Palmer, reviens

Le chanteur  a craqué pour cette histoire qui tire des larmes. Et il  a rapidement créé une complicité avec son partenaire à l’écran, Ryder Allen, sept ans au moment du tournage, qui n’avait aucune idée de qui c’était, ça,  Justin Timber-quelque-chose.
AppleTv+ Le chanteur a craqué pour cette histoire qui tire des larmes. Et il a rapidement créé une complicité avec son partenaire à l’écran, Ryder Allen, sept ans au moment du tournage, qui n’avait aucune idée de qui c’était, ça, Justin Timber-quelque-chose.

Palmer. Juste Palmer. C’est ainsi que se présente le protagoniste du film qui porte son nom. Il n’est pas un héros, pas une vedette, juste un gars ordinaire. Palmer. Tout simplement Palmer. Pour jouer cet homme laconique et effacé, la production a néanmoins choisi tout son contraire : Justin Timberlake. Un artiste célèbre qui a rempli les arénas, cumulé les succès et animé la mi-temps du Super Bowl.

C’est d’ailleurs dans un stade du Connecticut que le réalisateur de ce drame, Fisher Stevens, a découvert « l’ampleur du talent de Timberlake ». « Je l’ai vu chanter devant 22 000 personnes qui hurlaient, nous raconte-t-il. Je me suis demandé : mais de quelle planète vient ce gars ? Il les avait tous dans sa petite poche arrière. »

C’était en 2019, à la fin de la tournée The Man of the Woods. Le cinéaste l’a su tout de suite : son homme, c’était Justin. Lui saurait briller dans son film qui parle de secondes chances. Celles qui arrivent rarement. Celles que l’on doit saisir. Celles qu’il ne faut jamais tenir pour acquises.

Scénarisé par Cheryl Guerriero, il y a une décennie déjà, ce récit débute par un retour. Celui du fameux Palmer dans sa ville natale, en Louisiane. Après douze ans derrière les barreaux, il se pose chez sa grand-mère. Cette dernière l’accueille à bras ouverts — et à une condition : « Je vais à l’église tous les dimanches. Si tu habites ici, tu vas y aller aussi. »

Si Palmer veut aller quelque part, c’est principalement à la taverne du coin, pour enchaîner les shooters, descendre des Budweiser et traîner avec ses amis abonnés aux farces plates. Et même là, après une soirée ou deux, il est déjà tanné. Ce qui le sort de sa torpeur, c’est Sam. Un enfant de sept ans qui habite avec sa mère dans la roulotte d’à côté. Sam aime les poupées, les fées et les barrettes colorées. « Tu sais que les garçons ne jouent pas aux poupées ? » lui lance l’adulte, irrité. Sans broncher, le petit répond : « Eh bien moi, je le fais. »

Palmer, lui, ne veut pas jouer, ne veut pas sourire, ne veut pas faire grand-chose. Mais quand la mère de Sam part soudain, sans prévenir, laissant son enfant derrière elle, Palmer reste. Il sait ce que c’est que d’être abandonné.

Pousser à l’introspection

Il en a fallu du temps avant que Fisher Stevens trouve un acteur capable de tenir ce rôle. « Justin n’était même pas sur ma liste », avoue-t-il.

C’est Leonardo DiCaprio et son agent qui lui ont suggéré d’embaucher la star de la pop, alors qu’ils travaillaient tous les trois sur Before the Flood (le documentaire dans lequel Leo se balade à travers cinq continents en avion et en hélicoptère pour parler de changements climatiques).

Fisher Stevens n’était pas certain que Timberlake accepterait. La carrière cinématographique du musicien semblait plutôt tranquille depuis qu’il avait personnifié Sean Parker, l’ex-acolyte de Zuckerberg, dans The Social Networkde Fincher (et joué un guitariste de folk pour les frères Coen dans Inside Llewyn Davis).

Ils avaient raison. Le chanteur de Cry Me a River a craqué pour cette histoire qui tire des larmes. Et il a rapidement créé une grande complicité avec son partenaire à l’écran, Ryder Allen, sept ans au moment du tournage, qui n’avait aucune idée de qui c’était, ça, Justin Timber-quelque-chose.

