«Spell»: sinistre hospitalité

Omari Hardwick dans «The Spell»
Photo: Paramount Pictures Omari Hardwick dans «The Spell»

Après avoir tourné le dos aux traumatismes de son enfance, Marquis est devenu un redoutable avocat. Si redoutable que d’aucuns diraient qu’il a perdu son âme. Au décès de son père, qu’il n’a pas revu depuis vingt ans, voici que l’avion privé à bord duquel il prend place avec sa famille s’écrase. À son réveil, nulle trace des siens. Installé sur une couchette dans un grenier poussiéreux, blessé, il fait la connaissance d’Eloise, une vieille dame qui insiste pour qu’il se repose. La suite du film d’horreur Spell tient un peu d’un Misery à la sauce vaudoue.

Car Eloise, la geôlière trop pleine d’attentions, est une puissante prêtresse vaudoue, comme le révèle rapidement l’intrigue pas spécialement bien construite. Écrit par Kurt Wimmer, à qui l’on doit de guère mémorables remakes de Total Recall et de Point Break, le scénario s’avère paresseux au possible dans son refus d’assurer un suivi narratif adéquat — procédé de base visant à mettre la table pour les divers retournements de manière à ce que le public ait la satisfaction de la surprise sans se sentir triché. L’ironie étant qu’en dépit de ce que lesdites révélations surviennent de façon arbitraire, elles ne s’en révèlent pas moins prévisibles pour la plupart. Bourré de clichés, surtout quant au vaudou, le récit paraît avoir été écrit sur un coin de table.

À la réalisation, Mark Tonderai n’est pas en mesure de sauver l’entreprise, incapable qu’il est de mettre en scène des scènes de suspense. Plusieurs séquences se prêtaient pourtant à l’instauration, à la montée et à la libération d’un sentiment de terreur, par exemple lorsque Marquis parvient à s’échapper et est témoin, depuis le toit d’une grange, d’une macabre cérémonie présidée par Eloise. Mais rien à faire : c’est du banal va-et-vient entre l’action en cours et le visage stupéfié du protagoniste.

Tout du long, la musique semble n’être là que pour sauver la mise, soulignant sans nuance les passages où l’on doit apparemment frissonner d’effroi.

Un habitué du genre, étonnamment, Mark Tonderai a auparavant réalisé le très quelconque House at the End of the Street, un premier film dont l’échec l’a vu ensuite cumuler les contrats en télé pour divers épisodes de séries policières, de science-fiction ou d’horreur telles Doctor Who, Nightflyers et Castle Rock. Hélas, plutôt que de profiter de cette seconde chance pour déployer ses ailes cinématographiques, le réalisateur se limite comme on l’évoquait à une grammaire visuelle élémentaire qui, justement, donne à Spell des allures d’épisode davantage que de film.

L’atout Loretta Devine

Dans le rôle principal, Omari Hardwick (la série Power) manque de charisme. À sa décharge, les fugues exploratoires de Marquis, vite répétitives, n’aident pas. Insérés là encore sans le moindre souci de finesse, de brefs mais nombreux retours en arrière montrant son père vociférer tiennent lieu de profondeur psychologique au personnage.

On préfère de loin la performance délicieusement sinistre de Loretta Devine. Actrice merveilleuse à qui l’on confie d’habitude des rôles maternants empreints de chaleur et de bonté, elle trouve ici un contre-emploi avec lequel elle s’amuse ferme. Évitant de jouer sa partition en forçant le trait malveillant, elle opte pour une espèce de bonhomie rieuse sous laquelle couve un machiavélisme diffus. C’est bien plus terrifiant. Mais c’est malheureusement le seul atout dont dispose le film.  

Spell (V.O.)

★★

Horreur de Mark Tonderai. Avec Omari Hardwick, Loretta Devine, John Beasley. États-Unis, 2020, 91 minutes. En VSD sur iTunes, YouTube.