils ont partagé ?

Profondeur accrue

La réalisation d’Harry Macqueen s’avère merveilleusement à l’écoute : il s’agit d’un deuxième long métrage (après Hinterland, autre road-movieà deux) où le cinéaste n’essaie pas d’épater la galerie, mais où il met plutôt son savoir-faire au service de l’histoire avec économie et discrétion. Tout pour rester arrimé à Sam et à Tusker.

À ce propos, le film n’aurait sans doute pas le même impact émotionnel sans la présence de Colin Firth (Sam) et de Stanley Tucci (Tusker). Amis proches depuis une vingtaine d’années, ils affichent d’emblée une connivence qui ne se feint pas, conférant à leur personnage une profondeur accrue : chaque regard est comme rempli de la connaissance tue de maints souvenirs et événements vécus en commun.

Beau, délicat, bouleversant (gare aux sanglots), Supernova accomplit quelque chose d’assez rare : il donne envie d’aimer, malgré l’incertitude, malgré l’inéluctable.

 

Supernova (V.O. et V.F.)

★★★★

Drame de Harry Macqueen. Avec Colin Firth, Stanley Tucci, Pippa Haywood. Grande-Bretagne, 2020, 93 minutes. En VSD notamment sur Apple, Cineplex, Google Play, iTunes, YouTube, dès le 16 février (en version originale anglaise et en version doublée en français).