Quel rôle immense pour un acteur si jeune… D’autant plus qu’à travers les moqueries, les mesquineries et les méchancetés, Sam reste toujours d’un calme olympien. Sam reste lui-même. Devenant un point d’ancrage non seulement pour Palmer, mais également pour le spectateur. « Il y a des enfants qui transmettent tant de sagesse, tant de profondeur, qu’ils nous poussent à l’introspection, remarque Fisher Stevens. Et c’est ce que fait ce personnage : il nous force à voir qui nous sommes réellement. »

Contrairement à ceux qui l’entourent, Sam sait exactement qui il est. Il veut se déguiser en princesse Pénélope pour l’Halloween, pas en prince Pierre. Les autres enfants vont rire de lui ? Tant pis.

De toute façon, sa maman lui a dit qu’il pouvait aimer les princesses.

Car malgré ses fuites, ses dépendances et ses promesses brisées, cette femme, incarnée avec force émotions par Juno Temple, aime son enfant. Elle aimerait l’aimer mieux. Peut-être y parviendra-t-elle un jour ? « À l’inverse de Palmer, la mère de Sam est rendue non pas à sa deuxième, mais à sa quatrième ou à sa cinquième chance, estime le réalisateur. Je ne sais pas si elle connaîtra une fin heureuse. Peut-être qu’une suite nous le dira ? »

Sortir de sa bulle

Comme dans la chanson que Justin Timberlake a interprétée en compagnie d’Ant Clemons à l’intronisation de Joe Biden, tous les adultes cherchent ici des jours meilleurs. Ceux que Palmer a autrefois connus, sur le terrain de football, quand tout était encore possible. « C’était important de montrer comment un athlète étoile traité comme un dieu pouvait soudain tomber de haut », remarque Fisher Stevens.

En entrevue avec l’animatrice Holly Morris sur les ondes de Fox 5 Washington, le réalisateur confiait que s’il avait voulu réaliser ce scénario « se déroulant dans l’Amérique rurale », c’était pour mieux comprendre l’issue de la présidentielle états-unienne de 2016. « Pour être honnête, quand Trump a été élu, j’ai eu du mal à y croire. J’imagine que je vivais dans ma petite bulle new-yorkaise… J’ai donc voulu explorer l’autre côté de mon pays pour mieux le connaître. »

« L’autre côté » de son pays, comme il dit, il l’avait déjà sondé dans Tiger King, la série-événement du premier confinement signée Netflix. En tant que producteur exécutif, il avait suivi en Oklahoma les déboires de Joe Exotic, le propriétaire de zoo hors-la-loi et autoproclamé « redneck ».

Se rendant cette fois en Louisiane, Fisher Stevens s’est éloigné, en tant que réalisateur, de l’aspect « spectacle » qu’offrait le roi des tigres dans sa précédente production. « Je voulais faire quelque chose d’authentique, nous assure-t-il. C’était d’ailleurs notre règle, à Justin et à moi : “Gardons ça vrai.” »

La même consigne était donnée à Tobias A Schliessler à la photo et à Megan Coates aux costumes. « Nous souhaitions que le public entre dans ce monde et ait l’impression de regarder la vraie vie. »

Nous avancerons que la musique légèrement appuyée, les problèmes inextricables qui se résolvent rapidement et le côté plutôt gentil du film éloignent par moments le spectateur de cette « vraie vie ». Reste que le jeu des acteurs est sensible, et le propos positif. « Nous ne voulions pas passer de commentaires sur ces personnages. Nous voulions simplement être présents, explique le cinéaste. J’ai embauché beaucoup de Louisianais pour faire la figuration à l’église, à l’école, dans le stade de football. La véracité était là. C’était à nous de la garder au montage, dans chaque plan, à chaque instant. »

Ce n’est pas tout ce qu’il a tiré de l’expérience. « J’ai appris sur mes propres idées reçues, sur la façon dont je juge les autres. » Et il en est venu à une conclusion, toute simple : « Nous aurions tous besoin d’un Sam dans nos vies. »

Palmer

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