«Soul»: l’au-delà et après

Joe Gardner, l’infortuné jazzman, se retrouve en pleine ascension vers l’au-delà avant de tomber, par sa faute, tout en bas, dans une espèce de matrice où les petites âmes en devenir forgent leurs futures personnalités.
Photo: Disney+ Joe Gardner, l’infortuné jazzman, se retrouve en pleine ascension vers l’au-delà avant de tomber, par sa faute, tout en bas, dans une espèce de matrice où les petites âmes en devenir forgent leurs futures personnalités.

Pete Docter est l’un des réalisateurs les plus doués à œuvrer au sein du studio d’animation Pixar, une des nombreuses propriétés de Disney. En témoignent deux de ses précédents films, Up (Là-haut) et Inside Out (Sens dessus dessous). Le premier montre un vieil homme aigri recouvrer le goût de vivre au terme du genre d’aventures qu’il aurait voulu vivre enfant. Le second imagine l’univers intérieur d’une petite fille chamboulée par un déménagement. Avec Soul (Âme), Docter poursuit son questionnement existentiel animé par l’entremise d’un musicien jazz qui, après que son âme eut été séparée de son corps par erreur, tente de regagner le monde terrestre avant qu’il ne soit trop tard.

Ou quelque chose du genre. En fait, tout cela survient dans le prologue du film, qui passe ensuite une bonne demi-heure à mettre en place tout un monde d’avant la naissance et d’après la mort, avec ses habitants, ses règles et ses particularités. Joe Gardner, l’infortuné jazzman, se retrouve ainsi en pleine ascension vers l’au-delà avant de tomber, par sa faute, tout en bas, dans une espèce de matrice où les petites âmes en devenir forgent leur future personnalité.

Par diverses complications (l’intrigue alambiquée n’en manque pas), Joe se voit contraint d’être le mentor de « 22 », une âme qui refuse de s’incarner sous prétexte que rien ne l’intéresse sur Terre. Or, tandis qu’il essaie de déterminer avec 22 ce qui pourrait la faire vibrer, Joe dresse un triste bilan de sa propre existence : pianiste jazz talentueux, il aura passé plus de temps à enseigner sans conviction qu’à jouer.

De la théorie à la pratique

On l’évoquait, Soul s’inscrit dans la continuité des deux films précédents de Pete Docter, également responsable du chouette Monsters, Inc. (Monstres, Inc.). Comme dans Up, on a un protagoniste adulte qui est amené à perdre sa rancœur face à l’existence au contact d’un personnage plus jeune, et comme dans Inside Out, on explore ce qui se passe à l’intérieur du protagoniste, avec cette fois une vue d’ensemble de la grande mécanique cosmique.

 
Photo: Disney+ Sur le plan technique, le film est en outre très, très achevé, comme on peut s’y attendre avec Pixar.

D’ailleurs, si le film, par son titre autant que par son argument, est résolument spirituel, il n’est jamais à proprement parler religieux. Bourré de trouvailles tour à tour amusantes et ingénieuses, le scénario pèche, comme on le laissait entendre, par excès de développements et de contretemps.

C’est comme si Docter et ses coscénaristes Mike Jones et Kemp Powers avaient voulu traduire le concept d’improvisation jazz dans leur mouvement narratif. En théorie, l’idée séduit, mais dans la pratique, le résultat déconcerte souvent plus qu’il ne captive. La réflexion sur le sens de la vie et sur l’importance de nourrir une passion (voire de transmettre celle-ci) s’en trouve diluée.

Pour autant, des instants de grâce aussi bien visuels que dramatiques surgissent çà et là. Sur le plan technique, le film est en outre très, très achevé, comme on peut s’y attendre avec Pixar.

Il n’empêche, côté récit, le film s’avère plus ambitieux qu’abouti. Il convient toutefois d’insister : il y a énormément de positif à apprécier, ne serait-ce que le caractère inédit de la vision mystique proposée.

Au bout du compte, Soul est intéressant et touchant, là où Up et Inside Out étaient brillants et poignants. Mais comme finit par en prendre conscience Joe : il y a pire bilan.

Âme (V.F. de Soul)

★★★ 1/2

Animation de Pete Docter, États-Unis, 2020, 100 minutes. Le film paraît sur Disney+ le 25 décembre.