«The Climb»: amis pour le meilleur et surtout le pire

The Climb (La montée), coécrit par Kyle Marvin (à gauche) et Michael Angelo Covino, se joue habilement des codes traditionnels de la masculinité.
Métropole Films The Climb (La montée), coécrit par Kyle Marvin (à gauche) et Michael Angelo Covino, se joue habilement des codes traditionnels de la masculinité.

Lorsqu’on rencontre Kyle et Mike, ils sont à vélo, en pleine ascension. Plus en forme, Mike avoue soudain à Kyle, qui peine à suivre, qu’il a eu une aventure avec sa fiancée Ava. En d’autres circonstances, on partagerait le désarroi de Kyle, mais il se trouve qu’on est trop occupé à rire : le pauvre cocu qui essaie de rattraper son meilleur ami, ce dernier qui tente de se justifier sans ralentir… Tout cela est aussi absurde qu’hilarant. La scène se déroulant en un même plan séquence, les mouvements narratif et humoristique sont en parfaite symbiose ; on est d’emblée happé.

Telle est la manière privilégiée par Michael Angelo Covino dans The Climb (La montée), reparti de Cannes en 2019 avec un coup de cœur dans la section Un certain regard (ex æquo avec La femme de mon frère, de Monia Chokri). C’est-à-dire que le film est composé de sept chapitres pour autant de plans séquences. Et quels plans séquences !

Vraiment, les amoureux de technique seront servis. En effet, microbudget ou pas, derrière le naturalisme de la facture et du jeu, la sophistication couve. Le volet consacré au souper de l’Action de grâce s’avère particulièrement virtuose dès lors qu’on s’y attarde. Oui, car l’une des principales qualités du film est que le pari technique n’est jamais remporté au détriment de l’histoire : loin de n’être là que pour servir l’ego artistique du réalisateur, ces plans séquences forment un flot qui entraîne le spectateur à sa suite.

Et bref, lors dudit repas, l’action débute au sous-sol des parents de Kyle qui s’apprête à leur annoncer ses fiançailles avec Marissa, puis elle se transporte à l’étage le temps de révéler les tensions qui couvent avant d’effectuer un détour au-dehors pour mieux revenir à l’intérieur par la porte du garage à la suite de Mike, invité surprise par qui le malheur arrivera une nouvelle fois. Au passage, les fenêtres deviennent des écrans dans l’écran.

Autre passage discrètement virtuose : ce moment, dans un cinéma, où un Mike esseulé voit le mariage dans le film français Le grand amour (Pierre Étaix, 1969) se muer en celui de Kyle, cérémonie qu’il interrompra sous peu, sans coupe apparente.

On l’aura compris, certains plans séquences relèvent de l’illusion rendue possible grâce à d’ingénieux trucages. Mais là encore, l’immersion n’en est que plus grande.

Indéfectible amitié

Quant au ton, il demeure doux-amer. On est dans l’absurde, le malaise, voire parfois le surréalisme à la faveur d’apartés musicaux (avec de vieux tubes de Nicole Martin et Isabelle Pierre !). L’un d’eux montre Kyle en pleine danse lascive, poteau inclus, pour un effet absolument pas érotique, mais assurément comique.

À cet égard, The Climb se joue habilement des codes traditionnels de la masculinité. Le film reprend en outre à son compte, pour mieux les détourner, plusieurs lieux communs de la comédie romantique, l’amitié se substituant à l’amour (ou « bromance »).

En dépit d’une merveilleuse cohésion générale, chaque segment pourrait être une petite œuvre autonome — sans surprise, le projet a d’abord pris la forme d’un court métrage en 2018. Comme ils l’ont fait en cette première occasion, Michael Angelo Covino et Kyle Marvin, amis à la ville, ont coécrit le film en plus d’y tenir la vedette.

Leur interprétation, de par son sérieux sans fard, accroît la valeur comique de chaque situation. Dans le rôle de Marissa, Gayle Rankin est excellente également.

Comme Kyle l’assène lui-même à Mike après une énième trahison, ce dernier est toxique. Pourtant, Kyle finit invariablement par le laisser revenir dans son existence. Or, un phénomène identique se produit chez le spectateur : on devrait trouver Mike insupportable, mais voilà, on est pris d’un irrépressible élan d’affection pour lui et pour le film. C’est dire que le coup de cœur ne se sera pas limité au contexte cannois.

Le film The Climb est disponible en VSD sur les plateformes Rogers, Telus, Bell, Illico, Cogeco, Shaw, Vubiquity, Hoopla.

La montée (V.F. de The Climb)

★★★★

Comédie de Michael Angelo Covino. Avec Kyle Marvin, Michael Angelo Covino, Gayle Rankin, Talia Balsam, Judith Godrèche. États-Unis, 2019, 95 minutes. En VSD V.O. et V.F. sur Rogers, Telus, Bell, Illico, Cogeco et en V.O. sur Shaw, Vubiquity, Hoopla.