«L’enfant rêvé»: la paternité fantasmée

Jalil Lespert demeure hanté jusqu’au bout, dans un rôle qui écrase la partition de ses compagnes, dans l’ombre de son personnage en implosion.
Axia Films Jalil Lespert demeure hanté jusqu’au bout, dans un rôle qui écrase la partition de ses compagnes, dans l’ombre de son personnage en implosion.

Drame de la paternité,thrillerpsychologique, triangle amoureux, L’enfant rêvé, du Français Raphaël Jacoulot (Avant l’aube, Coup de chaud), est une œuvre de style, d’atmosphère et d’interprétation avant tout. Porté par un bon trio d’acteurs sur le sujet assez convenu d’un adultère dans une petite municipalité du Jura, ce film parvient à habiter et à filmer la forêt pour la transformer en personnage, comme dans un conte de fées.

Car le héros (formidable Jalil Lespert) dirige avec sa femme (Mélanie Doutey, tout en nuances) une petite scierie familiale toujours au bord du gouffre, et la forêt est son domaine. Hanté par l’obsession de devenir père (d’un garçon), il perd la raison à cause de la stérilité de sa compagne, mais surtout après avoir découvert la passion fulgurante dans les bras d’une nouvelle arrivante (Louise Bourgoin). La belle devient enceinte de lui et veut quitter son mari et ses deux filles pour vivre le grand amour, mais tout n’est pas si simple…

L’enfant rêvé parvient à rendre avec une caméra inventive, de longs plans et force scènes tournées dans l’entreprise la situation difficile d’un monde ouvrier en pleine crise. Le film tourne avant tout autour du fil mince mais tendu du désir de paternité de cet homme, François, rêvant de transmettre à son enfant le métier que son propre père lui a enseigné. Tout cela au milieu du choc amoureux qui change sa perspective des choses, alors que son épouse veut se tourner vers l’adoption et investit son propre héritage pour sauver la scierie. Les scènes d’amour avec la nouvelle flamme du héros à la lady Chatterley (où Louise Bourgoin défend un personnage assez cliché) sont à la fois belles et un peu convenues, mais cette forêt de toutes les métamorphoses distille une poésie insolite.

L’aspect thriller survient en fin de course, dans un dénouement trop plaqué, où la vraisemblance s’égare. Jalil Lespert demeure toutefois hanté jusqu’au bout, dans un rôle qui écrase la partition de ses compagnes, dans l’ombre de son personnage en implosion.

Reste que le désir brûlant d’un enfant avait surtout été traité au cinéma à travers une perspective féminine. Dans ce sens, le film aborde un point de vue original. Si certaines mises en abyme intérieures se trouvent parfois escamotées dans un univers cinématographique embrassant plusieurs genres avec des fibres sociales, romanesques, dramatiques et ce climat de film noir aux frontières du polar, L’enfant rêvé possède un style personnel qui surnage parmi ses maladresses.

L’enfant rêvé

★★★

Thriller romantique de Raphaël Jacoulot. Avec Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey. France, 2020, 107 minutes. Sur les plateformes des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée.

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