Cinéma - San Antonio, le film: pas vraiment une oeuvre Dard

Paris — La littérature est une source d'inspiration inépuisable pour le cinéma, toujours avide de nouveaux personnages, célèbres ou non. Dernier avatar de ce passage de l'écrit au grand écran: le commissaire San Antonio, dont les aventures sont proposées aux spectateurs des salles obscures françaises à partir de demain.

Il y a fort à parier que San Antonio, le film, laisse de marbre les lecteurs de San Antonio, les livres, qui savent bien que le style d'écriture popularisé par Frédéric Dard pendant quatre décennies est non seulement incomparable mais inadaptable. Pour les autres, le film réalisé par Frédéric Auburtin sera un bon divertissement d'été, sans prétention ni littéraire ni cinématographique.

L'un des atouts du film est son duo-choc de Gérard: Lanvin incarne le commissaire San Antonio, tandis que Depardieu interprète son acolyte, le lieutenant Bérurier. Mais, au lieu d'être associés, les deux compères vont mener, tout au long de l'histoire, chacun son enquête parallèle, presque rivaux.

C'est que Bérurier, plus occupé à prendre du bon temps avec une accorte soubrette qu'à suivre les ordres de San Antonio, a commis une négligence. Résultat: un ambassadeur de France a été enlevé dans un palace britannique, malgré la surveillance des deux hommes, San Antonio étant pris de vitesse par une belle Italienne qui a orchestré l'enlèvement.

De retour à Paris, c'est San Antonio qui trinque: il est démis de ses fonctions par Achille, le chef de la police (Michel Galabru). Une aubaine pour Bérurier, qui prend du galon et continue de s'occuper de cette étrange affaire de réseau d'activistes qui enlèvent les grands de ce monde.

Mais tout se corse soudain. Le président de la République lui-même a disparu de l'Élysée. Le ministre de l'Intérieur (Robert Hossein) ne voit qu'un seul homme capable de sauver la France: «Je vous donne 48 heures pour le retrouver. Après, je ne réponds plus de rien: ce sera le foutoir», dit-il à San Antonio, qui reprend ainsi du service.

Avec une brigade secrète, le commissaire se met donc sur la piste du président, dans cette mission secrète. Il se retrouve bientôt face à Bérurier, chargé lui aussi de l'enquête, de manière plus officielle. Dès lors, c'est chacun pour soi: qui retrouvera en premier le chef de l'État?

Le scénario, qui oscille entre l'abracadabrantesque et le sans-intérêt, n'est pas le point fort du film. «Ce n'est pas facile de partir d'une oeuvre qui contient 175 romans, avec un patrimoine de personnages sur plus de 40 ans qui ont leurs propres aficionados», reconnaît Frédéric Auburtin.

Coréalisateur il y a cinq ans (avec Gérard Depardieu) d'Un pont entre deux rives, il a été choisi par les producteurs pour adapter à l'écran l'oeuvre de Frédéric Dard, dont les droits avaient été acquis par Laurent Touil-Tartour, scénariste du film et un temps pressenti pour la réalisation.

Frédéric Auburtin a essayé de rendre à l'écran le style écrit de Frédéric Dard, sans bien sûr y parvenir totalement, comme il l'avoue lui-même: «Le code principal, c'est le langage. Mais ce qui passe dans la littérature ne passe pas forcément à l'écran. Une suggestion imaginative et hilarante par les mots peut ne rien donner du tout à l'image. Nous avons donc essayé de faire un film qui satisfasse tout le monde. Pas dans un but démagogique, mais je voulais que les fans de l'oeuvre s'y retrouvent et que les béotiens, ceux qui ne connaissent rien à San Antonio, puissent apprécier une comédie d'action sans connaître les codes.»

Cela donne donc une sorte de James Bond franchouillard, avec action, cascades, jolies filles et scénario invraisemblable. Lanvin et Depardieu tentent de rendre crédibles deux personnages très typés dans les romans de Frédéric Dard: le premier est un homme à femmes jamais à court de compliments («Vous avez des yeux à faire tourner les manèges avant la fête»), le second fait dans la gaudriole et les réflexions lourdingues (les allusions sexuelles, à l'écran, passent bien moins facilement qu'à l'écrit).

Aux côtés des deux Gérard, pas mal de têtes connues défilent dans cette espèce d'hommage posthume à l'oeuvre de Frédéric Dard: outre Robert Hossein et un Michel Galabru chauve qui en fait des tonnes, on entrevoit avec plaisir Barbara Schulz, Jérémie Renier, Luis Rego, Michèle Bernier, Valeria Golino, Cyrielle Clair, Maryam d'Abo, Henri Garcin, Jacques Spiesser, Patachou et même un autre fan célèbre de Frédéric Dard, à la fin — surprise...