«Pieces of a Woman»: un hommage à toutes les mères

Bien que le tournage du film ait été émotionnellement exigeant à bien des égards, les  actrices Vanessa Kirby (à gauche) et Ellen Burstyn le classent  parmi les meilleurs souvenirs de leur carrière. Et cela ne serait pas étranger à Montréal, et à ses équipes de production hors pair.
Netflix Bien que le tournage du film ait été émotionnellement exigeant à bien des égards, les actrices Vanessa Kirby (à gauche) et Ellen Burstyn le classent parmi les meilleurs souvenirs de leur carrière. Et cela ne serait pas étranger à Montréal, et à ses équipes de production hors pair.

Il est assez inhabituel qu’un cinéaste nous présente la scène la plus marquante dès les premières minutes d’un film de plus de deux heures. C’est pourtant le défi que s’est donné Kornél Mundruczó dans Pieces of a Woman, son nouveau long métrage, sur Netflix dès le 7 janvier.

Dans une séquence ininterrompue de 25 minutes, Martha, personnage interprété par Vanessa Kirby, donne naissance dans ce qui est certainement l’une des scènes d’accouchement les plus authentiques de l’histoire du cinéma ; un événement d’une beauté et d’une violence à couper le souffle, qui se conclut toutefois sur une note tragique.

Jusqu’alors surtout connue pour son interprétation magistrale de la princesse Margaret dans la série The Crown, l’actrice britannique offre une performance instinctive et intègre, lui ayant d’ailleurs valu le prix de l’interprète féminine au plus récent Festival du film du Venise, ainsi qu’une place de choix dans la course aux Oscar.

Durant le long plan-séquence, elle exploite avec doigté la panoplie de nuances émotionnelles et physiques qu’exige l’accouchement — de l’épuisement mental aux irrépressibles nausées, des sursauts de rire aux éclairs de douleur et de désespoir. L’issue — fatale pour l’enfant dont le cœur ne battra que quelques secondes avant de s’éteindre — est déchirante, viscérale, brutale.

L’authenticité avant tout

Sur Zoom, où elle répond aux questions des journalistes en compagnie de sa partenaire de jeu, la grande Ellen Burstyn, Vanessa Kirby, avec son chignon élégamment relevé, son haut à paillettes noire et son port de reine, semble à mille lieues de la déconfiture et de la détresse de son personnage, dans lequel elle s’est investie corps et âme.

La comédienne affirme avoir su dès sa première lecture du scénario que l’authenticité devait primer dès cette scène d’accouchement cruciale ; un défi cinématographique qui pouvait aisément basculer du côté du fiasco.

« Je n’ai jamais eu l’honneur de porter un enfant, mais j’ai vite réalisé que quiconque a vécu une naissance ou y a assisté allait instantanément savoir si ma performance était factice. Je ne pouvais pas seulement prétendre, je devais le vivre jusque dans mes tripes. Pour une femme, donner la vie est un acte de pouvoir. Pourquoi ne le montrons-nous pas dans toute sa vérité et sa splendeur ? »

Pour se préparer, Vanessa Kirby a d’abord passé en revue une multitude de vidéos, de films et de documentaires sur l’accouchement. Mais rien de ce qu’elle voyait ne lui semblait adéquat. « Les récits de mes amis étaient aussi tellement différents que je n’y décelais aucun indice sur la bonne manière de l’interpréter. »

Tenace, l’actrice a contacté plusieurs obstétriciens et sages-femmes dans l’espoir d’être acceptée dans une unité hospitalière et de pouvoir rencontrer de nouvelles mères. Ses démarches n’ont pas été vaines, puisqu’elle a finalement pu assister à un accouchement — difficile — dans un hôpital du nord de Londres. « Ça a été un immense honneur. Je n’ai jamais rien vu d’aussi puissant de toute ma vie. Je ne ressentais que du respect, de l’admiration et une détermination renouvelée à honorer toutes ces femmes. »

Le deuil tabou

L’accouchement était loin d’être le seul thème délicat à aborder. Car Martha et son mari, interprété par Shia LaBeouf, font aussi face à la perte de leur bébé, quelques minutes seulement après son premier cri.

Martha, une perfectionniste contrôlant toujours son image et sa vie, privée comme professionnelle, est complètement bouleversée et submergée par l’imprévu du deuil. Sa mère (Burstyn) tente du mieux qu’elle peut de lui donner les outils pour avancer et passer à autre chose, lui imposant bien souvent une pression indue.

Pour Ellen Burstyn — qui du haut de ses 88 ans fait partie des rares actrices d’Hollywood à résister au passage du temps —, le personnage offrait un rare défi. « Elizabeth est un personnage auquel le public ne s’attache pas facilement. C’était essentiel pour moi de dépeindre ses contrastes avec honnêteté, et de montrer que sa dureté et son intransigeance sont des signes d’amour. Ultimement, je pense qu’elle nous rappelle que chacun devrait être libre de vivre un deuil de la manière et dans le temps qui lui permettent de guérir. Il n’en tient à personne d’autre de juger. »

En discutant avec les mères de son entourage, Vanessa Kirby a compris que le deuil pré et postnatal — auquel une femme sur cinq fait face — demeurait un sujet hautement tabou. « La plupart des femmes avec qui j’ai parlé m’ont avoué que j’étais l’une des premières personnes à qui elles ouvraient leur cœur. Elles ne savaient pas à qui et comment en parler. Perdre un enfant est encore associé à la honte ou à l’échec. Heureusement, de plus en plus de personnalités connues — comme Meghan Markle — témoignent de leur expérience et permettent d’entamer une conversation. J’espère que notre film pourra contribuer à faire la lumière sur toutes ces histoires. »

Bien que le tournage du film ait été émotionnellement exigeant à bien des niveaux, les deux actrices le classent parmi les meilleurs souvenirs de leur carrière. Et cela ne serait pas étranger à Montréal, et à ses équipes de production hors pair. « Nous avions entendu dire que les techniciens de Montréal étaient les meilleurs au monde, souligne Ellen Burstyn. Je pense que c’est vrai. Ils étaient extraordinaires. C’était un charme de se rendre tous les jours sur le plateau. »

Renaître (V.F. de Pieces of a Woman)

​Drame de Kornél Mundruczó. Avec Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Ellen Burstyn. Canada–Hongrie– États-Unis, 2020, 126 minutes.

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