Horizons virtuels

Le très attendu «Souterrain» de Sophie Dupuis ouvrira le festival.
Photo: Souterrain Le très attendu «Souterrain» de Sophie Dupuis ouvrira le festival.

Mercredi, le Festival du nouveau cinéma s’ouvre avec le très attendu Souterrain de Sophie Dupuis. Pandémie oblige, l’événement ne se tiendra pas, comme à l’accoutumée, au cinéma Impérial, mais au ciné-parc FNC x YUL, aménagé par le festival non loin de l’aéroport de Montréal. Quant au reste de la riche programmation, elle sera accessible en ligne, là encore, en une approche conforme avec un air du temps tributaire des nouvelles normes sanitaires.

À terme, le FNC aura dû se « retourner sur un dix cennes » deux fois plutôt qu’une. En effet, dans la foulée de la première vague de la COVID et du confinement initial, le festival avait suivi l’exemple et annoncé un cru virtuel. Puis, à l’approche de l’été, les cinémas ont pu rouvrir leurs portes. Dès lors, le FNC a saisi l’occasion et planifié quelques présentations en salle. On connaît la suite.

Bref, c’est dire que le mandat 2020 de Zoé Protat, directrice de la programmation depuis 2019 après une longue implication au sein de l’équipe du FNC, aura été en montagnes russes.

« Disons que ça va mieux que mardi matin dernier, lance-t-elle d’entrée de jeu. C’est sûr que l’annonce de la fermeture des cinémas à Montréal a changé la donne, mais il reste que nous avions prévu depuis le début d’avoir la grande majorité de notre programmation en ligne. »

Y compris, on le précise, le film de clôture : My Salinger Year, de Philippe Falardeau, mettant en vedette Margaret Qualley et Sigourney Weaver. Philippe Falardeau qui, nul doute que ce sera passionnant, offrira une leçon de cinéma (vendredi 16 octobre à 11 h sur Facebook et YouTube).

« Toutes proportions gardées, nous n’avons pas perdu énormément de choses, poursuit Zoé Protat. Sauf que tout ce qu’on avait pu prévoir lorsque la situation s’était un peu améliorée — la possibilité d’opérer des salles, celle d’avoir des premières en présence des équipes, etc. — tout ça est tombé. »

Ce qui fait le plus mal, selon la directrice de la programmation du FNC, c’est de ne pas pouvoir accueillir le public. Et pour cause, il est des phénomènes qui ne peuvent être reproduits lors de l’expérience en ligne. Par exemple, l’effervescence cinéphile qui se dégage d’une foule après une projection mémorable : cela se passe in situ. Il n’empêche, le bon cinéma ne connaît pas de frontières, y compris sanitaires.

« Le premier confinement a eu lieu peu après notre retour de la Berlinale, et donc nous avons pu vivre normalement ce festival-là où nous faisons traditionnellement beaucoup de repérage. Et nous avons trouvé plein de beaux titres — notamment des premiers et de deuxièmes films, ce qui s’inscrit dans notre créneau. À ça s’est plus tard ajoutée Venise, rare festival qui a eu un déroulement avec public à peu près normal, et nous y avons fait le plein d’autres merveilles. »

Du lot, Zoé Protat recommande tout spécialement la compétition internationale, avec des œuvres en provenance de l’Ukraine, de la Chine, du Brésil, de la Pologne, de l’Inde, de la Slovaquie… Un volet qui plus est paritaire. « J’espère que les gens vont aller fouiller dans cette section-là. Il y a vraiment plein de réalisatrices formidables à découvrir. »

D’où la bonne humeur relative de Zoé Protat, qui confie d’une part s’inquiéter des répercussions de la crise sur l’industrie, mais d’autre part se réjouir de la qualité des films en sélection. « C’est doux-amer », résume-t-elle.

Les billets virtuels sont disponibles à nouveaucinema.ca

Quelques suggestions

La contemplation du mystère d’Albéric Aurtenèche, Québec : un récit des origines oscillant entre réel et imaginaire, des secrets, une forêt… Intrigante proposition.

Il n’y a pas de faux métier d’Olivier Godin, Québec : le nouvel opus du plus artisanal des cinéastes d’ici (c’est un compliment, car on aime tous ses films) est décrit comme un « conte ludique et délirant ».

Ondine de Christian Petzold, Allemagne-France : le doué auteur de Phoenix et Transit propose une transposition moderne du conte relatant les amours d’un génie féminin des eaux et d’un chevalier.

Saint-Narcisse de Bruce LaBruce, Québec : le plus queer des cinéastes canadiens a fait équipe avec le scénariste québécois Martin Girard pour une comédie surréaliste, sensuelle, et d’un humour « camp » assumé.

Siberia d’Abel Ferrara, Italie-Allemagne-Mexique : ou le périple halluciné d’un barman perturbé, avec Willem Dafoe, acteur fétiche de l’iconoclaste cinéaste new-yorkais qui poursuit avec bonheur son exil italien.

The Woman Who Ran de Hong Sang-soo, Corée du Sud : une jeune femme de Séoul profite de l’absence de son mari, une première en cinq ans, pour renouer avec trois amies. Tourné à l’arraché, dans l’urgence : ce ne peut qu’être bon.

Nuit Mad Max au Ciné-parc FNC x YUL : la tétralogie postapocalyptique de bolides fous furieux imaginée par George Miller présentée dans un contexte on ne peut plus approprié.