Pleins feux sur Plein(s) écran(s)

Scène de «Goodbye Golovin», film de Mathieu Grimard qui a reçu une mention du jury à Berlin
Photo: Plein(s) Écran(S) Scène de «Goodbye Golovin», film de Mathieu Grimard qui a reçu une mention du jury à Berlin

Du 13 au 25 janvier aura lieu le Festival Plein(s) écran(s). Consacré au court métrage en général et aux productions québécoises en particulier, l’événement, qui fête ses cinq ans, se tiendra en ligne. Or, contrairement à la vaste majorité des festivals de cinéma qui ont dû faire de même en 2020, pandémie oblige, c’est en l’occurrence là le modèle de toujours de Plein(s) écran(s). Si la formule virtuelle de ce dernier tranchait avec le paysage festivalier en 2016, tel n’est plus le cas.

« C’est intéressant parce que, d’une certaine manière, ça a augmenté notre notoriété. C’est-à-dire que, soudainement, les gros festivals en salle ont un peu tous pris notre modèle et, en conséquence, on se fait peut-être moins regarder de haut dans l’industrie […] Pas qu’on était “regardés de haut”, mais en tout cas, on est pris davantage au sérieux à présent. Parce qu’au fond, on fait tous la même chose : on fait tous de la diffusion d’œuvres d’ici ou d’ailleurs »,rappelle Catherine Legaré-Pelletier, la directrice générale du festival, qui offre une affriolante sélection de courts métrages sur sa page Facebook au rythme de quatre films diffusés gratuitement chaque jour.

Catherine Legaré-Pelletier s’avoue étonnée de ce changement de paradigme, de ce déplacement massif des festivals de cinéma vers les plateformes numériques, déplacement rendu nécessaire par la pandémie.

« Notre idée s’est avérée avant-gardiste en 2016, mais je ne me serais jamais attendue à ce que ce soit la norme cinq ans plus tard. Dans la dernière année, on a soutenu d’autres festivals, on les a aidés… »

Pour autant, la directrice générale n’a rien contre la diffusion en salle, au contraire : « Il faut comprendre que le cinéma a une place sacrée en salle, et on entend beaucoup, au Québec comme partout, que c’est là qu’il devrait être vu, que c’est là que la magie se révèle. C’est vrai, mais pour ce qui est du court métrage, on voit les choses autrement [à Plein(s) écran(s)]. Oui, on peut voir des courts en salle lors de festivals, mais en programme avec d’autres, tandis que nous, on présente chaque court comme une œuvre complète en soi. La diffusion numérique permet de mettre en avant cette vision-là, de présenter chaque court de manière autonome, sans l’agencer à une panoplie d’autres courts. »

Pour autant, le festival a dans ses cartons un projet intitulé Plein(s) écran(s) court, qui consistera à présenter un court métrage avant un long dans les salles de cinéma, lorsqu’elles rouvriront enfin.

« Ça vise à remettre le court dans cette fenêtre de diffusion là, qui demeure exceptionnelle, mais à laquelle le court a moins accès hors festivals. »

Une offre bonifiée

Au moment de préparer la programmation 2021, l’équipe de Plein(s) écran(s) entendait voir plus grand qu’auparavant. « On voulait montrer ce dont on était capables. De là sont nées de nouvelles sections », précise Catherine Legaré-Pelletier.

Ainsi, on a droit cette année à des partenariats avec La Fabrique culturelle, avec la plateforme documentaire Tënk, avec l’ONF… Un autre volet, composé de courts de moins de cinq minutes, aura cours sur Instagram.

« On voulait aller chercher les forces vives de la programmation numérique. On s’est dit que, cette année, on voulait être partout, mais qu’on voulait aussi célébrer les plateformes qui font de la diffusion numérique depuis le début. »

Loin d’être reçues avec méfiance ou un esprit de compétition, ces initiatives ont eu l’aval et l’enthousiasme desdites plateformes dès les premiers contacts. En 2021, Plein(s) écran(s) a en outre cherché à diversifier les genres des films retenus, à varier au maximum les propositions.

« Chaque année, on consulte les statistiques et on en tient réellement compte : les gens y expriment ce qu’ils aiment et aimeraient voir, et on tient à leur faire plaisir. »

Il ne s’agit pas là d’une belle affirmation creuse : la reconnaissance de Catherine Legaré-Pelletier envers les cinéphiles qui ont fait de Plein(s) écran(s) un succès, est palpable. « Au début, à peu près personne ne pensait que c’était viable d’avoir un festival gratuit sur Facebook. Cinq ans plus tard, on est très heureux de la programmation qu’on a montée. »

Avenir proche

Dans le contexte anxiogène actuel, Plein(s) écran(s) espère faire changer les choses, faire œuvre utile. « Les bonnes nouvelles sont rares en ce moment, et on veut que janvier 2021 soit une célébration du court métrage, une célébration de l’accessibilité et de la « découvrabilité » des œuvres d’ici — sans oublier une petite sélection d’ailleurs. »

Et qu’en est-il de l’avenir ? Comment Catherine Legaré-Pelletier entrevoit-elle celui de Plein(s) écran(s) ?

« On essaie de développer quelque chose de ludique, quelque chose qui nous permettrait de maintenir une présence à l’année. » C’est là une autre bonne nouvelle, qu’on prend volontiers.

Pour suivre les activités du festival, on peut consulter la page Facebook de Plein(s) écran(s) ou le site pleinsecrans.com

 

À voir à Plein(s) écran(s)

Dětí, de Romane Garant-Chartrand, film d’ouverture tourné à Prague, qu’on promet « feel good ».

King Lajoie, de Joannie Lafrenière, portrait humoristique et affectueux d’un personnificateur d’Elvis.

Aujourd’hui ou je meurs, de Kristina Wagenbauer, sur l’amour lorsque la réalité cesse d’être virtuelle.

Je finirai en prison, d’Alexandre Dostie, sur une femme qui se retrouve au centre d’un accident de voiture inusité.

Landgraves, de Jean-François Leblanc, ou le cauchemar d’un journaliste tourmenté par un groupe de musique culte.

Saint-Tite, de Florence Pelletier et Élizabeth Marcoux-Bélair, où documentaire et fiction se chevauchent sur fond de rodéos.

Goodbye Golovin, de Mathieu Grimard, film de clôture tourné en Ukraine qui a reçu une mention du jury à Berlin.