«The Little Things»: des problèmes petits et grands

Sans surprise, Denzel Washington est excellent: il laisse deviner les tourments intérieurs de Deke sans appuyer. Rami Malek convainc en revanche assez peu en jeune loup. À sa décharge toutefois, son personnage est très mal écrit.
Photo: Nicola Goode Warner Bros. Sans surprise, Denzel Washington est excellent: il laisse deviner les tourments intérieurs de Deke sans appuyer. Rami Malek convainc en revanche assez peu en jeune loup. À sa décharge toutefois, son personnage est très mal écrit.

Dans une voiture roulant à bonne vitesse, de nuit, une jeune femme chante avec bonne humeur par-dessus la radio. Elle l’ignore encore, mais un tueur en série l’a prise en chasse. Devant cette scène qui ouvre le drame policier The Little Things, on songe aussitôt à une séquence similaire dans The Silence of the Lambs. Rapidement toutefois, le film de John Lee Hancock prend ses distances vis-à-vis de celui de Jonathan Demme.

Devant le résultat bancal, peut-être un succédané qui s’assume comme tel, aurait-il été préférable. Quoi qu’il en soit, maints fleurons modernes du genre — dont Se7en et Zodiac, de David Fincher — reviendront en mémoire, ponctuellement, et jamais à l’avantage de The Little Things (Une affaire de détails), qui s’efforce en vain de s’élever dans les mêmes ligues.

C’est que John Lee Hancock, un réalisateur à tout faire compétent (The Alamo, The Blind Side, Saving Mr. Banks, The Founder) qui a également écrit le scénario, ne possède pas une once de la virtuosité de ceux qu’il tente ici de prendre pour modèles. Campé au début des années 1990, The Little Things s’attarde sur deux policiers que tout oppose en apparence : Joe « Deke » Deacon, un shérif adjoint du comté de Kern au passé trouble, et Jimmy Baxter, un jeune détective ambitieux de la police de Los Angeles.

Par un concours de circonstances, et après s’être livrés à un concours de mâle alpha vite expédié (comme tant d’autres éléments du récit), Deke et Jimmy feront équipe pour piéger un tueur en série qu’ils croient être un certain Albert Sparma.

Sans surprise, Denzel Washington est excellent : il laisse deviner les tourments intérieurs de Deke sans appuyer. Rami Malek convainc en revanche assez peu en jeune loup. À sa décharge toutefois, son personnage est très mal écrit. D’abord d’une arrogance infinie, Jimmy cesse soudain complètement de l’être. Très rigoureux et respectueux des règles, il se met beaucoup trop rapidement à accepter de les enfreindre. Vers la fin, les invraisemblances s’accumulent (plusieurs énormes), et c’est souvent par l’entremise de ce personnage. Normal que son interprète peine à trouver ses repères.

Quant à Sparma, il est incarné par Jared Leto. Avec la rembourrure sous sa camisole et son regard bloqué à « intensité maximale », il semble jouer un gourou ventripotent. Le jeu est gros, mais l’acteur parvient à générer un ou deux indéniables frissons.

Longueurs et hésitations

Au sujet du choix de contexte historique, l’examen de la première scène de crime annonce un intérêt pour la criminalistique, qui connaissait alors d’importantes avancées sur le plan scientifique. Or, on ne fait finalement rien de cette piste. Le film est en outre plombé de longueurs, s’étirant lors de passages dont on peine à saisir l’importance entre deux scènes de suspense dénuées de tension.

Tantôt une étude en contrastes de deux générations de policiers, tantôt une enquête classique avec découverte d’indices et interrogatoires, The Little Things s’avère banal dans l’un comme dans l’autre volet. Banal, au fond, est le meilleur terme pour qualifier la mise en scène.

Ce n’est jamais aussi apparent que lorsque John Lee Hancock essaie de transcender le concept « d’honnête thriller de studio prêt à consommer » avec des apartés insolites. On pense à ces apparitions ponctuelles des victimes sous forme de cadavres fantomatiques, que Deke est seul à voir. Le vieux flic parle alors à ces mortes qui hantent sa conscience.

Entre les mains de cinéastes doués, de tels passages où le réel devient brièvement surréel dans un contexte non horrifique peuvent insuffler à un film des notes de sombre poésie (voir par exemple À l’origine d’un cri, de Robin Aubert). Dans The Little Things, c’est juste saugrenu. Au moins le film donne-t-il envie d’en revisiter une kyrielle d’autres, supérieurs.

 

The Little Things (V.O.)

★★

Drame policier de John Lee Hancock. Avec Denzel Washington, Rami Malek, Jared Leto. États-Unis, 2021, 127 minutes. En VSD sur la plupart des plateformes.