«Wild Mountain Thyme»: douce (et brouillonne) folie amoureuse

La pourtant excellente Emily Blunt (Rosemary) semble chercher ses repères face à un Jamie Dornan (Anthony) qui, lui, joue dans le ton exagéré requis.
Elevation Pictures La pourtant excellente Emily Blunt (Rosemary) semble chercher ses repères face à un Jamie Dornan (Anthony) qui, lui, joue dans le ton exagéré requis.

L’action se déroule en Irlande, de nos jours. Quoique la relative absence de technologies de communication confère une dimension intemporelle à l’ensemble. Il s’agit d’une comédie romantique, mais avec cette narration qui énonce d’entrée de jeu la formule consacrée « Il était une fois… », le conte est une composante intrinsèque de l’équation. Le film s’intitule Wild Mountain Thyme, et c’est la troisième incursion derrière la caméra du dramaturge et scénariste John Patrick Shanley, gagnant d’un Oscar pour son scénario de Moonstruck, autre romance humoristique empreinte de fantaisie, et du Pulitzer pour sa pièce Doubt, un drame pur cette fois.

C’est dire que Wild Mountain Thyme (Wild Mountain Thyme : amoureux fous) penche davantage du côté de Moonstruck (Éclair de lune) que de Doubt (Doute), dont Shanley écrivit et réalisa lui-même l’adaptation cinématographique en 2008. D’ailleurs, ce film-ci est également basé sur l’une de ses pièces : Outside Mullingar, montée en 2014 sur Broadway. On y suit la longue et houleuse cour que se font, entre deux chicanes, Anthony et Rosemary. Voisins depuis l’enfance, ils semblent depuis toujours promis l’un à l’autre, mais quelque chose empêche Anthony, que son propre père dit fou, d’assumer son amour pour Rosemary.

Le motif du « blocage » d’Anthony, révélé vers la fin, s’avère aussi farfelu que décevant : deux qualificatifs hélas applicables à une bonne partie de Wild Mountain Thyme. Le potentiel pour un bien meilleur film était pourtant là.

En effet, comme il l’a si génialement fait dans son scénario de Moonstruck (qui, lui aussi, plaçait le thème de la famille au cœur du récit), John Patrick Shanley crée dans Wild Mountain Thyme une galerie de personnages possédant tous, sans exception, une forme ou une autre d’excentricité confinant à la lubie. Or, ce qui était, et demeure, irrésistible dans le premier film, paraît souvent artificiel dans le second ; on n’y croit guère.

Jeu stylisé

Qui plus est, les idiosyncrasies de tout un chacun s’avèrent peu mémorables ou attachantes, exception faite de Tony, le père d’Anthony, obnubilé par la mort, comme avant lui le patriarche Cosmo dans Moonstruck. Christopher Walken incarne ce personnage sans aucune subtilité, et c’est pour cette raison que ça fonctionne : Wild Mountain Thyme est le genre de propositions qui requiert un jeu stylisé, et surtout pas naturaliste, de la part de ses interprètes.

À ce chapitre, la pourtant excellente Emily Blunt (Rosemary) semble chercher ses repères face à un Jamie Dornan qui, lui, joue dans le ton exagéré requis.

À la décharge de l’actrice toutefois, il est certaines scènes franchement bancales (surtout celles avec l’empêcheur de tourner en rond américain qu’incarne Jon Hamm). Ce qui est très étonnant venant d’un auteur de la trempe de John Patrick Shanley.

Bref, c’est là un film au ton particulier qui ne fonctionne que par intermittence. Cela étant, lorsque la magie est au rendez-vous, Wild Mountain Thyme n’est pas dépourvu de charme. Et il y a cette campagne irlandaise enchanteresse… On jette un coup d’œil en ajustant avec soin ses attentes, ou alors on se gâte pour vrai et on revoit Moonstruck.

Le film Wild Mountain Thyme est offert en VSD à cineplex.com et googleplay.com

Wild Mountain Thyme: amoureux fous (V.F. de Wild Mountain Thyme)

★★ 1/2

Comédie romantique de John Patrick Shanley. Avec Jamie Dornan, Emily Blunt, Christopher Walken, Jon Hamm. États-Unis, Irlande, 2020, 102 minutes.