Un «Funny Boy» en quête d'émotion

Le film est méritant pour ses enjeux sociaux, sans impressionner par sa mise en scène, académique, et par le jeu trop faible des interprètes. La cinéaste peine à créer des figures complexes et à traiter l’apprentissage de l’homosexualité (hors des décors et du cadre) de façon originale. La caméra se révèle convenue malgré de belles images.
Téléfilm Canada Le film est méritant pour ses enjeux sociaux, sans impressionner par sa mise en scène, académique, et par le jeu trop faible des interprètes. La cinéaste peine à créer des figures complexes et à traiter l’apprentissage de l’homosexualité (hors des décors et du cadre) de façon originale. La caméra se révèle convenue malgré de belles images.

Choix du Canada pour le représenter aux Oscar dans la catégorie du meilleur film international (comme son précédent Water, dûment sélectionné en 2007), Funny Boy, de la Torontoise Deepa Mehta, d’origine indienne, a suscité la controverse bien avant sa sortie sur CBC Gem et Netflix. Plusieurs membres de la diaspora tamoule, qui révèrent le roman à sa source (1994) appelaient au boycottage de l’adaptation, les rôles principaux n’étant pas tenus par des membres de leur communauté mise en scène. L’accent tamoul ne serait pas crédible. Deepa Mehta a l’habitude d’être attaquée, surtout par ses thématiques qui dérangent les mentalités conservatrices en Inde et dans les pays limitrophes.

Deepa Mehta, lancée en 1991 avec le très réussi Sam and Me, est une réalisatrice inégale au style parfois naïf et appuyé. Reconnue sur la scène internationale pour sa trilogie Fire, Earth et Water, elle aborde de plein fouet les injustices sociales en Asie du Sud.

Avec Funny Boy, tourné au Sri Lanka, la fougueuse réalisatrice s’attaque au parcours difficile d’un jeune homosexuel élevé à Colombo dans une riche famille tamoule écrasée sous le poids des traditions. En fond de scène : la guerre civile entre l’armée cingalaise et les tigres tamouls séparatistes (près de 100 000 morts entre 1983 et 2009). Reste que les deux trames auraient gagné à mieux se tisser. Le roman de Shyam Selvadurai pouvait sans doute embrasser les circonvolutions de l’intrigue davantage que le scénario.

Le film est méritant pour ses enjeux sociaux, sans impressionner par sa mise en scène, académique, et par le jeu trop faible des interprètes. La cinéaste peine à créer des figures complexes et à traiter l’apprentissage de l’homosexualité (hors des décors et du cadre) de façon originale. La caméra se révèle convenue malgré de belles images.

Modernité contre traditions

Au départ, le petit Arjie (Arush Nand), qui aime s’habiller en fille et déteste les sports masculins, est un canard boiteux dans le grand domaine familial. Son père, d’une rigidité excessive (Ali Kazmi), ne se départ jamais des préjugés de sa caste, alors que son épouse (Nimmi Harasgama) tente de s’interposer. La jeune tante d’Arjie (Agam Darshi), moderne, artiste et délicieuse, est son soutien. Celle-ci, dans l’impossibilité de s’unir au Cingalais de son cœur, se voit forcée d’épouser un Tamoul qui lui répugne et part vivre au Canada.

Plusieurs lignes narratives sont lancées, mais les moments de haute tension dramatique s’escamotent souvent. Des scènes de conflits entre parents tamouls et cingalais, entre élèves sur fond de harcèlement, entre l’adolescent Arjie (Brandon Ingram) et son père qui le découvre au lit avec son copain ne prennent guère le temps d’exploser à l’écran. Même quand un ancien tigre tamoul se réfugie dans la famille, des séquences manquent pour faire saisir sa flamme en suscitant l’empathie. Dans sa course aux deux lièvres à la fois : la quête d’un garçon à l’orientation sexuelle prohibée et l’embrasement politique du Sri Lanka, la réalisatrice cherche son souffle malgré l’énergie mise à dénoncer toute forme d’oppression.

Howard Shore, compositeur renommé, ne mêle aucune musique cingalaise ou indienne à sa trame. Le film qui se déroule, il est vrai, dans un milieu acculturé sous forte influence britannique semble occidentaliser à outrance le pays décrit.

Deepa Mehta ne manque pas de courage et fait découvrir des pans d’histoire méconnus chez nous. Il serait toutefois étonnant que Funny Boy se voie retenu par l’Académie tant sa facture paraît convenue et son scénario privé d’armatures solides pour soutenir les paradoxes d’un univers pourtant fascinant.

Funny Boy

★★★

Drame historique de Deepa Mehta. Avec Brandon Ingrand, Agam Darshi. Canada, 2020, 109 minutes. Funny Boy est diffusé sur CBC Gem depuis le 4 décembre et le sera sur Netflix dès le 10 décembre.

À voir en vidéo