Les RIDM: c’est parti!

Une scène du film «Errance sans retour», de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, offert dans le volet «Survivre à la violence»
Photo: Renaud Philippe Une scène du film «Errance sans retour», de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, offert dans le volet «Survivre à la violence»

Le bal des festivals de films qui égaie le Québec chaque automne se poursuit cette semaine, virtuellement comme on en a d’ores et déjà l’habitude, avec les Rencontres internationales du documentaire. Du 12 novembre au 2 décembre, la très riche programmation sera disponible en ligne, partout dans la province.

D’ailleurs, l’offre est en fait si dense que l’événement a judicieusement divisé celle-ci en huit sections thématiques, dégageant ainsi des lignes de force, mais facilitant, surtout, la navigation cinéphile.

Déclinées sur les trois semaines que durent les RIDM, lesdites sections sont regroupées ainsi : Confronter l’Histoire, Explorer la nature et Trouver ses communautés (12 au 18 novembre) ; Réfléchir la dystopie, Devenir soi-même et Contester le pouvoir (19 au 25 novembre) ; Repenser l’intimité et Survivre à la violence (26 novembre au 2 décembre). Nos suggestions.

Dans le volet Confronter l’Histoire, on est curieux de voir Histoire d’un regard. Mariana Otero y retrace le parcours de Gilles Caron, un photoreporter qui, au faîte de sa renommée en 1970, s’est volatilisé au Cambodge, à trente ans à peine.

Entre analyse de photos emblématiques et questionnements sur la nature du métier de photoreporter, la réalisatrice française tente de comprendre le disparu et ses motivations par-delà les années, et ce, tout en revisitant des épisodes clés de l’Histoire tels Mai 68 et le Printemps de Prague.

Du côté d’Explorer la nature, le film de la cinéaste japonaise Kaori Oda, simplement intitulé Cenote, pique la curiosité. La cinéaste, qu’on présente comme une « ancienne élève de Béla Tarr », est allée au Yucatan examiner ces gouffres remplis d’eau ouvrant sur des labyrinthes de tunnels et de grottes. Or, l’approche se veut poétique, et non scientifique. De séquences sous-marines en expérimentation sonore, de témoignages insolites en visites dans des villages mayas, des avenues mystiques sont empruntées.

Proposé dans Trouver ses communautés, le film City Hall, de Frederick Wiseman, est en réalité un incontournable, toutes catégories confondues. Pendant quatre heures et demie (272 minutes !), le maître documentariste à qui l’on doit notamment La danse, le ballet de l’Opéra de Paris et At Berkeley, s’immisce dans la vie municipale de Boston par l’entremise de son administration municipale, dont il révèle chaque rouage. C’est aussi l’histoire d’un maire, Marty Walsh, épris de justice sociale, avec pour toile de fond un pays tiré à droite par le président Trump. D’actualité, pour dire le moins.

Avec Los conductos en revanche, la ligne entre documentaire et fiction se brouille, à l’instar de celle qui départage réel et fantasme. Détail important toutefois : ce film de Camilo Restrepo, présenté dans la section Réfléchir la dystopie, est basé sur des faits et est campé à Medellin, dans une Colombie mise à feu et à sang par les narcotrafiquants. On y suit Pinky, qui se terre dans une fabrique clandestine de t-shirts après avoir échappé à l’emprise d’une mystérieuse secte dirigée par un certain « Padre ». Odyssée cauchemardesque tout de bruit et de fureur, Los conductos a été sacré meilleur premier long-métrage à Berlin.

Dans Passage, de Sarah Baril Gaudet, issu du volet Devenir soi-même, les tumultes intérieurs dépeints revêtent un caractère fort différent. Dans ce double portrait, la réalisatrice relate l’été déterminant que coulent, dans leur Témiscamingue natal, Yoan et Gabrielle, tous justes majeurs et vaccinés. Alors qu’il est impatient de partir afin de vivre son homosexualité dans un contexte plus vaste, elle redoute le moment où elle devra dire « au revoir » à sa famille, à -on amoureux…

On se prépare à être choqué et bouleversé par Mother-Child, d’Andrea Testa. Son film se penche sur la tragédie quotidienne des femmes en Argentine, où toutes les trois heures, une adolescente de moins de 15 ans est contrainte d’accoucher. Pauvreté, violence systémique contre les femmes… Tout en respectant la sécurité des participantes, la réalisatrice filme ces dernières lors de rencontres privées avec des travailleuses sociales. Au dehors, et malgré l’évidence du problème, le gouvernement tarde à entériner un projet de loi devant décriminaliser les femmes qui choisissent l’avortement. D’où la place de ce documentaire dans le volet Contester le pouvoir.

Au vu de l’hécatombe qui a frappé le printemps dernier, il est impossible de passer outre, dans la section Repenser l’intimité, le film CHSLD, mon amour, de Danic Champoux, qui, avant l’horreur, a planté sa caméra dans le CHSLD Émilie-Gamelin, dans le Centre-Sud à Montréal. En prRgramme double, on voudra du même coup voir le court-métrage CHSLD, que François Delisle (Le météore) a consacré aux ultimes moments de vie de sa mère.

On poursuit dans la filière québécoise avec Errance sans retour, de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, offert dans le volet Survivre à la violence. En collaboration avec le photoreporter Renaud Philippe, les auteurs de Québékoisie s’arriment à Kalam. Pour fuir les violentes persécutions dont les rohingyas sont victimes au Myanmar, ce jeune homme s’est réfugié, comme quelques 700 000 autres ressortissants, dans un camp au Bangladesh.

La programmation des RIDM est accessible à enligne.ridm.ca  

Activités gratuites

Table ronde Diversité de la production francophone, le 16 novembre à 19 h 

 

Table ronde Cinéma et théâtre : la création en temps de pandémie, le 23 novembre à 19 h 

 

Table ronde Nouvelles écritures du réel : bilan de santé, le 30 novembre à 19 h 

 

Discussion vidéo entre Mélanie Carrier et Olivier Higgins, auteurs d’Errance sans retour, et François Jacob, auteur de Sous un même soleil (date à confirmer)


À voir en vidéo