«The Secrets We Keep»: la jeune fille et la mort, prise 2

Sur les questionnements moraux et éthiques, le film d’Yuval Adler s’en tient à des considérations essentiellement superficielles.
Photo: TSWK INC Productions Sur les questionnements moraux et éthiques, le film d’Yuval Adler s’en tient à des considérations essentiellement superficielles.

Maja est sortie vivante de la Seconde Guerre mondiale, mais en garde de profondes blessures psychiques. Après avoir fui la Roumanie, elle a épousé un gentil et beau médecin, Lewis. Un jour, à la faveur d’une promenade au parc avec leur jeune fils, Maja entend une voix qui l’intrigue puis la tétanise : celle d’un homme surgi de son passé. Illico, un changement s’opère en elle. Ainsi s’amorce une traque suivie d’un enlèvement : séquestré dans le sous-sol de Maja, un certain Thomas est sommé d’avouer ses crimes de guerre. Confronté au spectacle de sa conjointe devenue bourreau, Lewis hésite quant à l’attitude à adopter. Or, si le plaidoyer de Maja est convaincant, celui de Thomas l’est également.

Dans ses grandes lignes, le film de The Secrets We Keep rappelle beaucoup (mais vraiment beaucoup, jusqu’à la voix de l’ancien tortionnaire comme identifiant) la pièce d’Ariel Dorfman, La jeune fille et la mort, adaptée par Roman Polanski en 1994 avec Sigourney Weaver en tête d’affiche. Les sujets sont les mêmes, à commencer par celui de l’ambiguïté : le captif est-il réellement celui que la geôlière croit avoir reconnu ?

Idem pour les questionnements moraux et éthiques : dans des circonstances extrêmes, peut-on se faire justice soi-même ? Là-dessus cependant, le film d’Yuval Adler s’en tient à des considérations essentiellement superficielles.

Bonnes actrices

De fait, contexte banlieusard rétro et approche plus racoleuse de thriller aidant, le scénario qu’Adler a coécrit avec Ryan Covington se distingue quelque peu de son modèle conscient ou inconscient (auquel on pourra ajouter la nouvelle de Stephen King Un élève doué, pour le voisin nazi, et celle-là adaptée par Bryan Singer). Et il y a dans le film ce goût pour la torture : coupe, coupe, coupe le bout de doigt… La subtilité ne faisait à l’évidence pas partie de la démarche.

Cela vaut en outre pour les flash-back noir et blanc d’un goût parfois douteux, insérés par-ci par-là. Tout considéré, l’ensemble est aussi anonyme qu’oubliable. Ce, en dépit de bonnes interprétations, surtout celles de Noomi Rapace (les Millenium originaux, Passion, Prometheus), en femme vengeresse à la mémoire fragmentée, et Amy Seimetz, émouvante dans le rôle intrigant, mais sous-exploité, de l’épouse du possible monstre.

Le tout débute pourtant avec un certain panache stylistique, mais dès que Thomas se retrouve attaché et à la merci de Maja et de son conjoint récalcitrant, on sombre dans la banalité formelle absolue. Ce qui s’avère tristement en phase avec une intrigue rapiécée, et qui plus est cousue de fil blanc.

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The Secrets We Keep (V.O.)

★★

Thriller de Yuval Adler. Avec Noomi Rapace, Chris Messina, Joel Kinnaman, Amy Seimetz. États-Unis, 2020, 97 minutes.