En VSD cette semaine - Prises de contact et évasions

Avec l’excellente Nina Hoss et Lars Eideiger (vedette de la scène théâtrale berlinoise), «Petite sœur» est le candidat de la Suisse aux Oscar.
Photo: Arizona Distribution Avec l’excellente Nina Hoss et Lars Eideiger (vedette de la scène théâtrale berlinoise), «Petite sœur» est le candidat de la Suisse aux Oscar.

La pandémie perdure. Aussi, pour s’en distraire, notre sélection de films à visionner gratuitement ou contre paiement se poursuit-elle également.
 


Un lien immortel

 

Véronique Reymond et Stéphanie Chuat se destinaient autrefois au jeu, mais ont plutôt bifurqué vers la réalisation, formant un duo soudé. Après un premier long, une série et un documentaire, Petite sœur les voit poursuivre une fructueuse collaboration. On y suit des jumeaux en crise : Sven, un acteur de théâtre célèbre, et Lisa, une autrice non moins respectée. Il est né deux minutes avant elle, d’où le titre. Or, dans les faits, c’est Lisa qui agit en grande sœur responsable, veillant sur un Sven atteint de leucémie. À cela s’ajoute, pour Lisa, un mariage sur la glace, et pour Sven, l’impossibilité de jouer Hamlet. Avec l’excellente Nina Hoss (Phoenix) et Lars Eidinger (vedette de la scène théâtrale berlinoise), sans oublier Marthe Keller, en mère distante, Petite sœur est le candidat de la Suisse aux Oscar.

Petite soeur (V.O. allemande et française avec s.-t.a.)
​À cinemamoderne.com


 

Dire sans parler

En 2007, un ouvrage publié par Naoki Higashida, 13 ans, fit sensation. Non pas en raison du jeune âge de l’auteur, mais plutôt parce que ce dernier est atteint d’autisme non verbal. Or, grâce à sa ténacité et à celle de sa mère, qui aurait inventé (ce point est contesté) un moyen simplifié de communication, Naoki finit par transcender cette limite : son récit autobiographique Sais-tu pourquoi je saute ? naquit dans la foulée. La traduction anglaise The Reason I Jump connut en 2013 un succès retentissant. En 2020, Jerry Rothwell en tira un très beau documentaire s’attardant au parcours de cinq personnes autistes non verbales. Leurs apparitions successives sont entrecoupées de séquences quasi oniriques montrant un enfant cheminer dans de vastes étendues. Le message : ce n’est pas parce qu’on ne parle pas qu’on n’a rien à dire.

The Reason I Jump (V.O.)
​À cinemaduparc.com


 

Vrai, pas vrai ?

Écrit, réalisé et interprété par Alex Knapp, Go/Don’t Go mise davantage sur l’atmosphère que le récit proprement dit. Prénommé Adam, le protagoniste semble être le seul survivant de quelque événement apocalyptique. Lors d’errances silencieuses, Adam, muni d’une carte, repère divers lieux, certains sans danger (« go »), d’autres proscrits (« don’t go »). Il répare des voitures, fait des courses… Surtout, il est hanté par le souvenir de K, une jeune femme qu’il a autrefois aimée… ou qui n’est qu’une manifestation additionnelle de sa psychose ? Car peut-être tout cela se déroule-t-il dans la tête d’Adam ? Bien malin qui saurait trancher. Non, l’idée n’est pas neuve, mais là encore, Knapp mise d’abord sur sa capacité à forger une ambiance insolite.

Go/Don’t Go (V.O.)
​iTunes, Microsoft, YouTube


 

Évasion par procuration

Alors que la pandémie perdure et qu’à celle-ci s’ajoute un couvre-feu temporaire, un sentiment d’emprisonnement viendra peut-être accabler davantage certaines personnes. Le cas échéant, une bonne histoire d’évasion de prison — vraie par surcroît — est tout indiquée. On songe ici au très, très bon, et très, très sobre Escape from Alcatraz, de Don Siegel. Cinquième et dernière collaboration entre le cinéaste et Clint Eastwood (Coogan’s Bluff, Two Mules for Sister Sara, The Beguiled, Dirty Harry), le film relate les événements qui menèrent à l’évasion de trois détenus grâce à un ingénieux plan ourdi par l’un d’eux, Frank Morris (Eastwood). Évasion qui, à terme, mena à la fermeture de la prison dont on disait jusque-là qu’il était impossible de s’échapper. Nul ne sait ce qu’il advint de Morris et cie, et à cet égard, la dernière scène est brillante, ménageant un équilibre parfait entre ambiguïté et satisfaction dramatique par rapport au vil directeur (Patrick McGoohan, vedette de l’auguste série The Prisoner).

Escape from Alcatraz (V.O.)
​Gratuit avec plages publicitaires sur TUBI et payant sur Amazon, Cineplex, Google Play, iTunes, Microsoft, YouTube


 

Michael Apted (1941-2020)

Sorti en 1992, Thunderheart compte parmi les meilleurs films de Michael Apted, décédé récemment à l’âge de 79 ans. On y conte l’enquête d’un agent du FBI, Ray Levoi (Val Kilmer), à propos d’un meurtre commis dans la communauté Oglala, dans le Dakota du Sud. Peu expérimenté, Ray a été parachuté sur l’affaire en raison de son lointain héritage oglala. Accueilli avec dérision par le chef de police de l’endroit, Walter Crow Horse (Graham Greene), Ray est en revanche pris sous l’aile d’un des anciens. De nos jours, la présence de Kilmer en vedette ferait à raison tiquer, mais il se tire bien d’affaire. Le fait est qu’Apted consentait là un compromis « hollywoodien ».

Ce qui n’empêcha pas le documentariste en lui (voir la série Up) de tendre à l’authenticité, par exemple, en faisant jouer à Ted Thin Elk, ancien au sein de la communauté Lakota, le rôle de « Grandpa » Sam Reaches, ou encore en confiant au militant (et poète, et chanteur) John Trudell le rôle du militant Jimmy Looks Twice, entre autres partis pris. Dans le contexte actuel, on appréciera tout spécialement la majesté aride des paysages. À noter qu’Apted réalisa la même année le documentaire Incident at Oglala qui, comme Thunderheart, reçut la bénédiction de la communauté Oglala.

Thunderheart (V.O.)
​Gratuit avec plages publicitaires à ctv.ca et payant sur Cineplex, Google Play, iTunes, Microsoft, YouTube

 

À voir en vidéo