«The Prom»: vedettes à la rescousse

Dee Dee Allen (Meryl Streep, en voix) et Barry Glickman (James Corden) 
Photo: Melinda Sue Gordon / Netflix Dee Dee Allen (Meryl Streep, en voix) et Barry Glickman (James Corden) 

En 2010, une école du Mississippi, légalement incapable d’empêcher une étudiante lesbienne d’assister au bal de fin d’année avec son amoureuse, décida d’annuler l’événement. La controverse inspira une comédie musicale montée sur Broadway en 2018 dans laquelle une étudiante gaie ainsi traitée voit débarquer dans sa ville… des stars de Broadway décidées à l’aider. Mais leur démarche est-elle vraiment désintéressée ? Adapté par Ryan Murphy, The Prom (Le bal), avec ses couleurs pimpantes, devrait éclairer la grisaille pandémique.

Après avoir notamment créé, produit et co-réalisé les séries Glee, Hollywood, et produit la plus récente adaptation de la pièce The Boys in the Band (Les garçons de la bande), Ryan Murphy continue d’explorer ses thèmes chers de l’inclusion, de la diversité et, dans ce cas-ci, de la capacité du monde à changer pour le mieux.

Dans The Prom, rien ne va plus pour Dee Dee Allen (Meryl Streep) et Barry Glickman (James Corden) puisque la première représentation de leur — atroce — comédie musicale basée sur la vie d’Eleonor et Franklin Delano Roosevelt, sera également la seule. Accusées de narcissisme et tournées en ridicule, les deux vedettes décident de se trouver une cause à défendre, histoire de se refaire une virginité médiatique. Flanqués de Trent Oliver (Andrew Rannells), un acteur au chômage, et d’Angie Dickinson (Nicole Kidman), une « chorus girl » nourrissant encore le rêve d’un premier rôle, voici Dee Dee et Barry en route pour l’Indiana.

Sur place, la jeune Emma Nolan (Jo Ellen Pellman), ostracisée par ses pairs et par la présidente du comité de parents d’élèves (Kerry Washington), mais soutenue par le directeur de l’école (Keegan-Michael Key), n’a aucune idée que la fine fleur de Broadway s’apprête à débarquer. Le choc culturel, et surtout de valeurs (voir le numéro Love Thy Neighbor), qui en résulte, est à la fois loufoque et touchant, certainement inspirant, mais assez peu mémorable tout bien considéré.

Streep très en voix

Hormis peut-être Unruly Heart, où Emma est accompagnée dans son coming out virtuel par un chœur d’adolescentes et d’adolescents qui se reconnaissent en elle, les chansons sont en effet oubliées sitôt le générique de fin terminé. Sur le coup cela dit, les airs s’avèrent entraînants et les nombreuses références à des classiques de Broadway, au vedettariat et à la culture populaire, font volontiers sourire.

À la réalisation, Murphy compose de jolis plans fixes, mais a la main moins heureuse avec les numéros : énergiques, il leur manque ce supplément de grâce qui fait la marque des meilleures comédies musicales. Merveilleusement saturée, avec palette primaire assortie, la direction photo séduit. En revanche, la direction artistique paraît « cheap » : souvent, on dirait que les décors sont en carton.

Là où le film marque des points, beaucoup de points, c’est au niveau de la distribution. Meryl Streep n’a pas été aussi en voix depuis son génial numéro final de Postcards from the Edge (Bons baisers d’Hollywood).

D’ailleurs, le volontairement infâme spectacle qui ouvre The Prom évoque beaucoup celui, volontairement infâme, bis, qui ouvre Death Becomes Her (La mort vous va si bien), dans lequel Streep campe une autre star déchue. Bref, la comédienne s’en donne à cœur joie et son plaisir est contagieux.

Ironie suprême

Idem pour James Corden, qu’on a surtout vu ces années-ci comme animateur du Late Late Show (et son taxi chantant). Tandis que son amie Dee Dee se demande si elle devrait donner une seconde chance à l’amour en la personne du directeur d’école, Barry, qui est gai, revisite le traumatisme passé du rejet parental, avec à la clé une poignée de scènes très émouvantes.

Pétillante, aérienne, Nicole Kidman n’est pas en reste en danseuse d’arrière-scène perpétuellement optimiste (à maints égards l’antithèse de sa tragique Satine de Moulin Rouge !).

Une nouvelle venue, Jo Ellen Pellman possède une belle présence et un bel instrument, mais est un peu éclipsée par ses flamboyants partenaires.

À terme, il est ironique de constater que cette comédie musicale sur des vedettes venues sauver la mise est elle-même sauvée par ses vedettes.

Le film The Prom est offert sur Netflix dès le 11 décembre.

Le bal (V.F. de The Prom)

★★★

Comédie musicale de Ryan Murphy. Avec Meryl Streep, James Corden, Nicole Kidman, Jo Ellen Pellman, Andrew Rannells, Keegan-Michael Key. États-Unis, 2020, 131 minutes.