Décès de la comédienne France Arbour

La comédienne France Arbour sur la scène du théâtre La Licorne lors de la représentation de la pièce «Je vous souhaite de passer une agréable soirée», en 2008
Photo: Yvan Bienvenue La comédienne France Arbour sur la scène du théâtre La Licorne lors de la représentation de la pièce «Je vous souhaite de passer une agréable soirée», en 2008

Un visage familier et aimé que celui de la comédienne France Arbour, décédée mardi matin. Elle était âgée de 83 ans. Native de Granby, son fief jusqu’à ses derniers jours, elle fut très impliquée dans la vie culturelle de l’endroit. Active autant au grand qu’au petit écran et sur les planches, France Arbour fut en outre une enseignante très appréciée.

En effet, durant de longues années, elle fut professeure de phonétique et de diction au collège Lionel-Groulx, à l’Université de Montréal, ainsi qu’au Conservatoire Lassalle. Elle avait la passion des mots, passion qu’elle consacra la majeure partie de sa vie à nourrir et à transmettre, en témoignent les nombreux éloges et souvenirs émus publiés sur les réseaux sociaux.

Directeur artistique et codirecteur général du Festival TransAmériques, Martin Faucher y est allé d’un hommage senti sur Facebook :

« C’est France Arbour qui m’a dit pour la première fois : “Il faut faire un temps, léger, entre le sujet et le verbe. Parle moins vite. Tiens-toi droit. Arrête de te balancer de gauche à droite. Parle moins vite. Respecte le e muet. Ton bras. Parle moins vite. Ceci est une diérèse. Attention à tes diphtongues. Respecte l’inversion. Fais ta liaison. Tu parles trop vite. C’est beau ça Martin.” Pendant huit ans, de mon enfance à la fin de mon adolescence, grâce à France Arbour, à sa sensibilité, à sa passion, j’ai appris que la langue française était une source intarissable de découvertes, de joie, de poésie sans cesse à mettre en lumière », peut-on lire dans un passage reproduit avec sa permission.

Épicurienne et généreuse

En tout, France Arbour tourna dans une trentaine de films et séries télévisées, et joua dans près de cinquante productions théâtrales. Au cinéma tout spécialement, elle possédait une présence remarquable, aussi brève que soit son apparition. Elle y fit en l’occurrence des débuts tardifs, à 48 ans, dans le rôle de la gouvernante du presbytère jouxtant le couvent où enquête Jane Fonda dans Agnes of God (Agnès de Dieu), de Norman Jewison, tourné à Montréal en 1985. Dans sa seule scène, l’actrice québécoise éclipse la star américaine.

Elle incarna l’année suivante la grand-mère de la petite Mahée Paiement dans Bach et Bottine, d’André Melançon. En 1992, elle fut mémorable dans Requiem pour un beau sans-cœur, de Robert Morin, en mère dudit sans-cœur, l’un des huit personnages qui se remémorent ce dernier, un criminel notoire.

Guylaine Dionne, qui la dirigea en 2000 dans Les fantômes des trois Madeleine, se souvient d’une femme « magnifique », « épicurienne », « généreuse ».

« Lors de la première à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, elle a dû sortir de la salle en pleine projection tellement elle était émue. Elle est revenue à la fin du film, avec une standing ovation ; tout le monde l’adorait […] Je me préparais à faire un portrait de cette femme forte, solide comme du roc, mais aussi, si fragile ; en film documenté, puis elle a été très malade. On n’a jamais commencé. Elle était une grande amoureuse des hommes et de la langue française. Elle parlait le portugais à la perfection, le créole, le serbo-croate (à une époque de sa vie, elle avait épousé un homme de cette région du monde), le russe, l’anglais… Au moment du tournage, je me souviens qu’elle apprenait une langue africaine. Pour cause : elle avait une nouvelle flamme en Afrique. Une mémoire phénoménale. »

En 2013, la ville de Granby renomma son centre culturel en l’honneur de France Arbour. Depuis 2019, la Société d’histoire de la Haute-Yamaska œuvre à la création du fonds d’archives France Arbour.

À voir en vidéo