«Sound of Metal»: un silence assourdissant

Fébrile, la caméra de Darius Marder se révèle habile à donner l’impression d’entrer dans la tête de Ruben.
Protagonist Pictures Fébrile, la caméra de Darius Marder se révèle habile à donner l’impression d’entrer dans la tête de Ruben.

Ruben est sur scène, assis derrière sa batterie. Le torse nu, musclé, suintant et sexy, il affiche un air absorbé. À l’avant de la scène, Lou, sa copine, enflamme le public avec sa guitare électrique et sa voix, entre vocifération et incantation. Ruben se met à jouer : le niveau de décibels explose. Au matin, dans la caravane du couple, tout n’est que silence et douceur. Vient un autre soir, un autre concert, lorsque soudain, dans les oreilles de Ruben, plus un son, plus un bruit. Premier long métrage de DariusMarder, Sound of Metal dispose de deux énormes atouts : une conception sonore brillamment immersive et une performance hallucinante de Riz Ahmed.

Le cinéaste donne le ton d’entrée de jeu en opposant une série de séquences contrastées tant sur les plans visuel que sonore. Comme on l’évoquait, Sound of Metal (Le son du silence) s’ouvre sur l’ambiance nocturne tout en clairs-obscurs dorés d’un bar avec musique tonitruante (mais excellente soit dit en passant) à la bande-son, avant de passer sans crier gare à une scène matinale pastorale tout en pastels et jazz mélodieux. L’effet est aussi déstabilisant que saisissant. Lire : on est d’emblée captivé.

Fébrile, parfois un peu par défaut dirait-on, la caméra se révèle habile à donner l’impression d’entrer dans la tête de Ruben, surtout lors des moments initiaux où les symptômes de surdité se manifestent. De courtes scènes en courtes scènes, le plan moyen laisse la place au gros plan très serré, ceci, au diapason de la panique qui croît en Ruben. Simple, mais d’une redoutable efficacité.

Riz Ahmed module avec brio l’intensité des émotions que vit Ruben. Et il y a la manière avec laquelle le réalisateur et l’équipe son parviennent à rendre une réalité sonore d’abord altérée, c’est-à-dire qui se délite, puis complètement silencieuse par intermittence : le cinéphile partage, viscéralement, l’expérience traumatique de Ruben.

La conjonction de tous ces facteurs fait naître une empathie spontanée envers le protagoniste qui, hormis cette perte rapide de l’ouïe, doit au surplus composer avec les aléas d’une sobriété qu’il maintient depuis quatre ans. À ce propos, le film ne devient jamais le portrait d’un toxicomane qui rechute dans l’adversité. Ce qui intéresse davantage Sound Metal, c’est le cheminement de Ruben vers l’acceptation de sa nouvelle condition à la lumière de ses antécédents.

Dénouement maladroit

Le film est à son meilleur lors du séjour prolongé du protagoniste dans une communauté pour personnes sourdes ayant un passé de consommation. Ce volet est fascinant ; lent, mais fascinant. Dans une école spécialisée avoisinante où Ruben en vient à s’impliquer, le film trouve en outre d’authentiques instants de grâce (magnifique scène sur une glissoire où un enfant sourd ressent les vibrationsproduites par les tambourinements rythmiques de Ruben).

Moins réussie s’avère la dernière portion du film, qui s’inscrit en faux avec ce qui a précédé tant les développements semblent controuvés, voire mélodramatiques (on aime un bon mélo, mais celui-ci jure avec le reste). C’est ainsi qu’à la onzième heure, à la faveur de ce qui fait l’effet d’une excroissance narrative, Mathieu Amalric s’amène dans le rôle du riche père de Lou. Comme si Darius Marder avait à tout prix voulu travailler avec l’acteur, fabuleux, il est vrai, quitte à l’intégrer artificiellement.

Mais là encore, il y a ces prouesses sonores… Et au risque d’insister, l’interprétation de Riz Ahmed vaut à elle seule le détour.

Sound of Metal est disponible en VSD à cinemaduparc.com

Le son du silence (V.F. de Sound of Metal)

★★★ 1/2

Drame psychologique de Darius Marder. Avec Riz Ahmed et Olivia Cooke. États-Unis, 2019, 130 minutes.